Abstract
The newly widespread and highly popular presence of Islamic TV-preaching on Arab satellite channels has accompanied the re-composition of religious practice in the Arab and Muslim world, becoming the primary means of religious transmission. The authors define and illustrate the re-composition in terms of personal ethics and identity affirmation, which are implied by this new mode of marketing strategy in a Tunisian society already shaped by the global market economy and its consumer ethos. On the basis of an empirical study consisting of participant observation and interviews with 48 veiled Tunisian women, the authors propose two religious ideal-types, corresponding to two different interpretations of mega-star TV-preacher Amr Khaled’s preachings and two different types of religiosity, which are the express of different ways of legitimizing the wearing of the Muslim veil.
Dans l’État qu’est la Tunisie, aujourd’hui, le port du voile religieux prolifère au point que ce qui faisait exception il y a peu est en passe de devenir la norme. Cette pratique, abandonnée avec l’indépendance sous sa forme traditionnelle, est redevenue à la mode suite à l’influence des émissions de téléprédication qui pullulent sur les chaînes satellitaires arabes. Le représentant le plus notoire de ce courant est Amr Khaled, un comptable égyptien, aujourd’hui quadragénaire, qui a obtenu, en 2001, un diplôme de l’institut d’Études islamiques du Caire 1 . Il se distingue par son jeune âge, qui rompt avec le principe de l’aînesse, et son style, qui tranche radicalement avec les prédicateurs traditionnels. Portant la moustache, plutôt que la barbe, et le costume cravate, parlant l’arabe dialectal et non classique, il s’est imposé par son apparence moderne et sa démarche de vulgarisation des enseignements islamiques.
Sur la base d’une enquête qualitative menée en 2004–2005 par Maryam Ben Salem auprès de 48 femmes tunisiennes 2 , cet article aborde la recomposition religieuse liée à ce nouveau mode de prédication mass-médiatisé qui utilise les techniques modernes du marketing dans une société maghrébine fortement marquée par l’éthos consumériste. Est analysée la réception différenciée des prêches islamiques d’Amr Khaled en mettant l’accent sur la manière dont les femmes tunisiennes reçoivent et s’approprient le discours sur le port obligatoire du voile. Deux idéaux-types ressortent de l’enquête et correspondent à deux profils sociologiques que résume la distinction entre voile mondain et voile sectaire.
1. L’islam d’Amr Khaled en perspective
L’islam prôné par Amr Khaled présente plusieurs points de rupture avec la religion traditionnelle, ainsi qu’avec le fondamentalisme islamique 3 à forte inclination politique du type qu’a pu représenter, jusqu’à récemment, le mouvement des Frères musulmans. Tournant le dos à la culture traditionnelle et agréant l’urbanité, l’islam de Khaled témoigne d’une sortie islamique du politique dans la mesure où le salut personnel n’est plus lié au salut collectif porté par un mouvement social ayant l’ambition d’une rénovation politique globale de l’État et de ses institutions selon des principes religieux. Imprégné d’un nouveau rapport à la modernité occidentale et accusant la mondialisation, l’islam de Khaled amène une forte individualisation, ainsi qu’une “immanentisation” du salut sous les traits d’une recherche personnelle de salut, de réalisation de soi et même de valorisation de la prospérité (Haenni, 2005; Roy, 2004). Les visées du renouveau musulman incarnées par l’islamisme passent, dès lors, du politique à l’éthique, en accentuant la pratique religieuse et ses signes visibles dans l’espace public (comme le voile). Il en va d’une recomposition du religieux sur des logiques identitaires propres à la société de consommation (Taylor, 2003; Gauthier, 2009).
Cette nouvelle configuration religieuse prétend, comme le fondamentalisme islamique, retourner aux fondements de l’islam (le Coran, la tradition prophétique de la Sunna et l’application stricte de la Charia) en se débarrassant de tout ce qui est accessoire—en d’autres termes, les coutumes et les traditions. L’individualisation, la soumission de la croyance aux exigences pratiques, l’efficacité, l’autorité de l’expérience, la place faite aux dimensions émotionnelles de l’expérience religieuse et la quête du bien-être constituent les éléments d’un nouveau rapport au religieux qui concilient les impératifs de la vie moderne et consumériste en recomposant une tradition musulmane référée au temps du Prophète sur un mode imaginaire et essentialisé. L’islam traditionnel tunisien, quant à lui, est synonyme d’ignorance et vu comme une déformation et une corruption de l’islam des origines par la pratique de cultes jugés hérétiques, tels que la médiation des saints ou la visite des cimetières. La modernisation de la Tunisie indépendante s’est, en effet, accompagnée du dénigrement de l’islam confrérique, accusé de charlatanisme et de collaboration avec la puissance coloniale. Quant à l’islam traditionnel, devenu islam d’État, il est considéré comme formaliste et dépassé face aux exigences et aux problèmes sociaux d’aujourd’hui. Il est aussi discrédité en raison de l’instrumentalisation du religieux par le pouvoir en place et du contrôle qu’il exerce sur la pratique cultuelle, suivant en cela la politique dite de “tarissement des sources de la religiosité” 4 .
Dans ce contexte, les femmes enquêtées partent de leur expérience, et non de l’autorité traditionnelle, pour appréhender les contenus doctrinaux. Elles composent, à partir des prêches des téléprédicateurs (non plus des imams locaux) et des cercles de discussion (halaqat), une religion éthique qui s’accorde à leurs besoins et leur subjectivité. Si les témoignages des femmes illustrent ces nouvelles logiques dans la manière de porter et de légitimer le voile, ils font également apparaître une réception différenciée du discours d’Amr Khaled. Deux idéaux-types de recomposition religieuse se dégagent de l’échantillon et reflètent des profils sociologiques et des trajectoires biographiques distincts:
1) Le voile intra-mondain est propre aux femmes issues des classes sociales moyennes. Pour elles, le rigorisme éthique est un moyen d’accès au salut, mais aussi—et surtout—un mode de vie, dont le but est d’améliorer ou d’affermir sa condition et sa position sociale via la bénédiction divine.
2) Le voile sectaire participe d’une certaine désaffection du monde et de la recherche de rétributions dans l’au-delà. L’ancrage social des enquêtées appartenant à cet idéal-type est plus diversifié que le premier. Il se compose, d’une part, de femmes issues des couches défavorisées économiquement et socialement et, d’autre part, de femmes qui, tout en étant issues de milieux sociaux divers, ont connu une rupture biographique, suite au décès d’un proche, d’un échec, d’une déception amoureuse, d’un déclassement, etc. La désaffection de ces femmes n’implique pas pour autant une “fuite hors du monde”, mais plutôt un rapport différent aux préoccupations intra-mondaines déterminé par une position sociale ressentie comme inférieure ou précaire.
2. Le voile mondain et la quête de l’excellence
Les femmes voilées issues des classes moyennes et très limitées sur le plan des compétences religieuses sont les plus grandes consommatrices de programmes de téléprédication. Elles représentent l’un des publics cibles d’Amr Khaled. Les émissions de ce dernier fournissent la principale source religieuse pour ce groupe en raison de l’accessibilité du message et de sa simplicité, permettant d’acquérir facilement et rapidement un certain “savoir religieux”. Or, ce savoir demeure lié à des questions essentiellement pratiques et ces femmes font preuve d’une grande méconnaissance des fondements de l’islam. Ainsi la plupart ignore le terme Hudûd 5 , tandis que la Charia, celle-là même dont elles revendiquent l’application stricte et exclusive, serait selon une des enquêtées “le châtiment qu’on inflige à celui qui médit, à la femme qui se dévoile, à celui qui abandonne sa prière et le jeûne du mois de Ramadan” (H., femme voilée, 19 ans, étudiante en 1ère année de biologie, célibataire).
La popularité de l’enseignement d’Amr Khaled s’explique aussi sans doute par l’ascétisme intra-mondain qu’il propose et qui cadre parfaitement avec le style de vie de ces couches moyennes socialement et économiquement intégrées et à leur vision du monde modelée par l’éthos consumériste. Du fait de leur appartenance à la petite bourgeoisie et à la grande bourgeoisie en déclin, ces enquêtées se situent dans une position intermédiaire dans l’espace social. Elles jouissent d’une situation matérielle et de titres scolaires qui leur permettent d’espérer une éventuelle amélioration de leur condition (surtout parmi les jeunes). Ces femmes accordent une grande importance aux intérêts mondains (la réussite sociale, professionnelle, scolaire, le mariage, etc.) et considèrent que le respect des préceptes islamiques est la garantie de la prospérité de leurs entreprises. Grâce à un mode de vie entièrement régi par la religion, partant du principe selon lequel l’islam est le système normatif devant réglementer la vie sociale, elles parviennent à diriger leur vie et à gagner les faveurs d’Allah. Leur discours s’approprie la perspective utilitariste d’Amr Khaled fondée sur un calcul stratégique entre efforts et rétributions: “Mathématiquement, il est préférable de jouir de la vie éternelle” (A., femme au foyer voilée et mariée, 39 ans, voilée depuis l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2002 6 ). Appliquant les principes de la comptabilité à la religion, le téléprédicateur postule, en effet, que le nombre de rétributions (hasanat) augmente à mesure que la pratique s’intensifie.
L’attitude des enquêtées montre l’importance des considérations pratiques et subjectives (place de l’individu dans la société et dans le monde modernes) aux dépens des questions doctrinales et métaphysiques. La quête du bien-être et de la réussite guide leur vision religieuse du monde. L. considère le port du voile, “quintessence de l’islam”, comme “un moyen de réaliser ses rêves”, reprenant ainsi explicitement les propos du prédicateur. Dans son programme Les bâtisseurs de la vie7, le prédicateur recourt, en effet, à des techniques de coaching très modernes, une sorte de “management islamique”, avec pour l’objectif de “transformer l’énergie spirituelle de la foi en une énergie pratique” 8 .
Les femmes insistent davantage sur les fonctions sociales du voile que sur son caractère obligatoire. Parmi les arguments présentés par le téléprédicateur pour convaincre les femmes des vertus du voile, elles sélectionnent surtout ce qui est susceptible de les valoriser en tant que femmes aussi bien au niveau de leurs rapports avec les hommes qu’au niveau de leur statut social: “Les femmes doivent être plus chastes que les hommes, parce que c’est une vertu qui est plus proche de la nature des femmes. La forme la plus naturelle de chasteté pour la femme est de couvrir son corps. Laissez-moi vous poser une question: si vous possédez une chose précieuse allez-vous en prendre soin? Si vous avez une pierre précieuse, est-ce que vous la garderez à l’abri ou bien est-ce que vous la prendrez avec vous partout où vous allez?” (Amr Khaled). Ainsi, pour certaines enquêtées, le voile aurait pour principale vocation de les protéger (physiquement et moralement) dans l’espace public: “Si une femme porte le hijab, tout le monde saura que c’est une femme respectable et honorable et personne n’osera l’offenser” (Amr Khaled). Les agressions dans les transports publics, dans la rue, à l’université, etc. sont imputées à la femme libérée qui affiche sa sexualité: “Si une femme non voilée se fait agresser, c’est elle qui l’a cherché”. “Avant de porter le voile, je me faisais souvent draguer et agresser dans la rue. Maintenant ça a beaucoup diminué, d’ailleurs c’est pour cette raison que j’ai décidé de me voiler” (D., femme voilée, 23 ans, étudiante en management, célibataire, voilée depuis 2004).
La respectabilité qu’octroie le voile à la femme qui le porte est un aspect très important aux yeux des enquêtées. La femme ne serait plus considérée telle une marchandise accessible au désir et au regard de tous, mais serait, grâce au voile, doublement valorisée: par son corps, si précieux que seuls ceux qui y sont autorisés par la loi coranique peuvent voir, et par son âme, car, en se voilant, la femme se sent estimée pour ses qualités morales, spirituelles et intellectuelles et non pour son physique. Aussi, le souci de respectabilité via le voile est plus important chez les jeunes filles que chez les femmes mariées parce que le voile est ce qui permet aux premières de trouver un mari (les hommes religieux seraient selon les enquêtées plus portés vers le mariage): “Avant de porter le hijab, tous les hommes que je rencontrais cherchaient à me mettre dans leur lit. Cette situation me tourmentait, ce que je voulais moi, c’est une relation sérieuse, qu’on m’apprécie en tant qu’être humain et non pour mon physique. Une semaine après avoir porté le voile, j’ai rencontré mon fiancé” (L., femme voilée, 23 ans, étudiante en 4ème année à l’école de la documentation et des archives, célibataire, voilée depuis Ramadan 2003).
Cela dit, il est assez frappant de voir à quel point ces femmes soignent leur apparence et veulent rester séduisantes. Le fait de ne pas trouver sur le marché d’habits à la fois conçus pour les femmes voilées et à la mode causait, jusqu’à tout récemment, un grave souci. Avant que la mode “islamique” n’envahisse les marchés tunisiens, les femmes se faisaient faire des habits sur mesure chez les couturières du quartier. Le maillot de bain légal (charci) est d’ailleurs un des articles les plus demandés. Selon Amr Khaled: “Quelques jeunes filles considèrent la mode comme un bon prétexte pour ne pas porter leur hijab. Ma sœur, permets-moi d’être surpris, est-ce que tu donnes la même importance à la mode et aux ordres d’Allah?! Et puis qu’est-ce qui t’empêche de t’habiller de façon raffinée tout en respectant les conditions du hijab? Mais rappelle-toi que le fait d’obéir à Allah est plus important que de suivre la mode.”
3. Le voile sectaire comme signe de distinction éthique
Le port du voile sectaire est symptomatique d’une religiosité fondée sur le renoncement, commune aux enquêtées dépossédées économiquement, socialement et culturellement et aux enquêtées ayant connu une rupture biographique significative. La revendication de l’islam procède, dans leur cas, d’une conversion vécue comme une renaissance. Les femmes commencent par rompre avec leur famille et leur entourage, font de leur mieux pour parler uniquement en arabe dialectal et, si possible, classique, changent complètement de mode de vie, de pensée et renoncent à leurs privilèges de classe et aux jouissances mondaines pour se consacrer uniquement à la dévotion. Du discours de Khaled, elles retiennent les éléments rigoristes et la compensation dans l’au-delà. Leur adhésion absolutisée leur permet de se refonder une identité valorisée à partir des symboles de la pureté morale:
Je n’ai aucune confiance en l’avenir. Si tu te fies trop à la vie, elle te trahit. Je n’ai confiance qu’en Dieu. Je le remercie, même si je n’ai rien. La vie devient dure, les enfants grandissent et on n’arrive plus à joindre les deux bouts. Je reste optimiste tant que j’ai foi en Dieu, je suis satisfaite de moi-même, car j’ai obéi à Dieu. Dieu nourrit et protège toutes ses créatures, il suffit qu’on ait foi en lui, pour qu’il bénisse notre pain. C’est lui qui nous donne tout et personne d’autre. Il n’y a plus rien qui m’intéresse dans ce monde, ni mes enfants, ni mon mari. Toute ma vie est dédiée à Dieu, je m’en fous si ma maison est sale ou si le repas n’est pas prêt tant que j’ai des obligations religieuses à accomplir. (G., femme voilée, 37 ans, secrétaire dans une société industrielle semi-étatique (en faillite), voilée depuis 2002)
La quête du bien-être existe certes pour ces femmes, mais elle n’est pas aussi exacerbée que chez le premier type et revêt un sens différent. Le retour à l’islam leur fournit le moyen de supporter leur condition par le transfert des attentes dans l’au-delà. La thématique de la justice divine présente dans les prêches d’Amr Khaled trouve particulièrement écho chez elles. Khaled présente les épreuves non pas comme une punition divine, mais comme un test de l’endurance du croyant et de l’intensité de sa foi, pour lequel il sera récompensé. Le fidèle qui s’arme d’une foi inébranlable en la justice et la bonté de Dieu bénéficierait d’une compensation au paradis pour les épreuves qu’il a eu à endurer sur terre:
Ma situation matérielle est désastreuse, mais j’ai confiance en l’avenir. Tout musulman est confiant parce que Dieu bénit dans tout ce qu’il fait et s’il n’obtient ce qu’il désire ici, il l’aura dans l’au-delà. À l’intérieur, je me sens mieux, je suis plus sereine, certaines choses qui me dérangeaient avant: difficultés financières, maladie [elle est cardiaque] ne le sont plus depuis que je me suis voilée. Face aux difficultés je désespérais, maintenant j’accepte mieux, tout est entre les mains de Dieu, tant que je fais mes devoirs, je sais que ça ne peut pas être une punition, mais une épreuve de ma capacité d’endurance. (A., femme voilée, 39 ans, femme au foyer, mariée, voilée depuis l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2002)
Le voile est considéré comme un acte de soumission à une injonction divine qui garantit la compensation des privations qu’elles endurent sur terre. En plus d’être le signe extérieur de leur piété et de leur dignité, le voile est ce qui les rapproche de Dieu et les élève au statut d’élues. Tandis que les enquêtées appartenant au type mondain insistent sur leur identité sociale et sexuelle, les sectaires mettent l’accent sur leur identité religieuse dans la mesure où le voile les définit comme des personnes pieuses. La pratique religieuse et l’abnégation procurent à l’adepte un sentiment de supériorité spirituelle et morale que sa condition sociale ne lui assure pas. La religion devient leur signe distinctif, le moyen par lequel elles renversent les normes et les hiérarchies sociales en remplaçant le prestige et la richesse par la piété et la foi. Le sectarisme de cette recomposition religieuse provient de l’ostracisme dirigé envers les “égaré(e)s”: “Quand je vois une fille habillée légèrement, j’ai envie de l’arrêter et de lui conseiller de se couvrir. Elle n’a aucun respect pour son corps et pousse les hommes à l’agresser […] je n’ai pas les mêmes valeurs que les femmes égarées” (I., femme voilée, 28 ans; vendeuse dans une petite boutique, 6ème année secondaire, mariée, voilée depuis Ramadan 2003).
4. Conclusions
Face à un environnement encore ressenti comme hostile au port du voile, les femmes portant le voile mondain cherchent dans les prêches de téléprédicateurs comme Amr Khaled le moyen de s’affirmer en mobilisant des arguments qui les valorisent socialement (femme mariable, chaste) et sexuellement (elle accède à l’égalité avec les hommes en dissimulant ses attributs féminins). Les femmes portant le voile de type sectaire, en revanche, n’ont recours à aucune de ces justifications, dans la mesure où les normes sociales sont rejetées, la culture environnante étant impure.
L’essor remarquable de la téléprédication participe d’une nouvelle recomposition religieuse, dans laquelle la croyance est soumise aux exigences pragmatiques de la société de consommation et à son impératif éthique d’affirmation identitaire. La réception différenciée des prêches d’Amr Khaled par les femmes tunisiennes révèle un syncrétisme qui contribue à promouvoir un nouvel islam postislamiste intra-mondain qui trouve une résonance auprès des couches de la société bien acculturées à l’éthos consumériste, tout en demeurant assimilable pour une interprétation plus rigoriste et sectaire. Dans le cas du port du voile mondain, ce dernier accompagne une sotériologie de la réussite personnelle sur les plans professionnels, moraux, amoureux et spirituels. Dans le cas du port du voile sectaire, ce dernier permet de recomposer une existence meurtrie en la refondant sur une valeur religieuse absolutisée.
