Abstract
The neo-paganism, in its ethnocentric variant, becomes one of the most important spiritualities of the radical far right. It offers for these activists the possibility to reconnect with an ethnic/cultural identity that the universalism of Christianity has been destroyed. It allows, also, from a more strategic perspective, to develop synergies between groups and individuals scattered throughout the world. These synergies are manifested by an intellectual reciprocation, made of borrowing and re-reading. Theses exchanges are giving to this trend of the extreme right a particular intellectual coloring, which gives it a unique identity.
Introduction
Longtemps confiné à ses marges, en particulier néonazie, néodroitière ou identitaire, le néopaganisme est devenu l’une des spiritualités importantes de l’extrême droite à partir de la seconde moitié des années 1980. Ces néopaïens se divisent en deux sous-catégories : d’une part le néopaganisme philosophique, c’est-à-dire celui qui conçoit une vision du monde ne découlant pas d’une conception monothéiste du monde, mais dont les références sont plutôt à chercher du côté des philosophes de l’Antiquité ou de leurs héritiers contemporains, comme Martin Heidegger ; d’autre part le néopaganisme religieux dont la vision du monde s’articule autour de la volonté de recréer des religions provenant de l’Antiquité indo-européenne. Il s’agit dans ce cas de fermer la « parenthèse chrétienne ».
Aux États-Unis, le néopaganisme d’extrême droite dépasse en nombre et en influence les groupuscules nazis locaux, ainsi que les franges radicales du Ku Klux Klan. En 2003, environ 50 % des adeptes du paganisme nordique dans ce pays sont des extrémistes de droite, en particulier en prison, promouvant la supériorité (mais pas toujours) de la race aryenne, l’antisémitisme, le racisme et le négationnisme. Depuis, ce chiffre a continué d’augmenter, pour se situer actuellement aux alentours de 60 % des adeptes 1 . La majorité de ces groupes étatsuniens évolue dans ce qui est appelé aujourd’hui l’« alt-right » 2 (François, 2017). Ce champ, curieusement, a été très peu étudié dans le domaine anglo-saxon : la première étude, celle de Matthias Gardell, n’a été publié qu’en 2003 et est le fait d’un Suédois (Gardell, 2003). Enfin, nous devons garder à l’esprit deux points : d’une part, ces groupes sont issus des contre-cultures, voire plus largement de la pop culture ; d’autre part, ils se confondent parfois avec celles-ci 3 . Quoiqu’il en soit, ces contre-cultures irriguent les discours, les attitudes et les pratiques (sociales et culturelles) de ces groupes, bien que parfois ceux-ci les contestent publiquement.
Cette forme de spiritualité, voire de philosophie de vie, de l’extrême droite n’a été que rarement étudié en France tant en science politique qu’en sociologie des religions. Même en élargissant le champ de l’étude aux différentes formes de paganisme, les études restent rares en France, contrairement à la Scandinavie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou les États-Unis pour ne citer que ces pays où les recherches sur le néo-paganisme sont pléthores. En France, il n’y a eu que trois thèses soutenues sur le néo-paganisme depuis 2000, deux traitant du sujet dans un contexte britannique (Farwell, 2011) et américain (Carassou-Lassallette, 2003), et une dernière analysant l’aspect politique dans un cadre français (François, 2005). Une quatrième est commencée depuis novembre 2015 sous la direction de Michael Houseman (Amella, 2015). Notre étude se décomposera en quatre points : après avoir défini ce qu’est le néopaganisme, nous expliquerons le contexte de l’extrême droite américaine, puis celui de l’extrême droite européenne, et enfin nous montrerons la mise en place de réseaux internationaux. Cette approche est importante pour comprendre la mise en place d’une extrême droite euro-américaine (Bjorgo et Kaplan, 1998 ; Kaplan et Weinberg, 1998) dont se nourrit aujourd’hui l’« alt-right ».
Qu’est-ce que le néopaganisme ?
Le paganisme contemporain, ou néopaganisme, est une création récente. Il est apparu dans différents milieux (artistiques, régionalistes et/ou nationalistes et occultistes) des 17ème et 18ème siècles lors de la constitution des mythes fondateurs des identités nationales, puis dans les milieux romantiques du 19ème siècle. En effet, le néopaganisme est souvent né de la volonté de certains poètes romantiques de refuser la modernité issue du christianisme, de la Révolution française et de la Révolution industrielle. Il s’agit d’une reconstruction idéalisant le paganisme antique et qui postule la persistance de cultes païens en Europe malgré la christianisation. Par sa nature, il s’oppose aux religions monothéistes, universalistes et prosélytes comme le christianisme et l’islam. À son origine, il y a une fascination et une idéalisation des paganismes antiques et de celui des sociétés traditionnelles. Il est indéniablement un héritier du romantisme, notamment dans son refus des Lumières.
Sa principale composante cultuelle est une conception panthéiste (la divinité est identifiée au monde) et/ou polythéiste (qui admet une pluralité de dieux) de la religion. Il se manifeste principalement par la réapparition de cultes consacrés aux divinités préchrétiennes : celtes, germaniques, slaves, etc. Cependant, il existe différentes formes de néopaganisme. La première fait référence à des divinités ou à une tradition cultuelle précise, et a généralement un fondement ethnique : il s’agit la plupart du temps de la reconstruction d’une religion préchrétienne fondée sur des recherches historiques ou pseudo-historiques. La deuxième renvoie à un discours écolo-panthéiste de nature universaliste et à un paganisme créé de toutes pièces, comme le néochamanisme ou la néo-sorcellerie de type Wicca. La troisième, enfin, regroupe sous le terme générique de paganisme un choix philosophique et/ou artistique qui peut être le corollaire d’un « paganisme politique ». Dans ce dernier cas, ce recours au paganisme doit être aussi compris comme une volonté d’élaborer un système sociétal original, une philosophie non-chrétienne, et comme une façon de vivre non matérialiste et communautaire. Ce souhait se manifeste généralement, outre les publications le mettant en avant, par un goût prononcé pour les objets antiquisants (bijoux, tours de Jul, reproductions d’art, etc.). Si la majorité des néopaïens ne cherche pas à reconstituer minutieusement des rites disparus, un certain nombre d’entre eux lit avec intérêt les ouvrages d’historiens sur les religions anciennes, pour en tirer, sélectivement, des éléments dans un processus d’invention d’une « tradition », conjuguant innovations et réemplois de bribes issues de différentes périodes historiques. Des œuvres littéraires ont exercé aussi une influence, comme l’Heroic fantasy, en particulier Tolkien.
Le néopaganisme s’alimente donc à plusieurs sources : l’anthropologie (telle la fascination occidentale pour les peuples indigènes et les cultures « primitives »), la littérature, les contre-cultures, les spéculations religieuses, l’intérêt pour le folklore et les traditions régionales, etc. L’exotisme et le rêve qu’il offre peuvent prendre pour objet aussi bien une civilisation étrangère qu’un passé lointain : ainsi l’engouement pour des fêtes médiévales. En outre, devenir druide, sorcière ou prêtresse d’un culte antique ouvre les portes d’un monde différent, où la créativité et la fantaisie se donnent libre cours, puisque pratiques et rituels ne peuvent s’appuyer sur le modèle d’une tradition supposée ininterrompue. En ce sens, le néopaganisme relève du « bricolage » défini par Claude Lévi-Strauss.
Il peut aussi être vu comme une manifestation de l’ésotérisme occidental, notamment en ce qui concerne son contenu religieux et/ou métaphysique. Le ritualisme de certaines formes de paganisme se structure autour de l’ésotérisme, ce dernier servant souvent de fondement doctrinal. Nous retrouvons les éléments constitutifs de l’ésotérisme dans le néo-paganisme : les correspondances, la Nature vivante, la pratique de la concordance et surtout l’idée de transmission. En effet, tous les néo-païens soutiennent, d’une façon ou d’une autre, la transmission interrompue du paganisme dont ils se réclament (à ce titre le cas du druidisme est vraiment représentatif). Le néopaganisme contemporain, qui s’est constitué au cours du 19ème siècle, est indubitablement lié à l’ésotérisme qui connut un essor important à la même époque. Le druidisme, la magie runique, la néo-sorcellerie Wicca, pour ne prendre que ces exemples divers, ont tous intégré des pratiques magiques qui proviennent de l’occultisme, en tant qu’application concrète de l’ésotérisme. De fait, l’ésotérisme de cette époque s’est nourri des découvertes de l’archéologie et de la linguistique naissantes.
Enfin, le paganisme est repensé, dans ces discours, comme la véritable religion, native et/ou ethnique, des Européens (au contraire du « poison chrétien »), avec pour corollaire une référence, fondatrice et normative, à un supposé « héritage indo-européen ». Selon ses adeptes, le paganisme s’est survécu à lui-même sous plusieurs formes après la christianisation de l’Europe : dans l’inconscient collectif ; au niveau des croyances et des traditions populaires ; à l’intérieur même ou en marge de la religion officielle, dans des certaines hérésies.
Le discours néopaïen est resté marginal en France, restant surtout confiné dans les milieux régionalistes breton ou normand, jusqu’au moment où, au début des années 1970, la Nouvelle Droite l’utilisa pour justifier l’inégalitarisme (le christianisme devenant un « bolchevisme de l’Antiquité »), l’élitisme et le différentialisme, le faisant ainsi connaître auprès du grand public en 1981, avec la parution de Comment peut-on être païen ? d’Alain de Benoist. Toutefois, il faut surtout retenir que ce discours a échappé à la Nouvelle Droite lors du départ d’un grand nombre de ses cadres (François, 2008). Le néopaganisme se développa alors dans d’autres tendances de l’extrême droite, par le passage de ces personnes d’un groupuscule à un autre, au point d’en devenir parfois l’un des éléments constitutifs. Durant le même temps, apparaissait un néopaganisme issu des contre-cultures américaines, donnant naissance au néo-chamanisme et à la néo-sorcellerie. En effet, le public découvre alors les thèses de Carlos Castaneda. De ce fait, ce serait donc une énorme erreur que de réduire le néopaganisme à l’extrême droite. Une très forte proportion de néopaïens se situe même plutôt à l’extrême gauche, en particulier dans les milieux altermondialistes.
Le contexte américain
L’essor du paganisme raciste aux États-Unis au début des années 2000 est lié à une radicalisation de ses militants et/ou adeptes, dont les prémisses sont à chercher dans la décomposition de l’extrême droite de ce pays, et surtout dans sa recomposition multiculturelle. Ces adeptes partent du postulat que le gouvernement fédéral est hostile aux Blancs. De ce fait, les différents groupes aryens américains dénoncent à la fois la droite conservatrice, jugée bigote et à l’origine du problème, et les progressistes américains qui favorisent les minorités de couleur. En réponse, ces groupes font la promotion du projet ouvertement révolutionnaire d’un séparatisme blanc, influencé par les théoriciens américains du néoprimitivisme, comme John Zerzan, qui n’est pas d’extrême droite, à forte connotation religieuse, héritage des völkischer allemands 4 du début du 20ème siècle, reconstruisant la religion germano-scandinave de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge. Dans une certaine mesure, ces militants, qui se mettent en marge de la société américaine et qui refusent ses valeurs, peuvent être vus comme des anti-américains, dans le sens où ils refusent explicitement les valeurs de l’American Way of Life.
À l’instar des milieux contre-culturels des années 1970, qui prônaient un retour à des valeurs naturalistes et idéalisaient la paysannerie, ces völkischer faisaient l’éloge des petites communautés rurales. L’idéal de vie du milieu völkisch tel qu’il était conçu en Allemagne au début du 20ème siècle peut être résumé de la façon suivante : refus de la ville, éloge des communautés paysannes, alimentation végétarienne, soin par la phytothérapie, naturisme et habitude des « bains de lumière », goût pour la gymnastique ou la danse, comme pour les maisons « traditionnelles » décorées avec des symboles germaniques, nordiques ou celtes, intérêt pour le chant et les chansons traditionnelles, et la spiritualité, port des sandales et de tuniques amples en coton ou en lin, etc. Nos néo-völkischer américains se définissent d’ailleurs de la façon suivante, montrant une étonnante proximité avec leurs modèles : It means to reject the modern, materialist reign of ‘quantity over quality’, the absence of any meaningful spiritual values, environmental devastation, the mechanization and over-specialization of urban life, and the imperialism of corporate monoculture, with its vulgar ‘values’ of progress and efficiency. It means to yearn for the small, homogeneous tribal societies that flourished before Christianity – societies in which every aspect of life was integrated into a holistic system. What we represent: Resacralization of the world versus materialism; folk/traditional culture versus mass culture; natural social order versus an artificial hierarchy based on wealth; the tribal community versus the nation-state; stewardship of the earth versus the ‘maximization of resources’; an harmonious relationship between men and women versus the ‘war between the sexes’; handicrafts and artisanship versus industrial mass-production
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Ces militants entretiennent des liens assez forts avec l’extrême droite européenne dans leurs tendances nationalistes-révolutionnaires, identitaires et néo-droitières. Ils développent un discours racial identitaire, cherchant à défendre l’identité blanche partout où elle se trouve, et promouvant une solidarité ethnique, avec parfois des positions « socialisantes ». La communauté internationale imaginée des néopaïens aryens dépasse le cadre restreint du nationalisme : elle se place à la fois dans une logique tribale et pan-aryenne, promue par les ex-SS après la Seconde guerre mondiale, souhaitant créer des liens avec les différents groupes, surtout européens (anglais, allemands, scandinaves). Plus largement, ces groupes promeuvent un ethno-différentialisme qui défend les différents groupes minoritaires, aussi bien ethniques que religieux de par le monde. En retour, ils s’opposent aux religions monothéistes, perçues comme des religions impérialistes et destructrices d’identité. En conséquence, ils défendent les religions aborigènes partout dans le monde, celle des Européens (au sens ethnique) étant l’odinisme, mis à mal par la christianisation de l’Europe. Mais ce discours n’est pas une innovation, loin de là : cet ethno-différentialisme se retrouvait en effet dès les années 1960 chez la militante néopaïenne allemande, et ex nazie, Sigrid Hunke (François, 2014 : 57–59) qui défendait une vision différentialiste et païenne des cultures et civilisations, et dénonçait dans le judéo-christianisme un risque d’acculturation. Elle promouvait une forme de pensée identitaire, insistant sur le respect des particularismes ethnico-religieux, et défendant l’identité européenne.
Ces groupes sont regroupés aujourd’hui (en 2017) par leurs observateurs sous l’expression générique d’« alt-right ». Celle-ci promeut le nordicisme, c’est-à-dire l’origine nordique, et plus précisément polaire, de la « race blanche ». Enfin, il faut garder à l’esprit qu’aux États-Unis, le néopaganisme d’extrême droite dépasse en nombre et en influence les groupuscules nazis locaux, ainsi que les franges radicales du Ku Klux Klan. Il ne s’agit pas d’une création médiatique : il s’agit au contraire d’une idéologie au sens propre du terme, ayant sa contre-culture, ses propres références intellectuelles et grilles de compréhension du monde. Cette mouvance radicale est ancienne et a ses théoriciens, qui sont d’ailleurs souvent des universitaires. Sa relative confidentialité est compensée par son usage de l’Internet qui lui a permis de diffuser ses thèses au-delà des milieux restreints d’origines. Nous sommes face plutôt à une extrême droite américaine qui lit et commentent les publications de l’extrême droite païenne européenne, en particulier les groupes issus de la Nouvelle Droite.
Le contexte européen
En Europe, la principale formation à avoir théorisé le néopaganisme dès la fin des années 1960 est le GRECE, pour Groupement de Recherches et d’Études de la Civilisation Européenne, une structure de l’extrême droite nationaliste-européenne française, ayant des ramifications principalement en Belgique, en Italie et en Allemagne, connue à la fin des années 1970 sous l’expression « Nouvelle droite » (François, 2008). L’organisation a souhaité créer dans les années 1970 une « nouvelle culture », selon l’aveu de l’un de ses membres fondateurs Pierre Vial (Vial, 2000 : 51), ayant ses propres normes. Le néopaganisme et ses supposées valeurs furent des éléments importants de cette « nouvelle culture » à laquelle s’est ajouté à compter de la fin des années 1970 le recours à l’identité européenne et à la thématique indo-européenne. Le néopaganisme a joué un rôle important à la fois dans la doctrine du GRECE et dans les évolutions de celui-ci. Comme l’écrit le néo-droitier Jacques Marlaud, « parler de paganisme au vingtième siècle, c’est supposer qu’il existe un courant de pensée relativement cohérent auquel on puisse attribuer ce nom » (Marlaud, 1987 : 19). La Nouvelle Droitea cette cohérence : il s’agit de l’une de ses grandes constantes doctrinales. Cette thématique fait l’objet de nombreuses publications (articles, revues ou livres) de la part des néo-droitiers depuis le milieu des années 1970. Le paganisme est devenu au cours des années 1980 l’une des références majeures de ce courant pour ce qui concerne les questions sociologiques et politiques, parallèlement à un abandon du projet « métapolitique » de rénovation du discours de la droite. Depuis lors, des membres importants du GRECE se réclament du paganisme ou se sont réclamés de lui. Ce qui fait dire à juste titre à l’historien italien Francesco Germinario que la question païenne et la critique de l’universalisme religieux constituent le fil conducteur du discours néo-droitier (Germinario, 2002).
Dès les origines de la Nouvelle Droite, les termes « tradition » et « indo-européen » renvoient explicitement à une réhabilitation du paganisme et parfois à des pratiques païennes. Une commission « traditions » fut même créée pour aider les grécistes à célébrer différentes grandes fêtes païennes comme les solstices et les mariages 6 et cela malgré les dénégations ultérieures des principaux intéressés. En outre, les néo-droitiers eux-mêmes dans leurs productions idéologiques attribuaient un rôle important au néopaganisme : il devait permettre la fermeture de la « parenthèse chrétienne », la création d’une « nouvelle culture » a-chrétienne ainsi que l’élaboration d’une nouvelle mythologie se manifestant par les traits suivants : 1) éloge du différentialisme radical, faisant du communautarisme une solution au multiculturalisme et refusant l’« ethnocide » ; 2) critique de la pensée occidentale, individualiste et uniformisatrice, considérée comme manifestation de la modernité, de l’américanisation des mœurs et de l’idéologie du progrès ; 3) conception pagano-panthéiste de l’écologie. Les néo-droitiers associent au néopaganisme une réflexion ethno-raciale. Selon ces derniers, les Européens descendraient en ligne directe des peuples indo-européens qui se seraient diffusés en Eurasie à la fin de la Préhistoire. Cette idée en entérine une seconde, celle de l’existence d’une « race blanche ». Cette thématique disparaîtra du discours de certains néo-droitiers, tels Alain de Benoist 7 , au cours des années 1980. Cependant, on le retrouvera dans les postulats d’un certain nombre de groupuscules extrémistes, en particulier dans la mouvance identitaire, comme nous l’avons établi dans plusieurs travaux à paraître.
Ce néo-paganisme européiste se structure donc autour de l’idée d’un ethnos demos, c’est-à-dire d’un peuple au sens ethnique du terme, qui évoluerait à l’échelle européenne. Ce néo-paganisme européiste implique également l’idée ethno-religieuse d’un paganisme propre à une mentalité et à une ethnie indo-européenne. Cette conception s’appuie à la fois sur une identité européenne commune réelle et sur une consanguinité imaginaire. Toutefois, le racisme des premières années, que nous retrouverons par la suite ailleurs, notamment dans une extrême droite « euro-américaine », a fait place à un ethno-différentialisme. Le versant positif de cette défense est une réflexion sur la nature et l’essence de notre civilisation, la face négative, une régression vers un racisme digne de celui des années 1930. Le discours néopaïen néo-droitier vis-à-vis des étrangers va donc du racisme le plus radical à une tolérance absolue.
La tendance païenne raciste, représentée notamment en France par Pierre Vial et son association Terre et peuple, prône un ethno-communautarisme « folkiste » 8 . Cette appellation est acceptée, et même revendiquée, par Vial : « J’assume l’étiquette dans la mesure où la notion de communauté du peuple est au centre de mes préoccupations et où tout ce qui est populaire (ce mot est la traduction la moins insatisfaisante de völkisch) m’est cher, car lié à l’identité » (Vial, 2000 : 65). Le « folkisme » est un néologisme forgé sur la base du terme allemand völkisch, dont il est une variante récente et française. Il peut être résumé, sans pour autant sombrer dans la simplification excessive, par la devise de cette association, « une terre, un peuple ». Dans ce type de discours, le racisme biologique fusionne avec un différentialisme radical aux assises païennes, qui, sous le couvert de l’éloge de la différence culturelle, a légitimé en retour une nouvelle forme de racisme. Chaque « race » étant adaptée à son environnement, nous devrions, selon les folkistes, respecter les différents modes de vie et empêcher l’occidentalisation des populations immigrées présentes en Europe. Mais surtout, il faudrait refuser de les accepter sur le sol européen. Enfin, le métissage est vu comme un ethnocide. Cette mixophobie se combine avec un européisme ethnico-culturel virulent. Au contraire, certains, comme Alain de Benoist, ont développé un discours « non-raciste » qui peut encore être défini comme différentialiste. Celui-ci, entièrement inspiré du paganisme (les « sociétés traditionnelles »), refuse l’acculturation véhiculée par la globalisation. Ce différentialisme se poserait en garant du respect de la diversité des cultures. Ces différentialistes, à l’instar d’un Alain de Benoist, ont élaboré un modèle théorique qui échappe aux schémas de l’antiracisme militant dans la mesure où, sans renier totalement la référence à la biologie, il se place sur le terrain culturel. Martin Barker appelait dès 1981 ce différentialisme le « nouveau racisme » (Barker, 1981).
Selon Alain de Benoist, la solution résolvant les questions nées de la présence de populations immigrées en Europe (assimilation ou respect des différences ?) résiderait dans la reconnaissance d’un modèle communautarien aux fondements païens acceptant la différence de l’Autre. Celui-ci affirme que la communauté est l’une des formes possibles de dépassement d’une modernité supposée finissante. Alain de Benoist s’inspire de la Rome antique et du système traditionnel indien, faisant siennes les conclusions de Louis Dumont sur la société indienne (Lardinois, 2007). L’Inde, étant l’une des dernières grandes civilisations restées païennes, offre un modèle sociétal très différent de celui que nous connaissons. Ce système politique et social a-chrétien serait pour les néopaïens un exemple à suivre.
Il existe donc une opposition entre les tenants d’un « différentialisme antiraciste » à la Alain de Benoist et les positions mixophobes de Pierre Vial et de ses amis : Guillaume Faye, Jean Mabire, Jean Haudry, Jean Varenne, Dominique Venner, etc. Cependant, pour fonctionner, le « différentialisme antiraciste » a besoin de refuser le prosélytisme religieux. Cela a pour conséquence concrète le soutien de ces néopaïens aux combats pour le droit des peuples à rester eux-mêmes. La condamnation de l’ethnocide des peuples premiers est d’ailleurs fréquemment défendue par les milieux néopaïens, au nom d’un polyculturalisme païen qui serait inhérent à leur vision du monde. Ils soutiennent à la fois le combat contre l’uniformisation forcée provoquée par la société marchande et celui contre les religions prosélytes universalistes que sont le christianisme et l’islam. Ils s’identifient aux peuples opprimés et acculturés de force, une identification aisée puisque les Européens l’auraient été, selon eux, par le christianisme.
Au-delà de ces réflexions ethnoraciales, nos néo-droitiers souhaitent la reconnaissance du néopaganisme en tant que religion et cosmologie. Il s’agit là de l’une des rares constantes néo-droitières depuis la fondation du GRECE. Consciemment ou inconsciemment, les néo-droitiers, et plus largement les néopaïens d’extrême droite, désirent une « repaganisation » de l’Europe ou, du moins, la fermeture de la « parenthèse chrétienne », pour reprendre l’une de leurs expressions, celle-ci étant rendue possible à leurs yeux par la sécularisation des sociétés européenne et par la chute de la pratique des différentes formes de christianisme. Pour atteindre cet objectif, les néo-droitiers s’appuient sur la constatation de sociologues postmodernes comme Michel Maffesoli de la résurgence de valeurs archaïques au sein des sociétés modernes.
Les réseaux internationaux
Les groupes étudiés ici, marginaux dans leurs pays respectifs, ont mis en place une synergie internationale très dynamique grâce à Internet, permettant les échanges de livres, de musiques, d’informations, de stratégies. Paradoxalement, malgré cette utilisation d’Internet, la création de ces structures doit être vue comme une réponse théologique à la mondialisation. Toutefois, nous devons préciser que ces groupes biologisent la spiritualité : leurs prêtres et prêtresses, ainsi que leurs membres, porteraient en eux à la fois la race à préserver, mais aussi une religiosité qui leur serait propre, une religion raciale en quelque sorte. Cette idée était déjà présente chez les SS, et avant eux chez les völkischen allemands et autrichiens, pour qui l’homme n’est qu’un maillon d’une longue chaîne raciale et spirituelle. Ces groupes font donc le lien entre race, et religion et enracinement (François, 2014 ; Gardell, 2003).
Ainsi, Alain de Benoist entretient des relations assez étroites avec des racialistes américains de la mouvance de l’« alt-right ». Ceux-ci traduisirent dès 1994 certains de ses articles, avec la traduction, non autorisée selon le principal intéressé, de « ‘Communauté’ et ‘société’ » dans la revue racialiste The Mankind Quarterly. Il s’agit d’un vieil article, paru initialement dans le numéro 23 d’Éléments et datant de 1977. Depuis les années 1990, les milieux de l’« alt-right » ont réédité plusieurs articles d’Alain de Benoist, avec son accord cette fois-ci. Ces textes ont une teneur très militante et/ou néopaienne. Outre ce fait important, il faut également noter que les traductions concernent surtout de vieilles publications, datant des années 1970 et 1980, époque où Alain de Benoist faisait la promotion à la fois d’un néopaganisme, d’un nationalisme européen et de la Révolution Conservatrice allemande. Le principal traducteur de ces articles est Tomislav (Tom) Sunic, pour la revue racialiste The Occidental Quarterly. Sunic est un néodroitier croate, devenu un compagnon de route de la Nouvelle Droite racialiste américaine (il est le conseiller culturel de l’American Third Way Position). Proche du GRECE, il participa à l’ouvrage collectif néo-droitier, Le mai 68 de la Nouvelle Droite. Ces traductions ont été faites avec l’accord d’Alain de Benoist. D’ailleurs, ce dernier a préfacé le livre que Sunic a consacré à la Nouvelle Droite, Against democracy and equality : The European New Right (Sunic, 1990). Enfin, Sunic est le correspondant de Nouvelle École, la revue théorique de la Nouvelle Droite, pour la Croatie.
Au-delà de cet exemple, il faut noter que ces milieux américains (suprémacistes blancs, nationalistes blancs, néopaïens, ethno-différentialistes, etc.) considèrent les théoriciens européens d’une Nouvelle Droite ethno-différentialiste et païenne comme relevant de ce qu’ils appellent la « vraie droite » (Francis, 2004). Ces milieux ont publiés plusieurs textes, livres et articles sur la Nouvelle Droite européenne et sur Alain de Benoist, en particulier sur ses positions racialistes, identitaire et païennes, montrant l’intérêt des thèses de l’essayiste français dans les milieux radicaux américains (Sunic, 1990 ; Torigian, 2005). Le site américain www.countercurrent.com traduit régulièrement des articles et des textes des principaux théoriciens néo-droitiers francophones (Alain de Benoist, Guillaume Faye, Robert Steuckers) ou des personnalités proches (Dominique Venner) et certains de ses collaborateurs sont considérés en retour par les néo-droitiers européens comme proches idéologiquement, voire sont considérés comme des amis. C’est le cas, par exemple du néopaïen Greg Johnson pour Robert Steuckers, dont l’un des livres a été traduit par l’éditeur négationniste français Akribeia (Johnson, 2016). En retour, par un jeu de va-et-vient intellectuel, certains groupuscules/militants extrémistes français, issus de la Nouvelle Droite, intégrent à leur tour les thèses de ces penseurs américains. Le lien entre les uns et les autres des deux côtés de l’Atlantique, le moteur de ces réseaux, est la volonté de préserver la « race blanche ». En Europe, cela se manifeste par la volonté, plus politiquement correct, de préserver la « civilisation européenne » (la question raciale, très sensible sur notre continent, étant implicite), au contraire des États-Unis où cela s’exprime sans fard. En effet, les milieux racialistes américains de l’« alt-right » font de la préservation de l’identité blanche des États-Unis leur cheval de bataille. Sur leurs sites Internet, les textes d’Alain de Benoist cohabitent avec ceux de suprémacistes blancs comme Lothrop Stoddart, ou d’antisémites et racialistes comme Samuel Francis.
Ce paradigme racialiste se retrouve dans la mouvance identitaire, héritière des thèses de la Nouvelle droite européenne : il en est le fondement géopolitique. Les textes géopolitiques identitaires insistent sur la défense du « heartland », c’est-à-dire l’Eurasie, cœur de la civilisation païenne « blanche ». Selon eux, le monde se structurera en différentes « ethnosphères » et la géopolitique doit prendre en compte cette évolution pour empêcher la disparition programmée des peuples de race blanche, et de la civilisation qui en découle. Selon les identitaires, le choc des civilisations doit être interprété comme l’affrontement des peuples blancs chrétiens ou païens contre tous les autres, en particulier arabo-musulmans. Pour faire face à ce choc à venir, les identitaires tentent de se fédérer depuis le début des années 2000 et cherchent à mettre en place une synergie européenne. Ainsi, différents groupuscules se sont rencontrés en Espagne en novembre 2005 pour leur deuxième colloque. Parmi les participants nous trouvions le nationaliste révolutionnaire italien Gabriel Adinolfi, rédacteur en chef de la revue Orion et grand nostalgique de Benito Mussolini ; les Allemands Pierre Krebs, animateur du très païen Thule Seminar et ancien membre de la Nouvelle Droite française, et Andreas Molau, rédacteur en chef de Deutsche Stimme ; et enfin, Ernesto Mila, responsable de Tierra y pueblo, la section espagnole de Terre et peuple et adepte d’un néonazisme païen et occulte. L’année suivante, les 8 et 9 juin 2006, les mêmes se sont rencontrés en Russie, pour la conférence internationale sur l’avenir du monde blanc. Cette conférence s’est conclue le 10 juin 2006 par un « Appel de Moscou », signé par Pierre Krebs ; par le néopaïen breton Yann-Ber Tillenon ; l’Espagnol Enrique Ravallo de Tierra y Pueblo ; les Français Guillaume Faye et Pierre Vial (Terre et Peuple), tous deux anciens du GRECE ; le Grec Iephterios Ballas (Arma), les Russes Vladimir Ardeyev, Anatoli Ivanov (Synergies Européennes) et Pavel Tulaev (Atheneum), et enfin de l’Ukrainien Galina Lozko. Cette signature entraîna dans la foulée la création d’un réseau identitaire, le Conseil des peuples d’origine européenne, qui lui-même donna naissance à la Coordination Identitaire Européenne (CIE) qui regroupe des groupuscules allemands, autrichiens, espagnols, flamants, français, italiens, portugais, russes, serbes et wallons, ainsi que québécois. En novembre 2006, un groupuscule néopaïen européen, Synergies Européennes, dirigé par le Belge Robert Steuckers, a organisé un colloque regroupant plusieurs formations européennes sur les effets négatifs de la mondialisation. Toutes ces rencontres ont pour objectif de réfléchir sur la potentialité de mettre en place un État européen nationaliste, identitaire et païen.
Enfin, ces formations néopaïennes tentent de se fédérer entre elles et cherchent à nouer des liens avec des militants politiques de pays non monothéistes. Ainsi, elles ont établi des relations avec des militants hindouistes nationalistes. Cela s’est effectué à deux niveaux : 1) avec des dignitaires religieux ; 2) avec des partis nationalistes, modernistes et/ou conservateurs. Cette fascination se renforça, par ailleurs, lors de la première victoire électorale du parti nationaliste hindouiste, le Bhâratîya Janatâ Parti ou BJP (« Parti du Peuple Indien ») en 1998. Celui-ci a développé la théorie de l’hindutva, ou « hindouité », un néologisme créé en 1923 pour caractériser le mouvement de renaissance hindou, mouvement davantage politico-culturel et ethnicisant que réellement religieux. Ces nationalistes hindous s’opposent au christianisme et à l’islam, vus comme des religions prosélytes, antipaïennes et destructrices d’identités et de traditions. Ce rejet se retrouve également dans leur refus du communisme, une autre forme, selon eux, de prosélytisme universaliste. Ainsi, un haut responsable du BJP, Ram Swarup, a publié un livre traitant de l’aspect prosélyte et intolérant du christianisme et de l’islam, traduit en français par Le Labyrinthe, la maison d’édition du GRECE : Foi et intolérance. Un regard hindou sur le christianisme et l’islam (Swarup, 2000). Enfin, quelques penseurs nationalistes radicaux ont également lancé un appel aux Occidentaux au début des années 1980 pour qu’ils renouent avec leur ancien paganisme avec l’assistance de la tradition vivante hindoue.
Enfin, concernant les liens entre les différentes structures néopaïennes stricto sensu, des relations ont été nouées entre les païens d’extrême droite et les groupes conventionnels européens, parfois proches des droites radicales. Cela s’est fait grâce à un militant lituanien, Jonas Trinkunas, responsable du groupe Romuva. Celui-ci a fondé en 1997, avec d’autres païens, l’Association of European Natural Religion (« Association de la Religion Naturelle Européenne »). Il s’agit d’une fédération païenne européenne regroupant notamment les Islandais d’Asatru, les Grecs de Diipetes, les Allemands du Arbeitsgemeinschaft Naturreligiöser Stammesverbände Europas ou ANSE (« Groupe d’études des religions naturelles traditionnelles d’Europe »), les Lettons de Dievturi, les Lituaniens de Romuva mais aussi des groupes russes, ukrainiens et polonais. L’année suivante cette organisation s’est transformée, sous l’impulsion conjointe de Jörmundur Ingi, le responsable de l’Asatru, et de Jonas Trinkunas, en World Congress of Ethnic Religions (« Congrès Mondial des Religions Ethniques ») ou WCER, qui lui-même s’est transformé en ECER (European Congress of Ethnic Religions/Congrès Européen des Religions Ethniques). Cette organisation est un forum de groupes religieux, en priorité ceux dont les origines remontent au paganisme indo-européen. Elle condamne le prosélytisme des religions monothéistes, en particulier chrétienne et musulmane, faisant la promotion en retour de l’enracinement identitaire des religions natives européennes. Différents groupes païens d’extrême droite en font partie comme les Français de « Libération païenne » et de la Domus Europa, issus là-encore du GRECE. Plus politique, le groupe belge Synergie Européenne a tenté, après la chute de l’Union soviétique, de nouer des liens avec différents groupes néopaïens nationalistes d’Europe de l’Est. Ces liens se sont concrétisés dans les années 1990 par des publications d’entretiens dans les revues de Synergie Européenne (Vouloir et Nouvelles de Synergies Européennes), ainsi qu’à des participations à des colloques organisés par celui-ci.
La mise en place de synergies « pagano-politiques » montre la naissance d’une extrême droite euro-américaine qui ne se place plus dans le cadre du nationalisme, mais dans celui, identitaire, d’une solidarité ethnique et cultuelle. Dans ce domaine, le précurseur est un britannique, Roger Pearson, à l’origine de la création, en 1957, à Londres, de la Northern League (Ligue Nordique), une ligue ouvertement néonazie, dans laquelle on trouvait un nazi historique, chantre de la race nordique, Hans F. K. Günther. Les deux fréquentèrent d’ailleurs la Nouvelle Droite française et firent partie du comité de patronage de la revue Nouvelle École. Les objectifs principaux de cette ligue étaient définis de la façon suivante : 1) […] Mener tous les peuples originaires du nord de l’Europe et qui sont disséminés dans le monde à une compréhension effective de leur héritage commun […] 2) […] combattre la menace qui pèse du dehors sur notre héritage biologique et culturel : les forces “égalitaires” du communisme et du cosmopolitisme, soutenues par une population étrangère toujours croissante, menacent de faire disparaître nos peuples et notre culture […] 3) […] combattre l’insidieuse décadence biologique et culturelle de l’intérieur, causée d’une part par l’immigration […], d’autre part par les idées destructrices soi-disant “progressistes” […].
Ces thèmes sont fondamentaux dans les milieux des révolutionnaires aryens. D’ailleurs, certains militants américains, tels Greg Johnson ou Michael O’Meara (pseudonyme de Michael Torigian), font le lien entre les différents milieux étudiés ici : ils participent à la revue néopaïenne nordiciste Tyr, écrivent dans la presse de l’extrême droite euro-américaine et dans celle de l’« alt-right » ; publient des études sur la Nouvelle Droite française, quand ils ne traduisent pas des textes de celle-ci… L’étude de ces thèses n’est pas anecdotique : elles s’expriment aujourd’hui ouvertement dans la mouvance de l’« alt-right », que le grand public a découvert lors de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Il serait judicieux d’approfondir le passage de ces idées de l’Europe aux États-Unis pour comprendre la réutilisation de certains thèmes. Cela d’autant plus que la fin du 20ème siècle a vu la mise en place de tentatives d’Internationales blanches, avec la création de réseaux euro-américains, recyclant les vieux discours racistes de la suprématie blanche, les fusionnant aux spéculations de l’ésotérisme raciste apparu après la Seconde guerre mondiale, donnant ainsi naissance à un discours que nous pourrions qualifier de « néo-völkisch ». Ce discours offre l’intérêt de contourner la période nazie et d’éviter, pour ceux qui le formulent, l’accusation hautement disqualifiante et discréditante de néonazisme, tout en recyclant la vieille thématique de l’origine polaire des Aryens sous couvert d’études indo-européennes.
Footnotes
Acknowledgements
Je tiens à remercier Philippe Portier, directeur du GSRL, Didier Lhomme et Emmanuel Cherrier, nouveau et ancien directeurs de l’Institut de Préparation à l’Administration Génerale de l’université de Valenciennes, Jean-Yves Camus, qui m’a toujours fait confiance, et surtout Nicolas Lebourg pour toutes ces années de discutions.
Financement
Aucun soutien financier spécifique émanant d’un organisme de financement public, d’une société commercial ou du secteur non-marchand n’a été attribué à cette recherche.
Notes
Biographie de l’auteur
Adresse : Groupe Sociétés, Religions, Laïcités, EPHE, CNRS, 27 rue Paul Bert, 94204, Yvry sur Seine, France.
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