Abstract
This article has a twofold aim. The first is to examine relations between women and religion in Italy in order to discover whether women contribute to the process of Italian secularisation as described in the literature. The second is to explore relations between secularisation and secularism among Italian women. Our main theme is that the women’s loosening relationship with the Catholic Church has been accompanied by their greater flexibility on moral and ethical questions. Since these questions have frequently been the object of intervention by the Catholic hierarchy, they are a valuable lens through which to examine secularism, revealing how far Italian women have distanced themselves from the Church’s mandates. With this end in view, we shall focus on Italian women’s opinions about topics (such as abortion, divorce, sexuality and reproductive rights) relating to “morality-politics” which are intrinsic to the “emancipation of women from the domestic sphere”.
Introduction
L’objectif de cet article est double. Le premier est d’étudier les relations entre les femmes et la religion en Italie afin de déterminer si les femmes contribuent au processus de sécularisation tel que décrit dans la littérature (Cartocci, 2011 ; Garelli, 2014 ; 2016). Le second objectif est d’explorer la relation entre sécularisation et sécularisme parmi les Italiennes 1 . Notre thèse principale est que le relâchement de la relation des femmes avec l’Église catholique est accompagné d’une plus grande flexibilité de leur part à l’égard des questions morales et éthiques. Ces questions ayant fréquemment fait l’objet d’interventions de la part de la hiérarchie catholique, elles présentent un angle très utile sous lequel, d’une part, étudier le sécularisme et, d’autre part, montrer comment les Italiennes se sont distanciées des mandats de l’Église. À cet effet, nous mettrons l’accent sur les opinions des Italiennes sur des sujets relatifs à la « politique morale » (tels que l’avortement, le divorce, la sexualité et les droits en matière de procréation) (Engeli et al., 2012 ; Ozzano et Giorgi, 2016), qui constituent une caractéristique intrinsèque de « l’émancipation des femmes de la sphère domestique » (Walby, 2011: 4).
Par conséquent, cet article traitera la relation entre genre, sécularisation et sécularisme dans la société italienne, un contexte qui, aujourd’hui encore, reste fortement influencé par le catholicisme (Vezzoni et Biolcati-Rinaldi, 2015). Il élargira également le débat religion-sécularisme pour y inclure la dimension communément reconnue de la spiritualité (Fedele et Knibbe, 2013) en se concentrant sur la manière dont le terme a été adopté par les Italiennes.
Deux idées distinctes mais étroitement liées sous-tendent cet article :
La sociologie de la religion italienne souffre d’un manque de perspective concernant les questions de genre : en effet, les sociologues ont pour la plupart ignoré l’expérience religieuse des femmes. Bien que de nombreuses recherches soient encore nécessaires pour combler cet écart, le paysage change peu à peu. Ces dernières années, le rapport femmes-religion a suscité un intérêt croissant tant dans la sphère publique que dans la littérature académique (Segatti et Brunelli, 2010 ; Berzano et Palmisano, 2014 ; Crespi et Ruspini, 2014 ; Giorgi et Palmisano, 2016). Un tel intérêt trouve principalement sa source dans deux processus historico-sociaux. Premièrement, du fait de l’augmentation des flux migratoires, le paysage religieux change et l’Italie est confrontée à des traditions religieuses non chrétiennes (Pace, 2013). Stimulés par la visibilité accrue de la religion islamique et les controverses liées aux symboles religieux – comme le voile, par exemple – le rôle des femmes dans la religion et leur relation aux hommes sont des sujets qui ne peuvent plus être passés sous silence. Deuxièmement, en Italie également, on assiste à un nombre croissant de conflits dans lesquels femmes et religion se retrouvent opposées les unes à l’autre, comme dans les débats sur la famille et la reproduction, ou les relations entre foi et droits (Giorgi, 2016 ; Bellè et al., 2016).
L’absence de perspective concernant les questions de genre dans la sociologie italienne est encore plus remarquable lorsque l’on considère le fait qu’en Italie, comme dans d’autres pays chrétiens, les femmes ont longtemps constitué le noyau dur des croyants mais qu’aujourd’hui, elles quittent progressivement l’Église – un exode qui reflète ce qui s’est passé, et qui continue à se passer, dans ces pays (Woodhead, 2008 ; Brown, 2009 ; Aune, 2016). Sous-estimés par les spécialistes, ces changements bousculent l’image traditionnelle des mères italiennes en tant qu’« anges du foyer » et garantes de la transmission religieuse. Cela soulève la question de savoir qui s’occupera de l’éducation catholique des enfants si et quand la « chaîne de la mémoire » sera brisée (Hervieu-Lèger, 2000). La question devient plus pressante en raison d’un autre changement important parmi les jeunes Italiens : comme nous le verrons bientôt, l’écart homme-femme se réduit lentement ; bien que des différences persistent, garçons et filles expriment leur religiosité de manière de plus en plus semblable.
Ainsi, les Italiennes semblent également perdre leurs liens – non seulement religieux mais aussi culturels – avec le catholicisme, qui a toujours été une des caractéristiques particulières du pays, et ces changements multiplient les questions concernant l’avenir de l’Italie catholique. On parle depuis un certain temps de la sécularisation progressive du pays : le nombre d’Italiens se définissant comme catholiques a chuté de 93% en 1981 (Enquête sur les valeurs européennes – EVS) à 70% en 2012 (Enquête sociale européenne – ESS). Les données montrent que la religiosité est toujours très répandue : 54% des personnes interrogées disent prier au moins une fois par semaine tandis que seulement 39% d’entre elles disent ne jamais assister à la messe. En même temps, la proportion de non-croyants a augmenté (24% chez les adultes, 28% chez les jeunes). Pourtant, personne n’a jusqu’ici démontré que la sécularisation des femmes (bien que naissante) soit une composante significative de la sécularisation de la société italienne au sens large, ou que la désaffection féminine envers l’Église se reflétera dans la vie religieuse, publique et politique du pays, qu’il s’agisse des générations présentes ou futures. Les petits athées grandissent (« Piccoli atei crescono ») est le titre pertinent d’un livre récent (Garelli, 2016) qui présente les résultats de l’Enquête sur la religiosité de la jeunesse italienne (IYRS) portant sur les 18–29 ans dans toute la péninsule 2 . Comme cette étude le montre, bien que la proportion de jeunes Italiens non-croyants reste bien en-deçà de celles relevées dans les nations du centre et du nord de l’Europe, on constate néanmoins une nouveauté significative dans l’histoire du pays qui ne peut plus être interprétée sur la base des changements des relations des femmes avec l’Église.
Cet article est basé sur les données recueillies par l’IYRS pour son analyse de la situation de la jeunesse et sur celles parues suite aux enquêtes européennes les plus récentes concernant l’analyse de la religiosité de la population dans son ensemble 3 . L’article est structuré de la manière suivante. Après une présentation des processus de sécularisation des femmes et de diminution de l’écart homme-femme dans le domaine religieux, nous examinerons, sur la base des données IYRS, s’il demeure des spécificités liées au genre par rapport à la vie religieuse ou spirituelle. Une fois que nous aurons établi que de telles spécificités existent vraiment, nous en étudierons les composantes éventuelles à leur source en nous attardant sur le rôle de la famille dans la socialisation religieuse. Enfin, nous aborderons la relation entre genre et sécularisme en démontrant que les changements dans la religiosité des femmes s’accompagnent d’une plus grande ouverture de leur part concernant certaines questions de politique morale. La conclusion récapitulera les principaux résultats de notre travail et présentera des pistes pour de futures recherches.
La sécularisation des femmes et l’écart homme-femme
Depuis les années 1970, les enquêtes sur la religiosité italienne ont montré que les femmes sont plus religieuses que les hommes, ce qui signifie qu’elles présentent un taux plus élevé d’assiduité à la messe, de prière, de foi en Dieu et de travail bénévole dans le cadre de l’Église (Garelli et al., 2003 ; Cartocci, 2011 ; Garelli, 2014). Autrement dit, les femmes ont été le « noyau dur » des croyants en termes de pratique de la religion – une donnée conforme aux tendances internationales dans les pays à dominante chrétienne (Aune et al., 2008 ; Trzebiatowska et Bruce, 2012).
Les mêmes enquêtes montrent qu’aujourd’hui encore les femmes sont en tête. Les données EVS les plus récentes (2009) révèlent que 41% des femmes assistent à la messe au moins une fois par semaine contre 26% des hommes et que 86% des femmes se déclarent catholiques pour seulement 75% des hommes. En termes de croyance également, et bien que la différence soit moins marquée, les femmes arrivent en tête : 94% des femmes croient en Dieu contre 87% des hommes. Lorsque l’on considère la complexité de l’enchevêtrement croyance-appartenance (Davie, 1994, 2007), comme il ressort de notre typologie basée sur les données EVS (Tableau 1), nous constatons que la différence de genre est toujours présente dans les catégories extrêmes – « ne croit ni n’appartient » (5% des femmes, 11% des hommes) – alors qu’elle a disparu dans les catégories intermédiaires, c’est-à-dire les catégories « appartient mais ne croit pas » et son contraire. Ceci suggère que la différence de genre persiste dans les catégories « traditionnelles » mais pas dans les catégories « innovantes » – ainsi appelées parce qu’elles sont nées durant la modernité avancée et qu’elles « ne reposaient pas tant sur des traditions héritées et des prescriptions institutionnelles que sur un choix personnel » (Nyhagen et Halsaa, 2016: 42).
Différences de genre dans une typologie croyance-appartenance. (EVS : 1981, no. 1.348 ; 1990, no. 2.018 ; 2009, no. 1.519).
Source : EVS.
Pourtant, malgré la persistance d’une plus grande religiosité des femmes, une analyse diachronique des données EVS révèle que même la religiosité des Italiennes a subi la sécularisation progressive – bien qu’un peu traumatisante – affectant la société italienne. Cela se traduit par une augmentation de la proportion des Italiens qui ne s’identifient plus comme appartenant au catholicisme (ni à aucune autre religion) et de ceux qui sont plus indifférents par rapport à leur affiliation religieuse. Selon ces données, en 1981, 9% des Italiens et 4% des Italiennes déclaraient n’avoir « aucune appartenance religieuse » ; un quart de siècle plus tard, en 2009, ces pourcentages s’élevaient respectivement à 25,5 et 14. Au cours de la même période, dans l’ensemble du pays, le nombre de ceux qui déclaraient n’avoir aucune affiliation religieuse a triplé, passant de 6% à 18% mais avec une différence de genre : l’augmentation était plus importante chez les femmes. Plus précisément, entre 1981 et 2009, la proportion entre les sexes est passée de 2:1 à 3:2.
De plus, bien que les femmes continuent à assister plus fréquemment à la messe, ce qui est nouveau, selon ces mêmes données, est la chute vertigineuse dans le sentiment d’affection envers la pratique religieuse chez les femmes (par rapport aux hommes). En d’autres termes, la diminution de la présence des femmes aux cérémonies religieuses a été plus rapide que celle des hommes. Plusieurs observateurs de la situation italienne partagent cette opinion (Segatti et Brunelli, 2010) selon laquelle, aujourd’hui, la pratique religieuse des femmes passe par un processus de relâchement qui la rend de plus en plus semblable à celle des hommes. Cet exode a été appelé « l’abandon de l’Église par les femmes » (Matteo, 2012) ou, plus prosaïquement, la sécularisation des femmes (Crespi et Ruspini, 2014).
La vitesse du processus de sécularisation a provoqué un rétrécissement de l’écart homme-femme au cours du dernier demi-siècle. Afin de quantifier cette réduction, nous disposons d’une analyse bivariée entre le genre des personnes interviewées et deux indicateurs clés pour mesurer la religiosité : assiduité aux rites et croyance en Dieu. Cette analyse montre qu’il existe toujours un écart homme-femme mais que l’influence du genre sur le comportement religieux a considérablement diminué (Graphique 1). S’agissant de la présence aux cérémonies, la vigueur de la relation a été réduite d’un facteur proche de trois entre 1970 et 1998 (Eurobaromètre) alors que la croyance en Dieu a diminué de moitié entre 1981 et 2008 (EVS). En résumé, bien que la différence entre hommes et femmes soit toujours présente – et qu’elle permette de déterminer la religiosité des interviewés, elle a considérablement diminué au cours des cinquante dernières années.

Force de l’influence du genre (Cramer V).
La tendance montre que la situation évolue. Qu’arrivera-t-il au cours des prochaines décennies ? Afin de formuler des hypothèses de scénarios futurs possibles, nous avons étudié l’écart homme-femme parmi les cohortes les plus jeunes de l’Enquête sur la religiosité de la jeunesse italienne (IYRS) : la génération du millénaire, soit les jeunes qui culturellement, socialement et du point de vue de l’âge représentent l’avant-garde et l’avenir de l’Italie. En examinant le profil de cette génération, nous avons constaté que 76% de ces jeunes croient en Dieu, 72% se définissent comme étant catholiques et que plus d’un jeune sur dix (13%) assiste régulièrement à la messe tandis qu’un quart d’entre eux (27%) prient au moins une fois par semaine. Ces données confirment que le catholicisme reste aujourd’hui le point de référence de la « religion d’Église » des jeunes italiens bien que celle-ci ne s’accompagne pas souvent d’une pratique régulière. Nous pouvons donc dire que la religiosité en Italie est stable dans le temps, une situation qui tranche par rapport à celle d’autres pays catholiques européens tels que l’Espagne et l’Irlande qui ont connu une sécularisation rapide, singulièrement parmi les jeunes (Cartocci, 2011 ; Garelli, 2014 ; Garelli et al., 2003 ; Martino, 2015). Concernant les différences de genre en matière de comportement religieux, il n’y a aucun doute que nous assistons à une diminution progressive – une image que reflète également le discours des jeunes (dans notre étude, 66% des jeunes interviewés ont affirmé que, dans leur cercle d’amis, les filles sont plus religieuses que les garçons. Voir Tableau 2). Néanmoins, bien que les différences entre garçons et filles diminuent, elles n’ont pas disparu et persistent dans certains aspects de la vie religieuse, en particulier dans la pratique où la présence des femmes est plus importante, qu’il s’agisse de l’assiduité à la messe catholique, de l’appartenance à l’Église catholique ou de la prière. Par contre, dans d’autres aspects de la vie religieuse, tels que la croyance, la différence n’est plus statistiquement pertinente. Tableau 2 illustre ces tendances dans le détail : le nombre de filles qui prient au moins une fois par semaine est plus élevé de pratiquement 9 points de pourcentage que celui des garçons et tombe à 6 points pour ce qui concerne la présence à la messe au moins une fois par semaine. Cette participation élevée ne se reflète pas dans une croyance en Dieu plus répandue chez les femmes.
Différences de genre dans certains indicateurs d’appartenance, de croyance et de pratique (Pourcentages – No. 1.445).
En outre, une comparaison entre les données IYRS et celles d’une autre étude sur la jeunesse italienne menée en 2007 (Garelli, 2014) montre qu’à cette époque, alors que la différence entre filles et garçons croyant « sans aucun doute » en Dieu était sensible (respectivement 36% et 30,5%), filles et garçons sont aujourd’hui (Tableau 2) plus proches (32% et 30%).
Prises dans leur ensemble, les données révèlent que la sécularisation progresse plus rapidement parmi les femmes que parmi les hommes, tendance qui érode la primauté religieuse des femmes et réduit l’écart traditionnel homme-femme. Pourtant, un examen plus attentif de la génération du millénaire montre qu’une distinction de genre persiste encore dans la manière dont la religion est vécue, une distinction qui – comme nous le verrons dans la section suivante – devient plus évidente dans le domaine de la spiritualité.
Entre sécularisation et sacralisation. La vie spirituelle des jeunes Italiens
L’accent mis sur les processus de sécularisation ne doit toutefois pas nous faire oublier qu’il y a toujours une forte résistance dans le chef des femmes concernant leur appartenance catholique qui se reflète aussi dans les données sur la plus grande religiosité des filles que des garçons du millénaire. Les différences de genre semblent cependant encore plus marquées si l’on considère la vie spirituelle. Les données IYRS montrent que pratiquement deux tiers (62%) des jeunes Italiens estiment avoir une vie spirituelle quoique, parmi cette majorité, différents sens sont donnés à la spiritualité : 23% des jeunes comprennent la vie spirituelle comme une recherche d’harmonie personnelle et de bien s’entendre avec soi-même et avec les autres ; 29% ont une expérience personnelle de vie spirituelle religieuse et 9% ont une vie spirituelle nourrie par leur foi en Dieu et une vie conforme aux principes de base de leur religion. 15% n’ont pas d’idée claire à ce sujet. Interprété sous l’angle du genre, ce scénario révèle d’importantes différences. En premier lieu, davantage de filles que de garçons sont intéressées par l’idée de développer une vie spirituelle : comme on peut le voir dans Tableau 3, seulement 20% des filles déclarent ne pas avoir de vie spirituelle contre 29% des garçons.
Différences de genre en matière de spiritualité. (Pourcentages – No. 1.445).
Étonnamment toutefois, et contrastant avec le passé, les données révèlent que le genre n’introduit plus de discrimination parmi ceux qui développent leur vie spirituelle selon les principes de leur religion d’appartenance. On aurait pu s’attendre à ce que davantage de femmes que d’hommes choisissent une voie spirituelle réglée par les principes d’une religion institutionnelle (comme cela est très répandu dans l’Église catholique) mais on constate plutôt que cette vision est partagée presqu’à parts égales (7,3% contre 9,9%) par les garçons et les filles. Le genre n’introduit pas plus de discrimination entre les notions de spiritualité qui ne font pas de référence explicite à la religion : environ 23% des deux sexes comprennent la spiritualité comme étant la recherche d’harmonie et de bien-être.
Cette discontinuité avec le passé devient encore plus évidente lorsqu’on tient compte d’une autre donnée qui, au contraire, présente une importante différence de genre : plus de filles que de garçons (32,7% contre 26,3%) déclarent vivre leur quête religieuse et spirituelle de manière personnelle. Cette réponse nous emmène à attribuer aux Italiennes également le label de « designer religion » (Rountree, 2004). L’expression « designer religion » a été inventée dans le contexte de spiritualités féminines ayant des racines païennes pour indiquer une aptitude propre au genre envers la créativité et l’innovation spirituelles rappelant la notion mieux connue comme « made-to-measure religion » (« religion faite sur mesure »). Pourtant, les données indiquent clairement que la tendance italienne envers la « designer religion » ne s’applique pas dans le milieu catholique – elle ne s’étend pas au monde des spiritualités alternatives ou, comme cela a été défini (Heelas et Woodhead, 2005), au milieu holistique. Une analyse des usages faits de l’offre de spiritualités alternatives révèle que les filles ne sont pas plus actives que les garçons dans ce domaine. Plus particulièrement, ces données montrent qu’il y a davantage de jeunes hommes que de jeunes filles aux réunions consacrées à la spiritualité orientale tandis que la participation aux séminaires et aux groupes de méditation New Age est assez équilibrée. Il est tentant de croire que le peu de pouvoir d’attraction du milieu holistique se limite aux jeunes femmes parce qu’elles ne peuvent se permettre les coûteux biens et services des spiritualités alternatives mais ce n’est pas le cas. Une autre étude (Palmisano, 2014) confirme la même tendance parmi les adultes. En se penchant sur la présence d’Italiens adultes dans le milieu holistique, cette étude a démontré que les femmes du groupe d’âge 36–45 ans sont plus nombreuses que les hommes uniquement dans les réunions consacrées à la spiritualité orientale mais pas dans d’autres activités New Age où ce sont les hommes qui arrivent en tête. En outre, la différence disparaît pour tous les autres groupes d’âge.
Ce résultat mérite que l’on s’y attarde car il remet en cause l’idée largement répandue (que l’on perçoit dans ces milieux) que le yoga, la méditation transcendantale, la lithothérapie et le shiatsu, pour ne citer que quelques exemples, sont plus attirants aux yeux d’un public féminin. Une autre raison de prêter attention à cette donnée est que des études faites en Europe du Nord et en Europe centrale ont montré que la tendance actuelle est diamétralement opposée : les femmes sont plus actives et impliquées que les hommes dans le milieu holistique. L’examen par Heelas et Woodhead (2005) des activités holistiques à Kendal dans l’Angleterre du Nord-Ouest révèle que 80% des participants sont des femmes. Un résultat similaire apparaît dans l’enquête sur les attitudes sociales en Ecosse (2001) qui analyse l’écart homme-femme dans trois activités spécifiques : yoga et méditation, médecines complémentaires et divination. Cette disproportion n’est pas limitée à la Grande-Bretagne. En s’appuyant sur les données de l’Enquête sur les valeurs mondiales (1981, 1990, 2000) dans 14 pays européens, Houtman et Apers (2008 : 132) sont arrivés à la conclusion que « la spiritualité est plus généralement embrassée par des femmes post-traditionnelles que par des hommes post-traditionnels ». Comment peut-on expliquer la contre-tendance italienne à la lumière de ce constat ? Étant donné que notre travail est le premier consacré à la spiritualité féminine en Italie, et en tenant compte de certaines erreurs méthodologiques 4 , nous soutenons que ce résultat représente la situation italienne et qu’il y a au moins trois bonnes raisons étayant la preuve empirique montrant que les femmes ne mènent pas dans le milieu holistique :
Le peu d’intérêt des femmes pour une spiritualité alternative reflète le manque d’intérêt plus large au niveau du pays. Pour comprendre cette caractéristique, l’idée d’empreinte historique de la religion – son enracinement temporel dans un certain territoire – est utile. En partant de cette notion, nous pouvons raisonnablement prétendre que les croyances et pratiques d’une spiritualité alternative sont plus attrayantes pour les pays scandinaves qui ont été influencés par la spiritualité magique depuis le Moyen-Âge que pour des pays comme l’Italie où l’Église catholique peut s’enorgueillir de 2000 ans d’histoire durant lesquels ses ministres ont régulièrement puni des formes expressives de religiosité, parfois sans en reconnaître les formes populaires.
La socialisation religieuse – de tendance matrilinéaire – suit toujours les voies traditionnelles supposant une participation aux sacrements dans sa paroisse et, dans certains cas, une implication dans des mouvements ecclésiastiques au moins jusqu’au début de l’école secondaire (Martino, 2015). Les parents choisissent de moins en moins ces voies pour la croissance dans la foi de leurs enfants tout en se conformant de plus en plus à un modèle social qui voit toujours dans les rites de passage de l’Église un itinéraire souhaitable dans le cadre de la vie de famille. Ce modèle de socialisation a toutes les chances d’influencer les jeunes filles qui se sentent incitées ou enclines à marcher sur les traces de leurs mères.
Les spiritualités alternatives, et leur mantra pensée-corps-esprit, encouragent les femmes à abandonner la logique de l’« autosacrifice » en faveur d’un « égoïsme expressif » (Sointu et Woodhead, 2008) qui légitime le fait qu’elles consacrent du temps et de l’attention à elles-mêmes. Cette exhortation n’est pas très attirante pour les Italiennes qui se débattent dans un environnement influencé par des traditions empreintes de catholicisme qui a fait l’éloge des vertus féminines de sacrifice, de renonciation et d’altruisme tout en insistant sur la vocation d’épouse et de mère des femmes (Donaldi, 2014). Ce n’est pas un secret que les Italiennes doivent composer avec une société dans laquelle – par rapport à la plupart des pays européens – les inégalités entre les sexes sont plus importantes (Plantenga et al., 2009), l’emploi des femmes est plus faible 5 (Eurostat, 2015), les tâches ménagères sont réparties de la manière la plus traditionnelle (Carriero et Todesco, 2016) et où de telles inégalités sont tolérées (Greenstein, 2009).
En résumé, bien que toutes les données mènent à conclure que l’écart homme-femme se rétrécit, mettre l’accent sur les enfants du millénaire révèle qu’il reste des différences particulières dans la façon dont religiosité et spiritualité s’expriment. Il est vrai que les garçons et les filles se comportent pratiquement de la même manière en ce qui concerne la foi ; il est également vrai que les filles vont à la messe plus régulièrement, prient plus et sont plus étroitement liées à l’Église que les garçons. Toutefois, la donnée concernant la rupture avec le passé dénote une tendance (plus forte chez les filles que chez les garçons) en faveur d’une recomposition autonome et subjective des enseignements officiels de l’Église et de la personnalisation de la quête religieuse et spirituelle elle-même, ce qui est la raison pour laquelle nous avons décerné le label de « designer religion » aux Italiennes. Et si les filles ne sont plus davantage enclines que les garçons à suivre avec discipline les directives de l’Église en matière de spiritualité, elles ne sont pas plus intéressées à s’engager dans des itinéraires spirituels ésotériques et mystiques dans le milieu holistique. Elles sont donc supportrices d’une « designer religion » à l’italienne ou, mieux encore, d’un « designer Catholicism ». Les garçons sont, au contraire, moins intéressés par la vie de l’Église, prient moins et sont plus éloignés de la dimension spirituelle mais sont enclins (au moins autant que les filles) à expérimenter l’offre du milieu holistique. Notre analyse montre enfin que, quoiqu’un processus de sécularisation des femmes soit en cours en Italie, celui-ci ne s’accompagne pas d’une révolution spirituelle menée par les femmes alors que cette association se retrouve souvent dans la littérature sur la sécularisation et la sacralisation (Heelas et Woodhead, 2005 ; Woodhead, 2008).
Socialisation religieuse : Voyage au cœur de l’écart homme-femme
Les spécialistes ont cherché à identifier les facteurs pouvant expliquer les variations de genre en matière de religiosité. Leurs explications varient entre une théorie portant sur la localisation structurelle en rapport avec la famille et le travail (Becker et Hofmeister, 2001), l’orientation de genre (opinions sur la féminité, la masculinité et les rôles en fonction du genre), les différences de personnalité et une théorie sur l’aversion au risque (Collett et Lizardo, 2009) et la socialisation de genre.
Dans cette section, nous soutenons que le facteur le plus important pour comprendre les différences liées au genre dans le domaine de la religion en Italie est la socialisation de genre. Portons dès lors notre attention sur les données IYRS relevant de la socialisation dans le contexte familial et le contexte religieux. Huit personnes interviewées sur dix ont déclaré avoir reçu une éducation religieuse dans la famille, confirmant le fait que la socialisation religieuse initiale est encore et toujours largement la norme. Si, par contre, nous nous tournons vers les pratiques religieuses effectuées avec les parents, la situation est moins bien définie (Tableau 4) : seuls 17% des jeunes disent avoir eu « beaucoup » d’occasions de prier en famille, un pourcentage qui monte à 35,5 pour la participation aux cérémonies (hors mariages et funérailles). Concernant la prière, l’écart homme-femme est pratiquement inexistant tandis qu’il resurgit pour la messe, bien que seulement pour une participation faible à moyenne. Ces données entraînent trois réflexions : 1. Les familles italiennes éduquent davantage leurs enfants à la religion tant en les emmenant avec eux à la messe qu’en priant avec eux ; 2. Les différences de genre sont plus marquées dans la présence à l’église que dans d’autres domaines de la vie religieuse ; 3. Les différences semblent plus importantes dans une pratique limitée et intermittente que dans une pratique régulière.
Différences de genre dans l’éducation religieuse familiale. (Pourcentages – No. 1.445).
Ces données commencent à préciser les racines des différences de genre en Italie. Une analyse statistique basée sur une régression logistique nous permet d’étudier en profondeur les raisons de ces différences (Tableau 5). Plus précisément, nous avons utilisé un modèle de régression logistique pour analyser l’influence du genre sur la religion et la socialisation vécues au sein de la famille et des environnements religieux 6 . Nous avons mesuré l’impact de l’écart homme-femme sur l’éducation religieuse en fonction de trois variables dépendantes : 1. Ferme croyance en Dieu ; 2. Participation à au moins une pratique du milieu holistique ; 3. Présence au moins hebdomadaire à des cérémonies religieuses.
Résumé des différences de genre (%).
Note: NS: Effet non significatif (p>0,05); + B(Exp) =1 – 1,9; ++ B(Exp) 2 – 3; +++ B(Exp) >3 - B(Exp) = 0,667-0,999; – B(Exp)= 0,334 - 0,666; — B(Exp)=0,000 - 0-333.
Il apparaît clairement que la différence de genre peut trouver son origine dans la socialisation religieuse de la famille, augmentant la probabilité que les filles soient des pratiquantes hebdomadaires, à l’inverse des garçons. Chez les garçons, les périodes de crise religieuse ou la prise de distance par rapport à la religion les incitent à essayer des pratiques spirituelles alternatives, ce qui n’arrive pas chez les filles. Ces dernières tendent à rester attachées à une religiosité traditionnelle, s’en écartant rarement ; tout au plus, comme nous l’avons vu, s’engageront-elles dans des itinéraires créatifs personnels en lien avec le catholicisme. Cet aspect pourrait expliquer le changement dans la manière dont garçons et filles approchaient précédemment le milieu holistique de façon similaire. Les garçons sont plus positivement sensibles aux crises religieuses et négativement sensibles à l’éducation au sein de la famille, alors que les filles sont plus résistantes à la séduction de la « révolution spirituelle » parce qu’elles sont plus attentives aux dimensions traditionnelles de la religiosité, comme le démontrent les données sur la croyance et, plus encore, sur la pratique hebdomadaire.
Le modèle de régression nous permet de confirmer l’hypothèse selon laquelle les différences de genre dans le domaine religieux en Italie sont liées au passé des jeunes gens, singulièrement à la socialisation familiale : la survenance d’une crise religieuse augmente la probabilité que les garçons abandonnent le catholicisme ou rejoignent le milieu holistique et que la croyance en Dieu chez les filles se réduise, s’accompagnant peut-être d’une diminution de la pratique. Autrement dit, les jeunes Italiennes confrontées à une crise gardent le sentiment « d’appartenir mais sans croire » plutôt que de renoncer totalement aux pratiques catholiques dans lesquelles elles ont été élevées.
L’écart homme-femme et la sécularisation
Jusqu’à présent, notre analyse a révélé que, malgré la diminution de l’écart homme-femme, des différences de genre pertinentes persistent au plan de la religiosité des Italiens. Peut-on en dire de même à propos des valeurs ? 7 Nous répondrons à la question dans cette section en examinant la relation entre écart homme-femme et sécularisme à la lumière des changements intervenus dans la position des Italiens à l’égard de la politique morale en rapport avec les thèmes d’émancipation des femmes. Nous analyserons si et comment les habitudes de vote des femmes ont changé s’agissant des questions éthiques et morales, un domaine d’une importance particulière dans une étude sur la religiosité en ce sens qu’il fait souvent l’objet d’une intervention de l’Église, généralement en faveur de la tradition. Une telle analyse demande que nous nous penchions sur les données relatives à l’avortement, au divorce et à l’homosexualité provenant de quatre séries d’enquêtes EVS entre 1981 et 2008 afin de déterminer comment le fait d’être homme ou femme différencie les positions en matière de politique morale. Ces données indiquent que, en 1981, les femmes, pour la plupart catholiques « croyantes et pratiquantes », étaient moins libertaires que les hommes sur ces questions, y compris celles relatives à l’émancipation des femmes. Seulement un quart (26%) des femmes contre un tiers (37%) des hommes considéraient l’avortement justifiable, ce qui était comparable aux données relatives à l’euthanasie (respectivement 15% contre 22%). Par contre, on notait une attitude plus équilibrée (36% contre 40%) vis-à-vis du divorce, probablement une conséquence du long débat à ce sujet à l’époque du référendum abrogatif de 1974 (Marradi, 1974).
Donc, s’il est correct de dire que, il y a trente ans, les femmes avaient tendance à être plus conservatrices que les hommes, aujourd’hui, la situation semble avoir radicalement changé. Les données montrent une ouverture progressive de la part des femmes se traduisant par une nette diminution de l’écart homme-femme au point de le faire disparaître dans la plupart des cas étudiés : les positions des hommes et des femmes en matière de politique morale étaient bien plus proches en 2009 qu’elles ne l’étaient en 1981. Par exemple, en 2009, un nombre pratiquement identique d’hommes et de femmes estimaient que le divorce (36% des hommes, 41% des femmes) et le suicide (respectivement 5% et 10%) étaient justifiables. Dans certains cas toutefois, la diminution de l’écart homme-femme n’est pas due au fait que les femmes sont devenues plus ouvertes et libertaires mais au fait que l’attitude des hommes a changé. Pour le dire autrement, ce n’est pas tellement que les femmes sont devenues plus libérales mais plutôt que les hommes sont devenus plus conservateurs. L’avortement est un bon exemple : alors que la proportion de femmes le considérant justifiable est restée assez stable dans le temps (23% en 2009, 26% en 1981), la proportion d’hommes le soutenant a considérablement chuté (de 37% en 1981 à 25% en 2009).
Ces données suscitent plusieurs observations, la plus importante étant qu’en 2009 il n’y avait plus vraiment d’écart homme-femme en Italie sur les questions de politique morale. Cette situation est le résultat d’une ouverture progressive des femmes aux thèmes moraux qui a mené à leur alignement sur les positions (inchangées) des hommes ou, au contraire, de la grande stabilité de l’attitude des femmes là où les hommes ont sensiblement changé d’avis. En effet, dans plusieurs domaines où, en 1981, il n’y avait pas d’écart homme-femme, les femmes semblent aujourd’hui plus radicales. Par exemple, alors qu’en 1981 15% des hommes contre 10% des femmes considéraient l’homosexualité défendable, en 2009, ces pourcentages étaient respectivement de 21 et 31. Au fil du temps, les femmes sont donc devenues plus libertaires que les hommes.
Ces résultats ne sont pas le résultat d’une analyse multivariée et l’influence de la religion n’a pas été étudiée à travers un modèle de régression. Elles nous permettent néanmoins de déclarer que, même si les Italiennes n’étaient pas plus radicales que les hommes en 2009, en 1981 elles étaient résolument plus conservatrices. Ce qui est arrivé en matière de sécularisation est également vrai pour le sécularisme : les deux genres se sont rapprochés l’un de l’autre au point de pratiquement éliminer les différences entre eux. Il existe cependant une petite variation : l’écart homme-femme introduit toujours une discrimination dans le domaine de la religiosité mais plus, semble-t-il, dans celui de la politique morale. Peut-être assistons-nous à un tournant dans le sens où, si la tendance continue, nous constaterons bientôt que les femmes sont plus libertaires que les hommes sur toutes les questions où se mêlent politique morale et sensibilité religieuse. Cette tendance pourrait pourtant se stabiliser et entraîner la parité entre les sexes dans les matières culturelles. Nous sommes enclins à penser que les données relatives à la socialisation des jeunes Italiens indiquent que les différences de genre continueront à exister dans la culture italienne pendant de nombreuses années encore.
Conclusions
Bien qu’aujourd’hui les Italiennes soient toujours plus religieuses que leurs hommes, elles sont impliquées dans un processus de sécularisation lent et progressif. Au cours du dernier demi-siècle, on a assisté à une chute abrupte de l’attachement des femmes (par rapport à celui des hommes) à la pratique religieuse. En d’autres mots, le déclin de la présence à la messe a été plus rapide parmi les femmes que parmi les hommes. La vitesse du processus de sécularisation des femmes a fait que leur pratique religieuse est devenue de plus en plus semblable à celle des hommes. En effet, l’influence du sexe sur le comportement religieux a considérablement diminué. Pourtant, malgré le rétrécissement tendanciel de l’écart homme-femme, une analyse des enfants du millénaire montre la persistance d’importantes différences de genre dans la relation des jeunes à la religion et à la spiritualité. S’il est vrai que, dans le domaine de la foi, garçons et filles tendent à se comporter plus ou moins de la même façon, il est tout aussi vrai que les filles assistent plus souvent à la messe, prient davantage et sont plus attachées à l’Église que les garçons. Elles sont aussi plus spirituelles bien qu’elles ne soient pas plus enclines à suivre les voies spirituelles dans les directions proposées par l’Église. Au contraire, elles s’efforcent de personnaliser leur quête religieuse et spirituelle et d’en faire une expérience autonome et subjective. Pourtant, elles restent des « Catholics designers » du fait que leur approche de la subjectivisation et leur quête spirituelle s’arrêtent là où commence l’Église. Étonnamment, et contrairement à la tendance que connaissent les pays du nord et du centre de l’Europe, les femmes ne fréquentent pas davantage le milieu holistique que les hommes. Ces données renforcent l’idée selon laquelle la sécularisation des femmes en Italie ne s’accompagne pas d’une révolution spirituelle, fut-elle même menée par les femmes. Les spiritualités alternatives ne séduisent pas les Italiennes, engagées comme elles le sont dans un environnement culturel qui reste lié à la tradition. Cela convient bien à un réseau du catholicisme qui a imposé une vision des femmes basée sur la maternité et la domesticité et qui, aujourd’hui encore, persiste à vouloir lier la destinée des femmes à un rôle biologique et de prestataire de soins (Donadi, 2014). Ce résultat est confirmé par une analyse de la socialisation religieuse : en Italie, c’est l’éducation au sein de la famille qui, plus que d’autres facteurs, contribue à la transmission de la foi et explique la persistance d’une plus grande religiosité chez les femmes. Cette socialisation augmente la probabilité que, lorsqu’elles seront confrontées à une crise religieuse, les filles n’abandonneront pas le catholicisme pour des spiritualités alternatives : elles y resteront plutôt attachées tout en réduisant ou en renégociant leurs croyances et pratiques.
Si les différences de genre ont progressivement diminué dans le domaine religieux, elles ont également diminué dans le domaine des valeurs liées à la politique morale. Bien que davantage de recherches soient nécessaires pour étudier l’impact des changements religieux sur les changements de valeurs, ce résultat révèle en soi une importante transformation dans la relation genre-sécularisme, suggérant une connexion entre une plus grande ouverture de la part des femmes en matière de politique morale et leurs adieux à une « religion d’Église ». Il faut espérer que les recherches futures évalueront cette relation à travers une analyse statistique plus élaborée. Nous pensons néanmoins qu’il est raisonnable d’affirmer aujourd’hui que le passage progressif d’une proportion importante de femmes de « catholiques croyantes et pratiquantes » et « se conformant à la morale catholique » à « aucune religion » ou à un certain type de « Catholic designer religion » a contribué – sans aucun doute avec d’autres facteurs – à encourager leur plus grande ouverture au plan des valeurs, y compris en posant des choix moraux et éthiques qui ne sont pas conformes à la doctrine catholique. Compte tenu des relations récentes entre l’Église et les femmes en Italie, nous croyons pouvoir dire que le changement progressif d’une « religion d’Église » à un « designer Catholicism » leur a permis de se libérer du conformisme moral auquel elles étaient liées et de réclamer des responsabilités pour elles-mêmes et leurs choix en termes de procréation et de droit à disposer de leur corps. Nous assistons à un profond changement dans la pratique de l’agentivité, une question que nous considérons très utile au plan heuristique pour de futures recherches portant sur la religiosité des Italiennes. Les années 1970 ont marqué la fin de l’alliance entre les femmes et l’Église en Italie (Donadi, 2014). Alors qu’avant ce tournant décisif, les femmes exerçaient une forme d’agentivité qui, selon la classification de Burke (2012), pourrait être étiquetée de « conforme » – c’est-à-dire basée sur l’auto-négation et l’obéissance à l’autorité de l’Église –, elles semblent avoir depuis fait preuve d’une agentivité que l’on peut qualifiée d’« émancipatrice ». L’aspect intéressant est que cette émancipation a incité peu de femmes à quitter l’Église : la plupart d’entre elles y restent attachées tout en redéfinissant, réinterprétant et renégociant leur affiliation. Nous ne connaissons pas les modalités ou les résultats de ce qui se produit actuellement. Nous espérons donc que cette lacune sera bientôt comblée par des recherches ethnographiques qualitatives qui, conformément aux intentions de « religion vécue » (Orsi, 2003 ; McGuire, 2008), mettront l’accent sur la façon dont les Italiennes vivent la religion dans leur vie quotidienne.
Supplemental Material
English_Translation – Supplemental material for Gare à l’écart ! De l’importance du genre dans la religion, la spiritualité et la laïcité en Italie
Supplemental material, English_Translation for Gare à l’écart ! De l’importance du genre dans la religion, la spiritualité et la laïcité en Italie by Stefania Palmisano and Simone Martino in Social Compass
Footnotes
Remerciement
Les auteurs souhaitent remercier les deux évaluateurs à l’aveugle et le traducteur de ce texte.
Financement
Aucun soutien financier spécifique émanant d’un organisme de financement public, d’une société commercial ou du secteur non-marchand n’a été attribué à cette recherche.
Notes
Biographies des auteurs
Adresse : Department of Culture, Politics and Society, University of Turin, CLE - Campus ‘Luigi Einaudi’, Lungo Dora Siena 100, 10153 Turin – Italy.
Email:
Adresse : Department of Culture, Politics and Society, University of Turin, CLE - Campus ‘Luigi Einaudi’, Lungo Dora Siena 100, 10153 Turin – Italy.
Email:
References
Supplementary Material
Please find the following supplemental material available below.
For Open Access articles published under a Creative Commons License, all supplemental material carries the same license as the article it is associated with.
For non-Open Access articles published, all supplemental material carries a non-exclusive license, and permission requests for re-use of supplemental material or any part of supplemental material shall be sent directly to the copyright owner as specified in the copyright notice associated with the article.
