Abstract
Si la théorie classique de la sécularisation a été quelque peu bousculée par les débats récents sur la vitalité religieuse, son noyau paradigmatique est resté largement intact. En réalité, le cœur de cette théorie repose sur le présupposé selon lequel les systèmes sociaux s'éloignent de plus en plus de la religion. L'auteur remet en question les conceptions téléologiques de la différenciation, en mettant en lumière les constellations d'acteurs, les cadres institutionnels et les contextes culturels dans lesquels s'inscrivent des formes variables de la différenciation et de la sécularité. Le point de vue analytique adopté est axé sur l'évolution des cadres institutionnels. Cette évolution est analysée par rapport au processus de l'intégration européenne, dans le cadre de laquelle certains agencements institutionnels du droit, de la politique et de l'identité-qui ont émergé au cours de la formation des nations et des États au sein de l'Europe moderne-font l'objet d'une reconfiguration. L'auteur soutient que cette reconfiguration institutionnelle contribue à une renégociation de la place de la religion dans la sphère publique, et, de ce fait même, à une évolution des formes de la sécularité.
While recent debates about religious vitality have challenged classical secularization theory, they have left its paradigmatic core largely intact. In fact the core of this theory is conceived as the assumption that social systems are increasingly differentiated from religion. The author challenges teleological conceptions of differentiation by emphasizing the actor-constellations, institutional frameworks, and cultural contexts within which variable patterns of differentiation and secularity are embedded. The analytical focus is on the change in institutional frameworks. Such changes are analysed with respect to the process of European integration, within which institutional arrangements of law, politics, and identity that have emerged in the course of state-formation and nation-building in modern Europe are reconfigured. It is argued that this institutional reconfiguration is contributing to the re-negotiation of the place of religion in the public sphere and, thus, to changing the patterns of secularity.
