Abstract
This quantitative study of the attitudes towards climate change and energy reduction actions of Australian Christian churchgoers presents data from a series of national surveys, one of which is investigated in greater depth to identify the relationship between religious persuasion and social capital on the one hand and consumer energy reduction and ‘civic’ action on the other. Comparisons are made with reference to surveys of the Australian population carried out in 2006 and 2011. Churchgoers were found to be slightly more pro-environment than the Australian population as a whole in their attitudes and actions. Social capital was a stronger predictor of action, particularly civic actions, than environmental attitudes or religious persuasions. The norm of Christian responsibility for the environment was also a strong predictor of action. Because church leaders were trusted sources of information about climate change, they played an important role in fostering positive changes in attitudes and actions.
Introduction
On a mené en Australie de plus en plus de sondages sur les attitudes du public face aux changements climatiques en réponse à l’intensification du débat social et à la forte politisation des questions soulevées. Un examen de 22 sondages nationaux réalisés entre 2008 et 2010 (Leviston et al., 2011) est arrivé à la conclusion que la vaste majorité des Australiens pensent que le climat change mais seulement la moitié d’entre eux estiment que les changements sont principalement liés à l’activité humaine. Afin de mettre ces statistiques en perspective il est utile de les comparer sur une période de temps et avec d’autres pays. Cependant, il faut noter que les réponses dépendent grandement de la formulation de la question (Greenhill et al., 2013). Quand le libellé est homogène, on constate qu’en Australie la croyance aux changements climatiques dus à l’activité humaine a diminuée entre 2008 et 2011 mais s’est stabilisée depuis lors (Leviston et al., 2013). Ces taux sont similaires à ceux du Royaume Uni et des États-Unis (Leviston et al., 2011). La seule différence démographique constante est que les femmes risquent plus de croire aux changements climatiques anthropiques que les hommes. Les croyances sur les changements climatiques sont fortement liées aux préférences politiques (Leviston et al., 2013).
Les actions pour la décroissance énergétique 1 se répandent plus. La majorité des gens prend des mesures directes pour la décroissance de l’énergie dans la sphère privée, par exemple, les réductions de la consommation d’énergie ou de l’utilisation de la voiture (Leviston and Walker, 2012). D’autres actions telles que le recyclage et l’utilisation rationnelle de l’eau peuvent avoir un impact indirect sur la réduction de la production et du transport. Les actions civiques ou dans la sphère publique comme le vote sur une question environnementale (21%) ou l’adhésion à une association environnementale (5%), ce qui est moins courant, produisent également des conséquences sur la décroissance de l’énergie en augmentant la sensibilisation du public aux questions environnementales et en forçant les gouvernements à intervenir dans le combat contre les changements climatiques.
Conformément aux tendances internationales, il s’avère qu’en Australie, parmi les chrétiens pratiquants des plus importantes dénominations, il y a une préoccupation grandissante concernant l’environnement. Ces dénominations et le National Council of Churches (Conseil National des Églises) ont chacun élaboré des déclarations sur l’environnement, y compris des déclarations concernant les changements climatiques, qui font appel à ses adhérents pour prendre soin de la terre et agir avec générosité envers les communautés humaines les plus touchées par les changements climatiques. Des initiatives eucuméniques incluent le programme « EcoMission » du National Council of Churches et le festival annuel « Season of Creation » (Saison de la Création).
Des activités écologiques pratiques se produisent maintenant aux niveaux local et regional telles que des programmes d’éducation, des audits énergétiques, l’installation de panneaux solaires et de jardins communautaires. Beaucoup d’organisations humanitaires et d’aide au développement chrétiennes internationales (par exemple, World Vision, Caritas, TEAR Australia, UnitingWorld) se sont à présent engagées dans la sensibilisation aux changements climatiques et/ou dans le plaidoyer politique en raison des conséquences des changements climatiques pour les populations pauvres et de l’exhortation des partenaires ecclésiaux internationaux. Des observations sur les attitudes et les actions environnementales des chrétiens pratiquants australiens sont disponibles au « National Church Life Survey » (NCLS) (Enquête Nationale sur la Vie de l’Église) qui a recueilli des données au sein d’environ vingt dénominations chrétiennes (Catholique, Anglicane et Protestante) à travers le pays et à chaque année de recensement depuis 1991. Les « Attender Surveys » (Sondages des Pratiquants) remplis par quelques 200 000 à 400 000 pratiquants à chaque vague de sondage, consistent en une enquête principale et une série d’enquêtes portant sur de plus petits échantillons, chacune étant un échantillon aléatoire de la totalité des participants. À l’occasion des deux plus récentes années de recensement (2006 et 2011), quelques enquêtes portant sur de petits échantillons ont fait davantage appel aux préoccupations environnementales. La formulation de certaines questions était identique à celle utilisée pour les sondages de la population nationale, ce qui permet de faire des comparaisons à ce niveau. Cet article présente les résultats d’analyse de trois thèmes clés : (1) les attitudes et les convictions liées aux changements climatiques et à l’environnement ; (2) les actions de particuliers, en tant que consommateurs et en tant que citoyens, pour la décroissance énergétique ; et (3) l’existence d’une norme liant le christianisme à l’écologisme (la responsabilité chrétienne joue-t-elle un rôle actif au niveau des questions de l’environnement ?).
Des études scientifiques publiées qui ont été réalisées principalement aux États-Unis montrent cependant que la relation entre la chrétienté et l’écologisme est complexe. Le christianisme a le potentiel d’encourager mais aussi de contrecarrer les actions pour la décroissance énergétique. D’un côté, il est dit que la théologie judéo-chrétienne se porte responsable de l’attitude culturelle touchant à la domination de l’homme sur la nature (White, 1967), et une orientation politique conservatrice qui s’oppose aux politiques écologistes est également favorisée dans de nombreux cercles ecclésiaux (Eckberg and Blocker, 1996). D’un autre côté, tout porte à croire que l’environnement suscite une inquiétude croissante et une activité parmi des églises dans plusieurs pays (Douglas, 2007; Kearns, 1996). En outre, les actions civiques et celles du consommateur se sont avérées à plusieurs reprises distinctes et varient dans leurs antécédents (Sherkat and Ellison, 2007 ; Eckberg and Blocker, 1996 ; Gardner and Stern, 2002). Sherkat et Ellison illustrent certaines des complexités en jeu. Ils ont signalé une association positive entre le conservatisme chrétien et la croyance en « l’intendance » (la croyance selon laquelle la nature devrait être protégée car elle a été créée par Dieu). Cette association a ensuite encouragé l’action écologiste du consommateur car cela renforçait une croyance en la gravité des problèmes environnementaux. Cependant, le conservatisme chrétien entretenait une relation positive avec le conservatisme politique, ce qui à son tour réprimait les actions écologiques civiques et celles du consommateur. Il est donc nécessaire de mesurer le degré de l’observance religieuse et le type d’affiliation religieuse (identification de la dénomination, conservatisme religieux). Les spiritualités qui ne sont pas de conviction conventionnelle chrétienne ont aussi été associées à l’action écologiste (Taylor, 2001 ; Brown and Kasser, 2005 ; Farrell, 2013). Les données du NCLS peuvent prendre en compte certaines de ces complexités.
Le capital social est un autre lien potentiel important entre la pratique religieuse et l’action écologique. Les églises semblent avoir un effet bénéfique sur l’accumulation du capital social qui unit et celui qui relie. Par exemple, Putnam et Campbell (2010) ont observé que les pratiquants aux États-Unis non seulement participaient aux activités religieuses mais faisaient preuve également de taux plus élevés au niveau du bénévolat et de la participation civique dans la communauté au sens large. Y font exception ceux appartenant à un capital social avec de très hauts niveaux confessionnels et ceux de persuasion religieuse non-inclusive (Taniguchi and Thomas, 2010 ; Lyer et al., 2005). La pratique religieuse en Australie est moins courante qu’aux États-Unis avec seulement 15 pourcent de fréquentation mensuelle en 2009 (Powell et al., 2012). Il est donc possible que le capital social qui unit soit particulièrement fort car les congrégations favorisent activement les convictions et valeurs partagées et qui plus est, elles insistent sur l’importance du bénévolat dans la communauté au sens large, ce qui contribue au capital social qui relie (Lyons and Nivison-Smith, 2006 ; Leonard and Bellamy, 2006). Cependant, le capital social ne renforce l’écologisme que quand il est conforme aux normes du groupe (Buys et al., 2011 ; Leonard and Onyx, 2003). Par conséquent, l’existence d’une valeur partagée ou d’une norme qui relie les croyances religieuses à l’environnement pourrait jouer un rôle fondamental dans la promotion des actions écologiques parmi les pratiquants. On pourrait donc s’attendre à ce que la création de liens au sein des congrégations ait seulement un effet positif sur l’action écologique quand il y a une valeur positive ou une norme portant sur l’environnement.
Questions de recherche
Quelles sont les attitudes face aux changements climatiques et quelles sont les actions pour la décroissance énergétique des pratiquants chrétiens en Australie ? Comment peuvent-elles être comparées à celles de la population australienne ?
Dans quelle mesure les différences religieuses (dénomination, approche de la foi, religiosité, spiritualité alternative) et le capital social (qui unit et qui relie) modifient-ils les actions pour la décroissance énergétique ? L’hypothèse retenue est que les différences religieuses et le capital social influencent les actions mais c’est seulement le capital social qui unit quand la norme de responsabilité chrétienne pour l’environnement est présente.
Méthode
Ensemble de données
Les sources des données sont des enquêtes portant sur de petits échantillons et issues des sondages effectués par le « National Church Life Survey » (NCLS) en 2006 et 2011. Ces enquêtes visaient la participation au sein de la congrégation, la foi, l’autorité, la démographie, la participation dans la communauté au sens large et les attitudes et actions portant sur les questions environnementales. En 2006 l’ « Attender Survey H» (Sondage des Pratiquants H), le capital social et les questions écologiques ont été regroupés, permettant ainsi de tester l’hypothèse du capital social.
Les caractérisitiques démographiques des participants (pondérées pour refléter la population pratiquante ; Pepper et al., sous presse) dans les enquêtes de 2006 et 2011 figurent dans le Tableau 1.
Caractéristiques démographiques des pratiquants selon le NCLS et de la population australienne (15 ans et plus) selon le recensement national.
La dénomination selon le NCLS est l’affiliation à la dénomination de l’église fréquentée.
La dénomination dans le recensement 2011 de « Australian Census of Population and Housing » (Recensement Australien de la Population et de l’Hébergement) se réfère à l’affiliation religieuse (y compris ceux qui ne vont jamais à l’église) et concerne la totalité de la population, pas seulement ceux âgés de plus de 15 ans.
Développement des mesures des échelles
Dans l’analyse de l’ « Attender Survey H », des échelles ont été développées en utilisant une analyse de facteurs exploratoires, suivie d’une analyse factorielle confirmatoire avec l’estimation du maximum de vraisemblance pour Mplus pour ce qui suit : actions écologiques (qui ont été réparties en actions du consommateur et échelles d’actions civiques, incluant les indicateurs directs et indirects de décroissance d’énergie), l’urgence écologique et la religiosité (qui est répartie en religiosité chrétienne et religiosité alternative). Le Coefficient H, mesure de fiabilité, a été calculé en préférence au coefficient alpha de Cronbach afin d’éviter des hypothèses relatives à des éléments de variance équivalente. Les échelles du capital social de Leonard et Bellamy (2010) ont été confirmées pour les données actuelles. Les échelles variaient entre 0 et 1 (Voir Tableau 2).
Description des variables et échelles a de l’environnement, la religion et le capital social pour le « 2006 Attender Survey H » (Sondage des pratiquants H 2006).
Les échelles sont soulignées et des statistiques descriptives sont données ainsi que des coefficients de fiabilité.
Analyse
A. Les valeurs statistiques pondérées pour les attitudes écologiques, les attitudes face aux changements climatiques et les actions pour la décroissance énergétique en 2006 et en 2011 sont indiquées. Pour des comparaisons dans le temps et avec la totalité de la population australienne, les tailles d’effet ont été calculées en utilisant ϕou v de Cramer (,1 faible, ,3 moyen, ,5 fort) et d de Cohen (,2 faible, ,5 moyen, ,8 fort) pour X2 et les tests de t respectivement, où les effets faibles expliquent 1 pourcent de la variance ; moyens expliquent 10 pourcent et forts expliquent 25 pourcent (Cohen, 1992).
B. Dans le but d’évaluer le pouvoir du capital social et des variables de la religion pour prédire les deux échelles d’action (ensemble de données non pondéré pour le « 2006 Attender Survey H »), des corrélations bivariées ont été testées et prouvées significatives. Des régressions ont été ensuite réalisées pour les échelles d’action avec les variables indépendantes saisies dans les analyses séquentielles des régressions selon les blocs qui suivent :
1 : Données démographiques (Tableau 1)
2 : Attitudes écologiques
3 : Variables liées à la religion
4 : Variables liées au capital social – en plus de l’interaction entre la création de liens et la responsabilité chrétienne.
Compte tenu de la grande taille des échantillons, le seuil de signification a été fixé à ,01.
Résultats
Les attitudes face aux changements climatiques et les actions pour la décroissance énergétique : comparaisons dans le temps et avec l’ensemble de la population australienne
Les pratiquants étaient similaires à la population australienne à maints égards dans leurs attitudes face aux changements climatiques et concernant les actions pour la décroissance énergétique (Tableau 3). Malgré des différences significatives pour toutes les variables, dans la plupart des cas, l’ampleur des effets était faible. Les différences avec des effets négligeables (<1% de la variance) peut être ignorée pour des raisons pratiques. En ce qui concerne les variables où les effets étaient faibles ou moyens, les pratiquants s’intéressaient plus aux changements climatiques, ils étaient par exemple plus enclins à considérer l’importance du devoir moral. De très similaires proportions croyaient que les changements climatiques étaient causés par les hommes et de très similaires proportions ne croyaient pas du tout que cela était le cas. Toutefois, les pratiquants sont légèrement plus nombreux à indiquer qu’ils n’étaient pas informés sur les changements climatiques et étaient moins enclins à dire que c’était dû aux processus naturels. Ils étaient moins enclins à dire qu’ils ont participé à des actions écologiques. Les proportions qui prenaient part à des actions civiques étaient également similaires. Les pratiquants avaient davantage tendance à participer à des actions pour la décroissance énergétique ; il était en particulier plus probable qu’ils aient éteint les lumières pour avoir un effet bénéfique sur l’environnement (effet moyen). Il est cependant nécessaire de prendre en considération les légères différences dans l’énoncé des questions quand il s’agit des questions sur la décroissance énergétique directe. Les répondants du NCLS auraient pu être en accord si l’action avait été effectuée en partie pour des raisons écologiques alors que l’enquête sur l’ensemble de la population nécessitait que ce soit en plus grande partie pour des raisons écologiques.
Statistiques descriptives pour les attitudes face aux changements climatiques et les actions pour la décroissance énergétique des pratiquants et de la population australienne.
Les pratiquants présentaient de nettes différences par rapport à la population australienne au sujet de la question de la fiabilité des sources d’informations sur les changements climatiques. Les pratiquants étaient systématiquement plus confiants, l’ampleur des effets allant de moyen à fort pour plusieurs questions. Les deux groupes faisaient plus confiance aux scientifiques suivis des groupes écologiques, des amis, docteurs et gouvernement. Les chefs d’églises recevaient des niveaux similaires de confiance à ceux des amis, famille et organisations écologiques.
Deux questions suggéraient un déclin dans la préoccupation quant aux changements climatiques et à l’environnement de 2006 à 2011. En 2011, les répondants avaient plus tendance qu’en 2006 à favoriser l’économie par rapport à l’environnement (effet faible) et aussi à indiquer que les questions de changements climatiques étaient urgentes (effet moyen). Par rapport à 2006, d’autres questions écologiques étaient considérées comme plus pressantes que les changements climatiques. D’un autre côté, en 2011, plus de répondants pensaient que l’environnement était une responsabilité chrétienne et ils étaient plus nombreux à être actifs en matière écologique (effet faible).
Les résultats démontrent également l’importance de la rédaction des questions. Par exemple, quand l’environnement était cité dans une liste de problèmes sociaux, il n’était placé qu’au 13e rang sur 15 problèmes auxquels l’Australie était confrontée. Ceci concorde avec d’autres sondages australiens qui indiquent que les préoccupations écologiques sont basses par rapport à d’autres sujets (Leviston et al., 2011).
Attitudes écologiques, différences religieuses, capital social et actions pour la décroissance énergétique
Le Tableau 4 montre que toutes les relations bivariées entre les actions pour la décroissance énergétique et les attitudes écologiques et les variables du capital social étaient significatives. Les seules approches significatives de la foi étaient celles des modérées-libérales et des évangéliques-réformées. La religiosité chrétienne et la religiosité alternative étaient faiblement et positivement liées aux actions écologiques. Les répondants anglicans et Uniting avaient des scores plus élevés.
Relations bivariées entre les actions écologiques et l’environnement, le capital social et les variables liées à la religion.
p<,01 **p<,001 ***p<,0005.
Dans les analyses multivariées, tant le bloc de variables liées à la religion que le bloc des variables liées au capital social ont contribué de façon significative aux modèles pour les actions 2 .
Dans le cas des actions du consommateur (Tableau 5), le capital social qui relie était un prédicteur significatif mais la création de liens ne l’était pas, qu’elle soit isolée ou en interaction avec la norme de la responsabilité chrétienne. Une approche de la foi modérée-libérale, la religiosité chrétienne plus forte et la norme de la responsabilité chrétienne étaient les variables religieuses significatives. Attacher une plus grande importance à l’environnement qu’à l’économie et l’urgence écologique était significatif. Parmi les variables démographiques, être de sexe féminin, ne pas appartenir au groupe d’âge le plus jeune et être né en Australie étaient des prédicteurs positifs. Par conséquent, dans le cas de l’action du consommateur, l’hypothèse est validée pour le capital qui relie et non pour celui qui unit.
Variables significatives qui prédisent les actions civiques et celles du consommateur.
Les variables prédictives non significatives pour chaque variable dépendante étaient : l’emploi, la dénomination et les quatre approches de la foi (catholique/anglo-catholique ; évangélique ou réformé ; charismatique ou pentecôtiste et traditionaliste).
p<,01 **p<,001 ***p<,0005.
Dans le cas de l’action civique (Tableau 5), l’hypothèse était validée tant pour le capital social qui relie que pour l’interaction entre la création de liens et la responsabilité chrétienne, les deux étaient significatifs. Pour ceux qui se conforment à la norme selon laquelle l’environnement est une responsabilité chrétienne, un capital social qui unit les prédisposent à participer à des actions civiques. Le coefficient négatif pour la création de liens de façon isolée indique qu’en l’absence de la norme de la responsabilité chrétienne, la création de liens prédispose à tendre vers des niveaux plus faibles d’action civique. D’autres prédicteurs positifs de l’action civique étaient la religiosité alternative, l’approche de la foi modérée-libérale et l’urgence écologique.
Discussion
Les constatations suggèrent que les pratiquants chrétiens sont similaires à la population d’ensemble australienne ou même légèrement plus positifs dans leurs attitudes face aux changements climatiques et concernant leurs actions pour la décroissance énergétique. L’évidence d’un déclin dans la préoccupation à l’égard des changements climatiques de 2006 à 2011 concordait avec la totalité de la population australienne : elle semble avoir suivi la tendance de la population et s’est stabilisée depuis lors (Leviston et al., 2013). Le profil des pratiquants australiens tendant à être plus âgé, de sexe féminin et mieux éduqué que la population en général peut être indicatif d’attitudes plus stables et responsables. Pour les générations plus âgées, les actions pour la décroissance énergétique peuvent renforcer un effet de frugalité où les gens rejettent le gaspillage et l’autosatisfaction. Ceci pourrait expliquer la prévalence plus forte de l’économie d’énergie et d’eau parmi les pratiquants. Cependant, il a été constaté dans une étude au Royaume-Uni que la frugalité était liée à une plus grande religiosité même si l’âge est contrôlé (Pepper et al., 2011), ce qui est aussi conforme aux résultats présents. En outre, le niveau élevé de confiance dans les différentes sources d’information des pratiquants renforce les constatations antérieures portant sur les niveaux plus élevés du capital social qui relie (Leonard and Bellamy, 2006). Nous suggérons donc que la majorité des pratiquants peuvent être dépeints comme des citoyens engagés et responsables. Ces derniers adopteront des croyances sur les changements climatiques et s’impliqueront dans des actions pour la décroissance énergétique quand elles sont normalisées dans la société et en particulier quand les actions sont perçues comme une norme chrétienne. Il était donc particulièrement important de voir une augmentation (plus de 80% pour 2011) dans le nombre de ceux qui croyaient que l’environnement était une responsabilité chrétienne.
L’analyse approfondie des corrélations entre le consommateur et les actions civiques et plusieurs des variables liées à la religion a présenté certaines similarités avec les corrélations observées dans les publications dans d’autres pays anglophones. Bien que l’on ne constate pas un effet fort « fondamentaliste » entravant l’écologisme (Tarakeshwar et al., 2001 ; Leiserowitz et al., 2010), son opposé a été observé dans l’importance d’une approche de la foi libérale ou modérée afin de prédire l’action pour la décroissance énergétique. De même, le niveau d’action pour la décroissance énergétique des Anglicans et des répondants appartenant à la Uniting Church est plus élevé, même si la dénomination n’était plus significative dans l’analyse multivariée. Les résultats suggèrent qu’en Australie, plutôt que de faire l’expérience d’une réaction religieuse défavorable envers les activités écologiques, on trouve certains chefs religieux ou groupes qui encouragent de manière effective l’action portant sur les changements climatiques. Comme il a été également signalé dans d’autres études aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la religiosité chrétienne était un prédicteur positif de l’action pour la décroissance énergétique (Gardner and Stern, 2002 ; Clements, 2012 ; Sherkat and Ellison, 2007). La religiosité alternative, une spiritualité qui est influencée par des systèmes chrétiens non traditionnels de foi et d’expérience religieuse, était aussi significative dans la présente étude pour les actions civiques.
C’est en se concentrant sur le capital social que la présente étude a élargi notre compréhension des actions pour la décroissance énergétique. Comme anticipé dans les publications (Portney and Berry, 2010 ; Pretty and Ward, 2001 ; Onyx et al., 2004), le capital social était un important prédicteur de l’action, et plus encore, il était important de faire la distinction entre le capital social qui unit et celui qui relie. L’hypothèse de l’étude a été confirmée pour le reliement, ce qui mesure l’engagement communautaire des pratiquants. Celui-ci s’est avéré être un prédicteur des deux types d’action pour la décroissance énergétique, surtout pour l’action civique, même quand la démographie, les variables liées à la religion et les attitudes écologiques étaient contrôlées. Vu que l’échelle de reliement incluait le niveau d’activité communautaire des pratiquants, il n’est pas surprenant que c’était lié plus fortement aux actions civiques qu’aux actions du consommateur. Il est peut-être surprenant que le capital social qui relie était un prédicteur plus fort de l’action civique que des attitudes écologiques ou de la norme de responsabilité chrétienne. Une seule explication pourrait être, comme il a été souvent remarqué dans les publications, que la corrélation entre les attitudes et les actions est rarement forte (Whitmarsh, 2009) et même une attitude forte ne se traduira pas en action à moins qu’une personne ait l’aptitude et la conviction que l’action efficace est possible (Kaplan, 2000). Être actif au sein de la communauté dans le domaine du bien-être chrétien traditionnel peut contribuer à la capacité des pratiquants à s’engager dans des activités communautaires portant sur des questions écologiques mais peut-être aussi de façon plus importante à soutenir la conviction que l’action collective est efficace. Comme l’a indiqué Ostrom (1990), être actif dans la communauté pour quelque raison que ce soit peut offrir aux gens de plus grandes perspectives de communication, un sens plus fort de confiance et d’avenir commun, ce qui est essentiel à la gestion de l’environnement.
La norme de la responsabilité chrétienne pour l’environnement a joué un rôle essentiel. Comme on l’escomptait, son interaction avec le capital social qui unit était positive pour les actions civiques et celles du consommateur mais ce n’était seulement significatif pour les actions civiques que si les autres variables de l’étude étaient prises en compte. Ce résultat s’aligne avec d’autres recherches sur les effets interactifs entre l’identification au groupe et les normes pour les groupes écologiques (Nigbur et al., 2010). Cela confirme également les arguments concernant « l’effet multiplicateur », potentiel du capital social en vertu duquel celui-ci accentue d’autres tendances (Leonard and Onyx, 2004 : 163-164 ; Onyx et al., 2004). De toute évidence, la création de liens n’aura un effet multiplicateur que sur les activités qui seront mises en valeur au sein du groupe. Par conséquent, une augmentation continuelle du renforcement de cette norme peut constituer un élément essentiel dans l’engagement positif portant sur les changements climatiques.
Pour les dénominations qui ont une forte hiérarchie et une structure coordonnée, l’encouragement par des dirigeants d’églises peut aider à établir et renforcer la norme de la responsabilité chrétienne envers l’environnement. Pour toutes les dénominations, le leadership du clergé des églises locales est important. En effet, les dirigeants religieux étaient considérés aussi crédibles que les organisations écologiques en tant que sources d’informations sur les changements climatiques. Les résultats suggèrent que lorsque les messages des dirigeants religieux et des organisations écologiques sont synchronisés avec ceux des scientifiques, un effet maximum se produira. L’augmentation récente dans la rhétorique des dénominations dominantes est précieuse mais devra être soutenue par des actions écologiques pratiques au sein des églises. Sinon cela pourrait s’ajouter à la longue liste d’incitations morales énoncées par les chefs religieux qui sont ignorées dans la société d’aujourd’hui.
Footnotes
Financements
Ce projet a été soutenu par la « National Church Life Survey Research » et la « Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation ».
Notes
Biographies des auteures
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