Abstract
Résumé
Cet article propose une réflexion sur une enquête menée auprès de jeunes rura·les·ux sans diplôme à partir d’une position biographique de « transfuge » marqué par la haine et la honte de son milieu d’origine. En retraçant une trajectoire familiale traversée par la pauvreté, la violence et les stigmates de « cas social », l’auteur montre comment les affects (haine, dégoût, culpabilité, désir de distinction) structurent à la fois les rapports populaires à la respectabilité et le regard du chercheur. L’enquête de terrain (entretiens biographiques, observation en Mission Locale et dispositifs d’insertion) devient un laboratoire où se rejouent ces tensions, révélant les effets méthodologiques de la proximité sociale, du travail émotionnel et des tentatives de « rendre justice » aux enquêté·e·s. En assumant une réflexivité située, le texte défend l’idée que la haine intériorisée de son propre milieu peut être transformée en ressource analytique, à condition d’objectiver les conditions sociales et affectives de production du savoir et de penser l’écriture scientifique comme un lieu de mise en forme, plutôt que d’effacement, de ces conflits intimes.
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