Abstract
Une étude des nombreuses traductions françaises de l’ode 31 de Sappho permet de mettre en question certains postulats sur l’universalité de la perception des émotions. L’importance des variations subies, en traduction, par le texte de départ invite à s’interroger sur les facteurs qui peuvent influencer les modes et les tendances de la sensibilité occidentale. Evocation poétique d’une émotion amoureuse, l’ode 31 confond deux ordres d’émotivité, poétique et érotique. Exprimant l’amour, la jalousie ou la crainte, masculins ou féminins, affectant l’âme ou le corps, les symptômes décrits par l’ode 31 évoluent d’une traduction à l’autre et renvoient effectivement à des tendances propres à chaque époque. Une explication plus profonde de ces variations est alors la mémoire dont se chargent mots et métaphores au cours de leurs emplois. Sappho qui emprunte à la poésie homérique des métaphores qui exprimaient la peur guerrière joue sur un registre que les traducteurs ne peuvent retrouver: leurs vocabulaires et leurs métaphores étant chargés d’une autre mémoire.
A study of numerous French translations of Sappho’s Ode 31 allows us to challenge certain postulates about the universality of emotional perception. The importance of multiple variations of the original in translation invites us to evaluate the reasons and factors which can influence the modes and tendencies of the Western sensibility. The poetic evocation of an emotion, Ode 31 mixes two orders of emotivity — poetic and erotic. Expressing love, jealousy or fear, male or female, affecting the heart or the body, the symptoms described by Ode 31 vary from one translation to another and are clearly linked to specific tendencies pertinent to each epoch. A deeper explanation of these variations is the fact that words and metaphors have culture- and epoch-specific memory and connotations. Borrowing metaphors that express the warlike fear of Homeric poetry, Sappho plays in the register which her translators cannot capture properly, as their vocabularies and metaphors are imbued with other connotations.
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