Abstract
Objectif:
Examiner l’association entre la fréquence d’utilisation des médias d’information durant la pandémie de COVID-19 et l’ampleur de la détresse psychologique chez les femmes enceintes, considérant les impacts délétères connus de cette détresse sur le développement du fœtus.
Méthode:
Des femmes enceintes habitant la province de Québec (N = 1014) ont été recrutées en avril 2020 par le biais des médias sociaux, alors qu’un état d’urgence sanitaire prévalait. Les participantes ont été divisées en quatre groupes, selon la fréquence auto-rapportée de consultation des médias d’information (peu ou pas; une fois par jour; plusieurs fois par jour; constante). Elles ont rempli des mesures des symptômes dépressifs, des affects négatifs, des symptômes de stress post-traumatique et d’anxiété spécifique de la COVID-19. Les scores aux instruments se regroupaient sous un facteur unique de détresse psychologique.
Résultats:
Une ANCOVA contrôlant pour l’âge, l’âge gestationnel, le niveau d’éducation, le revenu familial annuel et la présence d’un trouble mental diagnostiqué au moment de la participation à l’étude montre que la fréquence d’exposition aux médias d’information est significativement associée à la sévérité de la détresse psychologique chez les femmes enceintes au moment de la pandémie de COVID-19, F(3,998) = 27,02, p < 0,001, η2 partiel = 0,08. Selon les comparaisons de moyennes a posteriori, des taux plus élevés de détresse psychologique s’observent dès que l’exposition aux médias d’information dépasse une fois par jour (tailles de l’effet entre 0,38 et 0,81).
Conclusions:
Plus les femmes enceintes consultent les médias d’information pendant la pandémie de COVID-19, plus elles sont sujettes à présenter de la détresse psychologique. Les résultats offrent un des premiers appuis empiriques aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, du gouvernement du Canada et d’associations de psychiatres encourageant la population à limiter sa consultation des médias d’information durant la pandémie de COVID-19.
Introduction
Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu’une pandémie de coronavirus 2019 (COVID-19) sévissait à l’échelle mondiale 1 . Conséquemment, le gouvernement du Canada 2 et l’ensemble des gouvernements des provinces et territoires canadiens ont adopté, à compter du mois de mars, des décrets d’état d’urgence sanitaire afin de réduire les risques d’exposition de la population à la COVID-19, considérant que la pandémie constituait une réelle menace à la santé. L’exposition à un tel stresseur est susceptible d’avoir des effets importants sur la santé mentale de la population, et particulièrement sur celle des personnes plus vulnérables 3,4 . Conjointement au stress d’être contaminé, les mesures d’isolement, de limite des déplacements et de distanciation sociale visant à limiter la propagation du virus sont également susceptibles d’exacerber l’anxiété et la détresse psychologique 5 –7 . Des chercheurs ont d’ailleurs rapporté craindre une « épidémie » de symptômes post-traumatiques dans le contexte de la pandémie 8,9 . Il a donc été recommandé de prendre des actions vigoureuses pour soutenir la santé mentale des individus les plus susceptibles de souffrir, dans le contexte actuel 10,11 .
Bien qu’elles ne soient pas considérées jusqu’à présent comme une population vulnérable au plan médical face à la COVID-19 12,13 , les femmes enceintes seraient particulièrement affectées par la pandémie en ce qui concerne la santé mentale. Des études montrent que les femmes enceintes évaluées au moment de la pandémie rapportent significativement plus de détresse psychologique que les femmes dont la grossesse s’est déroulée avant celle-ci 14,15 . Ces résultats sont préoccupants compte tenu que cette détresse, indépendamment du stade de la grossesse auquel elle survient 16 , a été associée à des altérations du fonctionnement chez les mères 17 , un développement du cerveau altéré chez le fœtus 18 , des problèmes cognitifs chez les enfants 19 et un risque plus élevé de psychopathologies 20 . Ces effets délétères ne seraient pas limités aux femmes présentant une grossesse à risque, un faible niveau d’éducation ou un faible statut socio-économique.
Afin de limiter la détresse psychologique dans la population générale en temps de pandémie, l’OMS, le gouvernement du Canada et l’Association des médecins psychiatres du Québec ont avisé la population de limiter le temps d’exposition aux médias d’information 21 –23 . Cette recommandation repose notamment sur l’hypothèse suggérant que l’exposition à des informations faisant état de mortalité et de menace à la santé peut créer de la détresse psychologique 24 . Certains médias d’information couvrent l’actualité d’une façon sensationnaliste, et cette tendance serait nocive pour la population 24,25 . La consommation répétitive d’actualités amenant peu de nouvelles informations serait également préjudiciable 25 . Sur le plan empirique, une enquête réalisée auprès d’un large échantillon représentatif de la population américaine (N = 3447), lors de l’épidémie du virus Ebola, a montré qu’une consommation accrue d’informations liées à cette maladie était associée à des symptômes de détresse psychologique, à des préoccupations face à Ebola, ainsi qu’à une détérioration du fonctionnement général 26 . Plus récemment, une étude transversale menée sous forme d’enquête auprès de 6 329 adultes en début de pandémie de COVID-19 aux États-Unis a montré que la consultation d’un plus grand nombre de médias d’information était liée à la détresse psychologique, indépendamment du temps investi sur les médias sociaux 27 . La fréquence et le temps consacré à consulter les médias d’information n’étaient toutefois pas mesurés. À notre connaissance, l’association entre la fréquence d’utilisation des médias d’information dans le contexte de la pandémie de COVID-19 et la détresse psychologique n’a pas encore été documentée, bien qu’il s’agisse d’une priorité pour la recherche scientifique selon un groupe d’experts en psychiatrie 28 .
L’objectif de l’étude, menée selon un devis quantitatif non expérimental observationnel, est d’examiner l’association entre la fréquence d’utilisation des médias d’information (télévision, radio ou journaux) et la détresse psychologique chez les femmes enceintes, mesurée selon la présence de symptômes dépressifs et de stress post-traumatique ainsi que d’affects négatifs et d’anxiété spécifiques de la COVID-19. L’hypothèse est qu’une fréquence de consultation des médias d’information élevée sera significativement associée à une plus grande sévérité de la détresse psychologique, même en tenant compte de variables confondantes potentielles, telles que la présence auto-rapportée d’un trouble mental diagnostiqué, l’âge, l’âge gestationnel, le niveau d’éducation et le revenu familial annuel.
Méthodologie
Procédure et Participantes
L’étude a été menée auprès de femmes enceintes habitant la province de Québec. Ces femmes ont été recrutées du 2 au 13 avril 2020 dans les médias sociaux (Facebook et Instagram), soit durant une période où l’état d’urgence sanitaire en lien avec la COVID-19 prévalait au Québec 29 . Les personnes qui souhaitaient participer étaient redirigées vers une plateforme sécurisée en ligne d’où elles accédaient au formulaire de consentement et aux questionnaires. Toutes les femmes enceintes âgées de 18 ans ou plus, comprenant le français et ayant accès à un appareil électronique étaient admissibles à participer. L’étude a été approuvée par le Comité d’éthique de la recherche avec des êtres humains de l’Université du Québec à Trois-Rivières (CER-20-266-10.10).
Mesures
Un questionnaire sociodémographique a été utilisé afin de répertorier des caractéristiques de l’échantillon ainsi que des variables confondantes potentielles. Les diagnostics de troubles mentaux étaient évalués à l’aide de la question suivante : « Souffrez-vous actuellement d’une condition ou de trouble(s) de santé mentale? Si oui, veuillez spécifier si le trouble a été diagnostiqué par un médecin ou un autre professionnel de la santé. » Les troubles mentaux questionnés étaient les suivants : dépression, trouble anxieux, trouble de stress post-traumatique, trouble des conduites alimentaires, trouble bipolaire, trouble psychotique, trouble de la personnalité, trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité et autre trouble.
Le Questionnaire de vécu face à la COVID-19 (Berthelot, Lemieux, Drouin-Maziade et Garon-Bissonnette, 2020, manuscrit inédit) a été élaboré par l’équipe de recherche afin d’évaluer l’ampleur de l’utilisation des médias d’information et de l’anxiété spécifique des répercussions de la COVID-19 (voir SMéthode). Les participantes devaient quantifier sur une échelle en 5 points leur utilisation actuelle des médias d’information (télévision, radio ou journaux) en lien avec la pandémie de COVID-19 (ne pas se renseigner sur la pandémie de COVID-19; se renseigner un peu; prendre les nouvelles environ une fois par jour; prendre les nouvelles plusieurs fois par jour; être constamment à l’affût des nouvelles sur la pandémie de COVID-19). L’anxiété quant aux répercussions potentielles de la COVID-19 sur neuf domaines (santé mentale, santé physique, accessibilité des soins, qualité des soins, disponibilité des ressources matérielles, ressources financières, disponibilité des proches, qualité des relations au sein de la famille et contexte mondial dans lequel l’enfant naîtra; voir SMéthode) a été évaluée à l’aide de 14 questions se répondant à partir d’une échelle de type Likert en quatre points (de jamais à toujours). L’instrument permet le calcul d’un score total entre 0 à 42 où un score élevé représente une anxiété spécifique de la COVID-19 importante. Le coefficient alpha de Cronbach est de 0,88.
L’Échelle de dépression post-natale d’Édimbourg (EPDS) a permis d’évaluer la présence de symptômes dépressifs chez les participantes lors des sept derniers jours 30 . Ce questionnaire auto-rapporté de 10 items utilise une échelle variable en 4 points. Plus le score est élevé (entre 0 et 30), plus la symptomatologie dépressive est sévère. Un seuil de signification clinique de 15 est utilisé en période prénatale 31 . Le questionnaire a été utilisé auprès d’échantillons de femmes enceintes 32 et présente d’excellentes qualités psychométriques en cours de grossesse 33,34 . Le coefficient alpha de Cronbach est de 0,86 dans notre échantillon.
Une version francophone du PTSD Checklist for DSM-5 (PCL-5) a permis d’évaluer, au cours du dernier mois, l’ampleur de la symptomatologie post-traumatique 35,36 . Pour notre étude, ce choix d’instrument repose sur le fort recoupement entre les symptômes du trouble de stress post-traumatique et ceux du trouble de stress aigu. Le trouble de stress aigu peut s’évaluer entre 3 jours et 1 mois après l’exposition à un stresseur, ce qui concorde avec notre période de recrutement. L’instrument, composé de 20 items se répondant sur une échelle de type Likert en 5 points (de pas du tout à extrêmement), permet d’obtenir un score total entre 0 et 80. Un score élevé indique des symptômes sévères (seuil de signification clinique ≥ 33) 37 . Les propriétés psychométriques de la version francophone de l’outil sont bonnes 35 . Le coefficient alpha de Cronbach est de 0,92 pour la présente étude.
Une version francophone de la Positive and Negative Affect Schedule (PANAS) a été utilisée afin d’examiner les affects négatifs (p. ex., colère, culpabilité, honte) 38,39 . Cet instrument, composé de deux sous-échelles (affects négatifs et affects positifs), possède 20 items se répondant sur une échelle de type Likert (de très peu ou pas du tout, à énormément). Un score total oscillant de 10 à 50 est calculé pour chacun des types d’affects : plus le score est élevé, plus cette catégorie est prépondérante. La version francophone de l’instrument a de bonnes qualités psychométriques 38 . Dans la présente étude, seule la sous-échelle des affects négatifs est utilisée. Des analyses factorielles montrent que cette sous-échelle mesure deux catégories distinctes d’affects, soit des affects anxieux, et d’autres liés à l’abattement 38 . Le coefficient alpha de Cronbach est de 0,88 pour cette sous-échelle dans notre échantillon.
Analyses des données
La version 24.0 du logiciel SPSS a été utilisée pour réaliser les analyses statistiques. Les femmes ont d’abord été divisées en quatre groupes, selon qu’elles rapportaient se renseigner peu ou pas sur la pandémie de COVID-19 (groupe 1), prendre les nouvelles environ une fois par jour (groupe 2), prendre les nouvelles plusieurs fois par jour (groupe 3) ou être constamment à l’affût des nouvelles sur la pandémie de COVID-19 (groupe 4). Les groupes ont ensuite été comparés à l’égard de la présence d’un trouble mental diagnostiqué au moment de la participation à l’étude, du niveau d’éducation, du revenu familial annuel, de l’âge et de l’âge gestationnel, à l’aide d’analyses de variance (ANOVA) pour les variables continues et de tests de chi carré pour les variables catégorielles. Les associations entre l’ensemble des variables à l’étude ont également été évaluées à l’aide de corrélations de Pearson ou de Spearman, selon le type de variable (continue ou ordinale).
Étant donné les fortes corrélations entre les quatre mesures (voir les résultats), une analyse factorielle avec une rotation Varimax a été réalisée dans le but de réduire le nombre de variables à analyser (voir Tableau S1). Une structure factorielle à un facteur de détresse psychologique a été obtenue. Une ANCOVA contrôlant pour l’âge, l’âge gestationnel, le niveau d’éducation, le revenu familial annuel et la présence d’un trouble mental diagnostiqué au moment de la participation à l’étude a été effectuée pour comparer les quatre groupes sur ce score factoriel. Des comparaisons de moyennes a posteriori ont ensuite été réalisées en appliquant la correction de Bonferroni. Étant donné que six comparaisons ont été effectuées, un niveau de signification conservateur de 0,008 a été choisi pour ces analyses. Des tailles de l’effet (TE) ont été calculées en divisant la différence entre les moyennes ajustées des groupes par l’écart-type regroupé, pour chacune des comparaisons. Des analyses supplémentaires ont été effectuées, à l’aide de tests de chi carré, pour examiner si les groupes se distinguaient quant à la proportion de femmes enceintes qui satisfaisaient au seuil de signification clinique validé aux deux instruments (EPDS et PCL-5).
Résultats
Des 1378 participantes à l’étude, 364 ont été exclues des analyses parce qu’elles n’ont pas répondu à l’ensemble des quatre mesures utilisées pour évaluer la détresse psychologique (Tableau S2). Ces participantes ne se différenciaient pas de celles ayant entièrement complété les mesures portant sur la présence d’un trouble mental, l’âge et l’âge gestationnel. Toutefois, les participantes n’ayant pas complété tous les instruments étaient généralement moins éduquées et avaient un plus faible revenu familial annuel (Tableau S3). Les caractéristiques sociodémographiques et cliniques de l’échantillon de femmes enceintes retenues pour les analyses sont présentées au Tableau 1. La majorité d’entre elles étaient primipares (n = 613, 60,5 %) et 96 % (n = 977) étaient caucasiennes. Plus de la moitié des participantes détenaient un diplôme d’études universitaires (n = 565) et environ 94 % (n = 952) ont déclaré avoir un revenu familial annuel au-dessus du seuil de faible revenu (entre 27 309 $ et 39 672 $, selon la communauté de provenance) pour une famille de trois personnes 40 avant la pandémie. La médiane pour le revenu familial dans notre échantillon se situe entre 85 000 et 95 000 $. En 2018, le revenu médian pour un ménage québécois de deux personnes ou plus était de 87 400 $ 41 et 92,1 % des femmes âgées entre 25 et 34 ans avaient obtenu au moins un diplôme d’études secondaires en 2016 42 . Notre échantillon de femmes enceintes apparaît donc représentatif des jeunes familles québécoises au chapitre de l’éducation et du revenu. La comparaison des groupes formés à partir de la fréquence de consultation des médias d’information sur ces caractéristiques (Tableau 1) montre qu’ils se distinguent quant au niveau d’éducation, au revenu familial annuel, à l’âge des participantes et à l’âge gestationnel. La distribution des participantes ayant un trouble mental dans chacun des groupes était toutefois homogène, ce qui suggère que les participantes souffrant d’un trouble de santé mentale au début de la pandémie n’étaient pas enclines à consulter les médias d’information plus fréquemment.
Distribution des participantes selon les caractéristiques démographiques, cliniques et la fréquence de consultation des médias d’information.
Note. TCA = Trouble des conduites alimentaires; TDA/H = Trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité; TSPT = Trouble de stress post-traumatique.
a Présence auto-rapportée d’un trouble mental diagnostiqué par un professionnel au moment de la participation à l’étude.
Une matrice de corrélation incluant l’ensemble des variables à l’étude est présentée au Tableau 2. Les résultats de l’analyse factorielle montrent que les quatre mesures se regroupent sur un facteur unique de détresse psychologique expliquant à lui seul 73,8 % de la variance (Tableau S1). Une ANCOVA comparant les quatre groupes définis selon la fréquence de consultation des médias sur ce score factoriel indique que les groupes se distinguent à l’égard de la détresse psychologique, F(3,998) = 27,02, p < 0,001, η2 partiel = 0,075. Les comparaisons de moyennes a posteriori avec la correction de Bonferroni (Tableau 3 et Figure 1) montrent que les femmes enceintes qui consultent constamment les médias d’information en lien avec la COVID-19 présentent significativement plus de détresse psychologique que celles des autres groupes (TE entre 0,42 et 0,81). Les femmes qui s’informent sur la COVID-19 plusieurs fois par jour présentent, quant à elles, un plus haut niveau de détresse psychologique que celles qui s’informent peu ou pas (TE = 0,43), et que celles qui ne s’informent qu’une fois par jour (TE = 0,38). Il n’y a pas de différence significative quant à la sévérité de la détresse entre les femmes qui s’intéressent peu ou pas aux actualités en lien avec la COVID-19 et celles qui consultent les médias une fois par jour. Des résultats similaires sont observés lorsque les analyses sont menées séparément pour les quatre mesures utilisées pour évaluer la détresse (Tableau S4). Quant à la distribution des femmes enceintes qui satisfont au seuil clinique pour les symptômes dépressifs et de stress post-traumatique, les résultats montrent qu’il y a significativement plus de femmes qui atteignent ces seuils dans le groupe qui consulte constamment les médias d’information, comparativement au groupe qui s’informe une fois par jour (Tableau S5).
Matrice de corrélation entre les variables à l’étude (N =1014)a.
a Associations testées selon des corrélations de Pearson (variables continues) ou des corrélations de Spearman (en présence d’une variable ordinale).
* p < 0,05. ** p < 0,01.
Comparaison de moyennes a posteriori avec la correction de Bonferroni évaluant les différences de sévérité de la détresse psychologique selon la fréquence de consultation des médias d’informationa.
a Des comparaisons de moyennes a posteriori avec la correction de Bonferroni ont été réalisées à la suite d’une ANCOVA contrôlant pour la présence d’un trouble mental diagnostiqué, l’âge, l’âge gestationnel, le niveau d’éducation et le revenu familial annuel, F(3,998) = 27,02, p < 0,001, η2 partiel = 0,075.
b La différence de moyenne a été calculée à partir de la moyenne marginale estimée des groupes, résultant du score factoriel obtenu pour les participantes à la suite de l’analyse factorielle avec rotation Varimax (incluant les symptômes dépressifs, les affects négatifs, les symptômes de stress post-traumatique et l’anxiété spécifique à la COVID-19).
c Le niveau de signification a été fixé à 0,008.
d La taille de l’effet a été calculée en divisant la différence entre les moyennes ajustées des groupes par l’écart-type regroupé.

Sévérité de la détresse psychologique selon la fréquence de consultation des médias d’information. aLes moyennes marginales estimées ont été calculées en utilisant le score factoriel obtenu pour chacune des participantes à la suite de l’analyse factorielle avec rotation Varimax (incluant les symptômes dépressifs, les affects négatifs, les symptômes de stress post-traumatique et l’anxiété spécifique de la COVID-19).
Discussion
À notre connaissance, il s’agit de la première étude à l’échelle internationale à rapporter une relation significative entre la fréquence d’utilisation des médias d’information durant la pandémie de COVID-19 et la détresse psychologique chez les femmes enceintes. Nos résultats sont cohérents avec ceux de deux études menées auprès de la population adulte américaine, en contexte de pandémie 26,27 . Bien qu’il ne soit pas possible d’affirmer l’existence d’un lien de cause à effet, ces résultats apportent un appui empirique aux recommandations faites à la population générale par l’OMS ainsi que par différentes organisations canadiennes et associations de psychiatres, quant aux impacts potentiels d’une surexposition aux actualités au sujet de la COVID-19 sur la santé mentale 21 –23 . Comme l’a souligné un groupe d’experts dans le domaine de la psychiatrie 28 , il est essentiel d’identifier des facteurs sur lesquels les individus peuvent agir afin de protéger leur bien-être psychologique, lorsqu’ils sont confrontés à un contexte socio-sanitaire hautement stressant. La réduction du temps investi à s’informer sur l’objet de la menace sanitaire semble être un de ces facteurs étant donné que les différences entre les participantes qui consultent les médias une fois par jour et celles qui les consultent plus fréquemment ont une taille de l’effet considérable. Les résultats de la présente étude ont des implications particulières pour la population à l’étude, soit les femmes enceintes, car ces dernières rapportent une détresse psychologique importante pendant la pandémie de COVID-19 15 et que la détresse en cours de grossesse a été associée à un éventail de conséquences négatives pour la santé des mères et pour le développement de l’enfant 16 –19 .
Il est intéressant de remarquer que le lien significatif entre la sévérité de la détresse psychologique et la consultation de l’actualité en lien avec la COVID-19 s’observe dès que cette dernière surpasse la fréquence d’une fois par jour. Ce ne serait donc pas le fait de porter attention aux informations en lien avec la pandémie qui serait associé à une plus grande détresse psychologique chez les femmes durant la grossesse, mais plutôt le fait d’adopter un comportement répétitif de consultation des médias. Ce résultat soutiendrait une autre recommandation de l’OMS qui dit de privilégier les mises à jour quotidiennes au sujet de la COVID-19 comparativement à consommer un flot constant d’actualités 22 . La connaissance des mises à jour critiques concernant le virus et les mesures de santé publique permet de réviser les comportements adoptés afin de se protéger 22 tandis qu’une consommation ininterrompue d’informations apporte peu de nouvelles données utiles pour se mettre en action 32 . Conséquemment, ces informations pourraient générer de la rumination, phénomène associé au développement et au maintien de l’anxiété et de la dépression 43 . Nos résultats à l’effet que les femmes qui s’exposaient peu ou pas aux actualités liées à la COVID-19 ne présentaient pas moins de symptômes que les femmes qui consultaient les médias d’information une fois par jour suggèrent qu’il n’y aurait pas de bénéfice clair sur le plan de la détresse psychologique à se distancier complétement des médias d’information, en comparaison à les consulter de manière dosée. En contrepartie, cette stratégie peut s’avérer risquée puisqu’elle ne permet pas à la personne d’être informée d’importantes mesures de santé publique.
Par ailleurs, certaines limites et forces de l’étude sont à considérer pour interpréter les résultats. Une première limite est que l’étude ne comporte pas de mesure longitudinale qui permettrait d’examiner si la sévérité de la détresse psychologique varie en fonction du degré d’exposition aux médias. Il n’est donc pas possible de déterminer le sens exact de la relation entre l’ampleur de l’exposition à des médias d’information et la sévérité de la détresse durant la pandémie de COVID-19. En ce sens, il est possible que les femmes qui sont fondamentalement plus anxieuses ou déprimées tendent à consulter plus fréquemment les médias d’information pendant la pandémie. Cependant, aucune association n’était observée dans notre étude entre les diagnostics de santé mentale auto-rapportés et la fréquence de consultation des médias d’information, bien que des tendances anxieuses ou dépressives n’entraînent pas nécessairement un diagnostic de trouble mental. Une seconde limite de l’étude est qu’il n’est pas possible d’évaluer si notre échantillon est représentatif de la population de femmes enceintes et si nos résultats peuvent être généralisés aux adultes de la population générale. Les participantes étant moins éduquées et ayant un plus faible revenu étaient d’ailleurs plus nombreuses à avoir abandonné l’étude avant de compléter l’ensemble des mesures. Toutefois, celles ayant complété l’étude présentent un profil semblable aux femmes âgées entre 25 et 34 ans de la population québécoise, sur le plan de l’éducation et du revenu familial. Notre échantillon demeure néanmoins peu diversifié sur le plan ethnique et il est composé majoritairement de femmes primipares. La barrière langagière (outils en français) pourrait avoir joué un rôle concernant la faible représentation ethnique. De futures recherches sont donc requises auprès d’un échantillon plus diversifié. Une troisième limite porte sur la nature auto-rapportée des mesures utilisées. Néanmoins, outre le nouvel instrument en lien avec la COVID-19, les outils de mesure choisis ont été validés et sont largement reconnus pour leur utilité clinique. De plus, nous avons utilisé concurremment plusieurs mesures évaluant des types distincts de symptômes et d’affects. Enfin, notre mesure de la fréquence de consultation des médias ne nous permettait pas de distinguer la nature précise des médias d’information consultés.
Conclusion
Cette étude est parmi les premières à porter sur la relation entre la consultation des médias d’information et la détresse psychologique dans le contexte de la pandémie de COVID-19. L’étude souligne que les recommandations de l’OMS et du gouvernement canadien suggérant de réduire le temps investi à consulter les médias au sujet de la COVID-19 sont pertinentes et justifiées. Le soutien apporté aux femmes enceintes et à d’autres groupes vulnérables de la population afin de favoriser leur santé mentale en temps de pandémie pourrait néanmoins dépasser cette suggestion. Notamment, les instances de santé publique canadiennes pourraient offrir des renseignements à la population sur des stratégies possibles de gestion du stress. Les organisations offrant des soins de santé et des services sociaux pourraient également favoriser la mise en place de mesures de soutien psychologique à distance. Sachant que le stress vécu en période prénatale peut avoir des répercussions importantes pour le bien-être des mères et le développement de leur enfant 14 –17 , la mise en place d’interventions concrètes pour diminuer la détresse psychologique des femmes enceintes est cruciale.
Supplemental Material
Supplemental Material, Materiel_supplementaire_19-08-2020_(version_revisions_integrees) - Association entre la fréquence de consultation des médias d’information et la détresse psychologique chez les femmes enceintes durant la pandémie de COVID-19: Association between news media consulting frequency and psychological distress in pregnant women during the COVID-19 pandemic
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Footnotes
Declaration of Conflicting Interests
The author(s) declared no potential conflicts of interest with respect to the research, authorship, and/or publication of this article.
Funding
The author(s) received financial support for the research, authorship, and/or publication of this article: Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille (CEIDEF), the Groupe de recherche et d’intervention auprès des enfants vulnérables et négligés (GRIN) and the Fonds de Recherche du Québec - Santé.
Accès aux données
Les données à partir desquelles l’étude a été réalisée pourront être fournies sur demande faite auprès de l’auteure ressource.
Divulgation de conflit d’intérêts
Les auteurs déclarent qu’ils n’ont aucun conflit d’intérêt en lien avec cette étude et la publication de ses résultats.
Financement
Les auteurs déclarent que le point de vue énoncé dans cet article est le leur et non celui de leur institution ou des organismes ayant offert un soutien financier.
Un soutien financier du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille (CEIDEF), du Groupe de recherche et d’intervention auprès des enfants vulnérables et négligés (GRIN) ainsi que du Fonds de Recherche du Québec - Santé a été reçu pour réaliser cette recherche.
Remerciements
Les auteurs souhaitent remercier toutes les femmes en attente d’un enfant qui ont participé à l’étude.
Supplemental Material
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References
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