Abstract
Résumé:
De nombreux articles publiĂ©s rĂ©cemment ont laissĂ© apparaĂźtre lâĂ©mergence dâun nouveau phĂ©nomĂšne dans notre rapport avec la pandĂ©mie de COVID-19 : la fatigue pandĂ©mique. Ce phĂ©nomĂšne suggĂšre lâapparition dâune tendance gĂ©nĂ©rale de lassitude face aux mesures sanitaires et Ă lâĂ©tat dâurgence devenu permanent. Lâobjectif de cet article est de replacer cet enjeu dans le contexte de la rĂ©alisation dâun projet de recherche portant sur les impacts psychosociaux durant la pandĂ©mie. Si relativement peu de recherches se sont intĂ©ressĂ©es Ă la fatigue pandĂ©mique, la rĂ©alitĂ© de ce phĂ©nomĂšne a Ă©tĂ© mise en Ă©vidence dans le cadre dâun projet de recherche multi-annuelle effectuĂ©e durant la pandĂ©mie. En termes de mĂ©thode, notre Ă©quipe multidisciplinaire Ă lâUniversitĂ© de Sherbrooke a dĂ©veloppĂ© un protocole dâenquĂȘte permettant dâĂ©valuer les effets de la pandĂ©mie de COVID-19 sur la santĂ© mentale Ă travers des Ă©tudes transversales rĂ©pĂ©tĂ©es. La derniĂšre phase de lâenquĂȘte inclut un volet additionnel qui cherche Ă comprendre de quelle maniĂšre les consĂ©quences de la pandĂ©mie peuvent sâappliquer Ă dâautres crises systĂ©miques, notamment aux changements climatiques. DiffĂ©rentes vagues d'enquĂȘtes nationales et internationales ont ainsi Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es (8 pays, taille minimale de lâĂ©chantillon 1000â1500 et Ă©chantillonnage par quota mis en oeuvre adaptĂ© Ă chaque pays et basĂ© sur les donnĂ©es dĂ©mographiques disponibles), et suivant lâĂ©volution de la pandĂ©mie, nous avons introduit la notion de fatigue pandĂ©mique, ainsi que de fatigue climatique, afin de pouvoir mesurer lâimpact de lâexposition prolongĂ©e Ă ces crises mondiales. Ces nouvelles donnĂ©es confirment nos rĂ©sultats originaux : lâimpact psychosocial de la pandĂ©mie est immense, en particulier en termes de fatigue pandĂ©mique, phĂ©nomĂšne qui se retrouve Ă la fois au niveau comportemental et informationnel. Cette fatigue est un indicateur important Ă considĂ©rer afin dâamĂ©liorer notre capacitĂ© de rĂ©action et dâadaptation Ă cette crise, mais Ă©galement Ă celles futures.
Keywords
LâĂ©mergence de la fatigue pandĂ©mique comme phĂ©nomĂšne psychosocial et objet de recherche
De nombreux articles publiĂ©s dans la derniĂšre annĂ©e ont laissĂ© apparaĂźtre lâĂ©mergence dâun nouveau phĂ©nomĂšne dans notre rapport avec la pandĂ©mie de COVID-19 : la fatigue pandĂ©mique. Ces articles mentionnent notamment que ce phĂ©nomĂšne peut par exemple accentuer le non-respect des gestes barriĂšres (port du masque, distanciation physique, etc.) (1) ou renforcer les mouvements sociaux ou mobilisations contre les gouvernements (manifestations, occupa-tions de lieux publics, etc.) (2). FondĂ©s moins sur la science que sur des tĂ©moignages, ces articles sou-lignent tout de mĂȘme lâapparition dâune tendance gĂ©nĂ©rale Ă la lassitude face aux mesures sanitaires et Ă lâĂ©tat dâurgence devenu quasi permanent (3,4).
Bien que relativement peu de recherches se soient intĂ©ressĂ©es Ă la fatigue pandĂ©mique, la rĂ©alitĂ© et la complexitĂ© de ce phĂ©nomĂšne ont Ă©tĂ© soulignĂ©es par nos rĂ©sultats de recherche. Notre Ă©quipe de recherche multidisciplinaire Ă lâUniversitĂ© de Sherbrooke a dĂ©veloppĂ© un protocole dâenquĂȘte permettant dâĂ©valuer les effets de la pandĂ©mie de COVID-19 sur la santĂ© mentale Ă travers des Ă©tudes transversales rĂ©pĂ©tĂ©es (5). Cette Ă©tude financĂ©e par les Instituts de recherche en santĂ© du Canada cherche Ă Ă©valuer les impacts psychosociaux de la pandĂ©mie (5, 6,7,8).
Nous mettons ainsi en Ă©vidence que la fatigue pandĂ©mique doit ĂȘtre prise en compte dans lâĂ©laboration des rĂ©ponses politiques et collectives en lien avec la pandĂ©mie qui, rappelons-le, est loin dâĂȘtre terminĂ©e, au mĂȘme titre que les autres indicateurs utilisĂ©s actuellement. Cette fatigue est un indicateur important Ă considĂ©rer afin dâamĂ©liorer notre capacitĂ© de rĂ©action et dâadaptation Ă cette crise, mais Ă©galement Ă celles futures.
Ătant donnĂ© lâimportance grandissante de la fatigue pandĂ©mique, mais Ă©galement de la fatigue par rapport aux crises en gĂ©nĂ©ral, il est urgent quâune Ă©valuation robuste et fondĂ©e sur des donnĂ©es probantes de ce phĂ©nomĂšne permette de favoriser une plus grande rĂ©silience des individus et populations face aux crises.
Ceci est particuliĂšrement important dans un contexte oĂč cette situation de crise et dâurgence sâinscrit comme « nouvelle normalitĂ© » (9,10), non seulement dans le cas de la pandĂ©mie de COVID-19, mais Ă©galement face aux crises multiples (11,12) auxquelles nous devons faire face, tels les changements climatiques, la crise du coĂ»t de la vie ou les guerres internationales. La notion de fatigue face aux crises nous apparait donc comme un important objet de recherche devant faire lâobjet dâune attention accrue de la part des chercheurs et praticiens.
La derniĂšre phase de lâenquĂȘte inclut Ă ce titre un volet additionnel qui cherche Ă comprendre de quelle maniĂšre les consĂ©quences de la pandĂ©mie actuelle affecteront les futures communications en contexte de crise, notamment en lien avec les changements climatiques. Ce projet additionnel est financĂ© par les Instituts de recherche en santĂ© du Canada et Ouranos, un consortium sur la climatologie rĂ©gionale et l'adaptation aux changements climatiques.
Lâimportance du concept de fatigue face aux crises a ainsi Ă©tĂ© rendue particuliĂšrement visible dans notre projet avec lâajout du concept de « fatigue climatique », phĂ©nomĂšne qui peut se dĂ©finir comme une lassitude Ă suivre les recommandations concernant les changements de comportements Ă adopter ainsi que par rapport Ă la surcharge informationnelle relativement aux changements climatiques. Cela a permis dâexplorer la maniĂšre dont la fatigue sâapplique Ă©galement Ă la lutte contre les changements climatiques, oĂč lâabondance dâinformations nĂ©gatives ainsi que la temporalitĂ© de longue durĂ©e favorisent une forme similaire de fatigue comportementale et informationnelle. Nos rĂ©sultats, prĂ©sentĂ©s plus loin, soulignent ainsi que des phĂ©nomĂšnes similaires de fatigues comportementale et informationnelle peuvent ĂȘtre documentĂ©s, et ce, peu importe la nature des crises en prĂ©sence (sanitaire, climatique, Ă©conomique, politique, etc.), rappelant lâimportance de prendre au sĂ©rieux cette fatigue dans lâĂ©laboration des mesures mises en place pour rĂ©pondre Ă ces crises.
Méthodologie et objectifs
Cette Ă©tude est la deuxiĂšme phase dâune enquĂȘte interdisciplinaire et internationale (menĂ©e dans huit pays de quatre continents) sur les impacts psychosociaux de la pandĂ©mie de COVID-19 ch-ez les adultes, et ses facteurs de risque et de protection associĂ©s. Il sâagissait Ă lâorigine dâune Ă©tude transversale rĂ©pĂ©tĂ©e dans 8 pays (Canada, Ătats-Unis, Angleterre, Suisse, Belgique, Hong Kong, Philippines et Nouvelle-ZĂ©lande).
Le recrutement des participants et la collecte des donnĂ©es ont Ă©tĂ© effectuĂ©s par deux firmes de sondage pendant la pĂ©riode du 6 au 18 novembre 2020. Pour chaque pays, lâobjectif minimal de lâĂ©chantillon a Ă©tĂ© fixĂ© Ă 1000 adultes, Ă lâexception du Canada, oĂč il a Ă©tĂ© fixĂ© Ă 1500. LâĂ©chantillon a Ă©tĂ© tirĂ© au hasard Ă partir de panels Web dâadultes de 18 ans et plus. Ceux-ci ont Ă©tĂ© recrutĂ©s volontairement en utilisant une multitude de stratĂ©gies, y compris un recrutement alĂ©atoire, de la publicitĂ© dans les mĂ©dias sociaux, par le biais de campagnes spĂ©cifiques ou en utilisant des panels de partenaires. LâĂ©chantillonnage par quota mis en Ćuvre a Ă©tĂ© adaptĂ© Ă chaque pays et basĂ© sur les derniĂšres donnĂ©es dĂ©mographiques disponibles tirĂ©es du recensement de ce pays. Ătaient inclus ici les groupes dâĂąge (18â24 ans, 25â34 ans, 35â44 ans, 45â54 ans, 55â64 ans, ⩟65 ans), le sexe (femme, homme) et la rĂ©gion (par exemple, pour le Canada : Ontario, QuĂ©bec, Colombie-Britannique, Alberta, Manitoba/Saskatchewan, provinces de l'Atlantique). Un recrutement minimum de 70 % des nombres estimĂ©s pour chaque caractĂ©ristique (Ăąge, sexe et rĂ©gion) a Ă©tĂ© ciblĂ© afin dâassurer la meilleure rep-rĂ©sentation possible dans lâĂ©chantillon. Les donnĂ©es collectĂ©es ont ensuite Ă©tĂ© pondĂ©rĂ©es par les dist-ributions dĂ©mographiques de la population pour atteindre lâĂ©chantillon reprĂ©sentatif final.
Une fois les participants contactĂ©s et leur Ă©ligibilitĂ© confirmĂ©e, une explication complĂšte de lâobjectif de lâĂ©tude, des mĂ©thodes de gestion des donnĂ©es et de lâassurance de la confidentialitĂ© a Ă©tĂ© fournie. LâenquĂȘte Ă©tant anonyme, toutes les informations personnelles sont restĂ©es confidentielles. La collecte des donnĂ©es a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă lâaide dâun questionnaire en ligne prĂ©testĂ©, disponible en français et en anglais. Le questionnaire contenait environ 80 questions fermĂ©es avec un temps de rĂ©ponse d'environ 20 minutes.
DiffĂ©rentes vagues dâenquĂȘtes nationales et inter-nationales ont ainsi Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, et suivant lâĂ©volution de la pandĂ©mie, nous avons introduit la notion de fatigue pandĂ©mique, ainsi que celle de fatigue clim-atique, afin de pouvoir mesurer lâimpact de lâexposition prolongĂ©e Ă ces crises mondiales. Ces nouvelles don-nĂ©es confirment nos rĂ©sultats originaux (5) : lâimpact psychosocial de la pandĂ©mie est immense, en particulier en termes de fatigue pandĂ©mique, phĂ©nomĂšne qui se retrouve Ă la fois au niveau comportemental et informationnel.
La mesure de la fatigue pandĂ©mique sâest faite ici Ă partir dâune Ă©chelle validĂ©e Ă 6 items provenant du « Pandemic fatigue scale ». Les affirmations sont mesurĂ©es sur une Ă©chelle de 1 Ă 7, 1 correspondant Ă un dĂ©saccord total et 7 Ă un accord total. Les questions posĂ©es sont les suivantes : 1) Je suis fatiguĂ©(e) de toutes les discussions Ă propos de la COVID-19 dans les Ă©missions de tĂ©lĂ©vision, les journaux et la radio, etc. ; 2) Je suis fatiguĂ©(e) dâentendre parler de la COVID-19 ; 3) Lorsque des amis ou des membres de ma famille parlent de la COVID-19, jâessaie de changer de sujet, car je ne veux plus en parler ; 4) Je me sens Ă©puisĂ©(e) de suivre toutes les rĂšglementations et mesures sanitaires autour de la COVID-19 ; 5) Je suis fatiguĂ©(e) de faire des sacrifices pour sauver ceux qui sont les plus vulnĂ©rables Ă la COVID-19 ; 6) Je nâai plus la motivation pour lutter contre la COVID-19.
La mesure de la fatigue climatique a Ă©tĂ© adaptĂ©e de lâĂ©chelle de fatigue pandĂ©mique. Les mĂȘmes items ont Ă©tĂ© utilisĂ©s, avec la mĂȘme Ă©chelle de 1 Ă 7, mais modifiĂ©s pour interroger sur le changement climatique. Les questions posĂ©es sont les suivantes : 1) Je suis fatiguĂ©(e) de toutes les discussions Ă propos des changements climatiques dans les Ă©missions de tĂ©lĂ©vision, les journaux et la radio, etc. ; 2) Je suis fatiguĂ©(e) dâentendre parler des changements climatiques ; 3) Lorsque des amis ou des membres de ma famille parlent des changements climatiques, jâessaie de changer de sujet, car je ne veux plus en parler ; 4) Je me sens Ă©puisĂ©e(e) de suivre toutes les rĂšglementations autour des changements climatiques ; 5) Je suis fatiguĂ©(e) de faire des sacrifices pour sauver ceux qui sont les plus vulnĂ©rables aux changements climatiques ; 6) Je nâai plus la motivation pour lutter contre les changements climatiques.
Résultats de recherche concernant la fatigue pandémique : un phénomÚne aux réalités multiples
LâOrganisation mondiale de la SantĂ© (OMS) sâest intĂ©ressĂ©e Ă la fatigue pandĂ©mique dĂšs 2020, signalant que de nombreux pays avaient rapidement dĂ©celĂ© la prĂ©sence de ce phĂ©nomĂšne. LâOMS dĂ©finit cette fatigue comme dâune part une « dĂ©motivation Ă suivre les comportements prĂ©ventifs recommandĂ©s par les au-toritĂ©s sanitaires, apparaissant progressivement au fil du temps et affectĂ©e par un certain nombre dâĂ©motions, dâexpĂ©riences et de perceptions » (13). Ce phĂ©nomĂš-ne a Ă©tĂ© confirmĂ© lors de notre Ă©tude (voir dĂ©tails et mĂ©thodologie Ă la section prĂ©cĂ©dente), avec les participants prĂ©sentant des symptĂŽmes de fatigue pandĂ©mique exprimant dâĂȘtre moins enclins Ă adhĂ©rer aux comportements prĂ©ventifs contre la COVID-19 (Tableau 1).
AdhĂ©sion aux comportements prĂ©ventifs contre la COVID-19 chez la population adulte du QuĂ©bec selon le type de fatigue pandĂ©mique (1â17 octobre 2021).
Chaque lettre en indice désigne un sous-ensemble de catégories dont les proportions ne diffÚrent pas significativement les unes des autres au niveau 0,05.
Le score total de lâintention de porter un masque, de respecter la distanciation physique et de limiter les rassemblements (entre 3 et 21) a Ă©tĂ© divisĂ© en quartile. Le quatriĂšme quartile reprĂ©sente un niveau Ă©levĂ© dâadhĂ©sion aux mesures sanitaires.
Dâautre part, la fatigue pandĂ©mique se traduit Ă©galement par une lassitude des individus face Ă la surabondance dâinformations concernant la pandĂ©mie, entraĂźnant ainsi une diminution des efforts de recherche dâinformations vĂ©rifiĂ©es et de qualitĂ©. Cela souligne la double dimension comportementale et informationnelle (14) de la fatigue pandĂ©mique entrainant ainsi une forme de dĂ©moralisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e (15). Cette fatigue se traduit au niveau de modifications dâhabitudes et de comportements (non-respect des mesures sanitaires) ainsi que dans la capacitĂ© des individus Ă compren-dre et interprĂ©ter les informations en raison de leur surabondance.
Cette dĂ©motivation Ă©merge progressivement au fil du temps et est notamment le fruit dâun certain nombre dâĂ©motions, dâexpĂ©riences et de perceptions en lien avec la pandĂ©mie (13,16). Ătant subjective et contextuelle, la fatigue pandĂ©mique dĂ©pend nota-mment de facteurs individuels et populationnels, tels le revenu, les normes culturelles, le lieu et type dâemploi occupĂ© par les individus, des facteurs physiques et de la capacitĂ© psychologique de ceux-ci (17). La fatigue pandĂ©mique semble Ă©galement affecter en particulier les jeunes et les personnes isolĂ©es ou vivants seules, comme le montrent nos donnĂ©es de recherche (voir ci-dessous).
Le concept de fatigue pandĂ©mique met ainsi en Ă©vidence que lorsque continuellement exposĂ©s Ă une surcharge d'informations liĂ©es Ă la COVID-19 (inf-ormations quotidiennes et rĂ©pĂ©tĂ©es sur le nombre d'infections, dĂ©cĂšs, changements de mesures, etc.), les individus sont Ă risque de dĂ©velopper une forme dâĂ©tat dâalerte constant. Câest cet Ă©tat dâalerte constant qui apparait Ă©motionnellement Ă©puisant (14) et induit, dans le temps, une forme de fatigue. La transmission en temps rĂ©el de ces informations concernant la pandĂ©mie, permettant en thĂ©orie une meilleure gouvernance des systĂšmes gouvernementaux et information des populations, peut ainsi avoir paradoxalement des rĂ©percussions nĂ©gatives en matiĂšre dâanxiĂ©tĂ© et de stress. Nous pouvons le constater par le niveau de fatigue pandĂ©mique informationnelle plus Ă©levĂ© que le niveau de fatigue pandĂ©mique comportementale. En effet, 64,8 % de la population au QuĂ©bec et 57,7 % de la population dans le reste du Canada prĂ©sentent une fatigue pandĂ©mique informationnelle. Ceci comparĂ© Ă 35,7 % de la population du QuĂ©bec et un 34,4 % de la population dans le reste du Canada prĂ©sentant de la fatigue pandĂ©mique comportementale. Ces Ă©lĂ©ments soulignent quâil y a un coĂ»t important Ă la transparence et production dâinformations sanitaires en temps rĂ©el, coĂ»t qui sâexprime chez les individus notamment en termes de fatigue.
LâOMS rappelle toutefois que la fatigue pan-dĂ©mique est « une rĂ©action attendue et naturelle Ă la nature prolongĂ©e de cette crise » (13), soulignant ici les risques induits spĂ©cifiquement par les Ă©vĂšnements sanitaires sâinscrivant dans la longue durĂ©e, ce qui inclus une possible augmentation du non-respect des rĂšgles sanitaires en raison de cette fatigue. En effet, au fur et Ă mesure que les individus sâhabituent Ă la prĂ©sence du virus, les coĂ»ts du respect des restrictions peuvent commencer Ă peser plus lourd que les risques perçus (entre autres en raison de la fatigue informationnelle qui rĂ©duit la capacitĂ© Ă comprendre et interprĂ©ter ces risques), entraĂźnant une lassitude elle-mĂȘme affectĂ©e par lâenvironnement culturel, social et politique dans lequel Ă©voluent les individus. La fatigue pandĂ©mique est ainsi corrĂ©lĂ©e Ă des symptĂŽmes allant du stress aux troubles obsessionnels compulsifs en passant par lâanxiĂ©tĂ© et la dĂ©pression, ce que nos rĂ©sultats ont bien dĂ©montrĂ© (voir ci-dessous). LâĂ©puisement Ă©motionnel, le sentiment dâinefficacitĂ© au travail, la dĂ©motivation, lâinsomnie et le dĂ©sespoir sont une liste non exhaustive de ses manifestations (18).
La fatigue pandĂ©mique sâinscrit donc selon une logique « dâintersectionnalitĂ© », câest-Ă -dire quâune pluralitĂ© de facteurs se recoupe et sâentrecroise dans sa production. LâintersectionnalitĂ© reprĂ©sente ici « a way of understanding and analyzing the complexity in the world, in people, and in human experiences. [. . .] When it comes to social inequality, people's lives and the organization of power in a given society are better understood as being shaped not by a single axis of social division, be it race or gender or class, but by many axes that work together and influence each other. » (19).
Nos donnĂ©es dĂ©montrent par exemple que la fatigue pandĂ©mique est, entre autres, liĂ©e au niveau de vie, au type dâemploi occupĂ© ou au niveau dâĂ©ducation (voir ci-dessous). Or, les individus les plus prĂ©caires sont bien souvent issus de populations minoritaires ou stigmatisĂ©es. Ces derniers sont par ailleurs surreprĂ©sentĂ©s dans les emplois les plus touchĂ©s par les mesures sanitaires (ouvriers, vente au dĂ©tail, prĂ©posĂ© aux bĂ©nĂ©ficiaires, etc.). On compr-end alors mieux comment les diffĂ©rents facteurs socioĂ©conomiques tendent Ă se croiser et ultimement Ă renforcer le phĂ©nomĂšne de fatigue pandĂ©mique, la pandĂ©mie ne faisant ainsi quâexacerber les inĂ©galitĂ©s systĂ©miques et intersectionnelles dĂ©jĂ prĂ©sentes, rappelant la nature multiforme et complexe de ce phĂ©nomĂšne.
De la fatigue pandĂ©mique Ă la fatigue climatique : LâĂ©volution de nos rĂ©sultats de recherche
Nos diffĂ©rents projets de recherche mis en place dĂšs le dĂ©but de la pandĂ©mie nous ont ainsi permis de mesurer une forte prĂ©valence de fatigue pandĂ©mique au QuĂ©bec et au Canada, en particulier pour la pĂ©riode de lâautomne 2021, et montrent que 49,6â% de la population au QuĂ©bec et 47,7â% au Canada souffre de fatigue pandĂ©mique.
Ă ceci sâajoutent les rĂ©sultats sur la fatigue climatique, mesurĂ©e sur la mĂȘme pĂ©riode, qui montrent que 22,9â% de la population au QuĂ©bec et 29,1â% au Canada souffre de fatigue climatique. Lâimportance de ces phĂ©nomĂšnes induit des modifications comporteme-ntales possiblement nĂ©fastes, telles le non-respect des rĂšgles sanitaires, la dĂ©sinformation et mĂ©sinformation, la polarisation politique, le recours Ă la violence, etc. Ces fatigues se manifestent notamment au niveau informationnel, câest-Ă -dire une fatigue en lien avec la surabondance dâinformations ou de discussions concernant la pandĂ©mie (pour 64,8â% de la population au QuĂ©bec et 57,7â% dans le reste du Canada) ou les changements climatiques (pour 27â% de la population au QuĂ©bec et 31,7â% dans le reste du Canada), et au niveau comportemental, donc concernant le respect des mesures sanitaires (pour 35,7â% de la population au QuĂ©bec et 34,4â% au Canada) ou les mesures pour lutter contre les changements climatiques (pour 19,0â% de la population au QuĂ©bec et 23,9â% au Canada). On retrouve donc ici cette double dimension comport-ementale et informationnelle.
Ce phĂ©nomĂšne implique Ă©galement dâimportants impacts sur la santĂ© mentale. En effet, plus ces deux types de fatigue, pandĂ©mique et climatique, sont importants, plus le risque de dĂ©velopper de lâanxiĂ©tĂ©, de la dĂ©pression et des idĂ©es suicidaires augmente (Tableau 2).
RĂ©ponse psychologique chez la population adulte du QuĂ©bec selon la prĂ©sence de fatigue pandĂ©mique et climatique (1â17 octobre 2021).
Toutes les diffĂ©rences entre les groupes sont statistiquement significatives (pâ<â0,05).
Ces impacts psychosociaux peuvent se rĂ©percuter directement sur les systĂšmes de santĂ© par lâinter-mĂ©diaire dâune demande accrue de services de santĂ©, participant Ă la surcharge de ces systĂšmes et rendant encore plus nĂ©cessaire la prise au sĂ©rieux des fatigues pandĂ©mique et climatique dans la gouvernance des systĂšmes de santĂ©, en particulier en contexte de crises multiples (pandĂ©mies, changements climati-ques, crises Ă©conomiques, etc.).
Nos rĂ©sultats de recherche soulignent Ă©galement que le niveau de perception du risque a un lien significatif, et ce, autant avec la fatigue pandĂ©mique que la fatigue climatique. Ă ce niveau, moins le risque est adĂ©quatement perçu, donc compris par les individus, plus le phĂ©nomĂšne de fatigue est important, Ă©tablissant de ce fait un lien clair entre ce phĂ©nomĂšne et la disposition Ă sâinformer et Ă changer de comportement.
En effet, 53,3 % des personnes qui perçoivent une menace faible pour soi ou sa famille prĂ©sentent de la fatigue pandĂ©mique, comparativement Ă 40,6â% des personnes qui perçoivent une menace Ă©levĂ©e pour soi ou sa famille. Un constat similaire peut ĂȘtre observĂ© concernant le niveau de menace perçue pour le pays et/ou le monde : 67,5â% des personnes qui perçoivent une menace faible pour le pays et/ou le monde prĂ©sentent de la fatigue pandĂ©mique, comparativement Ă 40,4â% des personnes qui perçoivent une menace Ă©levĂ©e pour le pays et/ou le monde. Des constats similaires peuvent ĂȘtre observĂ©s concernant la fatigue climatique, oĂč 26,7â% des personnes qui perçoivent une menace fai-ble pour soi ou sa famille prĂ©sentent de la fatigue climatique, comparativement Ă 13,7â% des personnes qui perçoivent une menace Ă©levĂ©e pour soi ou sa famille. Aussi, 32,2â% des personnes qui perçoivent une menace faible pour le pays et/ou le monde prĂ©sentent de la fatigue climatique, comparativement Ă 13,8â% des personnes qui perçoivent une menace Ă©levĂ©e pour le pays et/ou le monde.
Cela est particuliĂšrement prĂ©occupant puisque lâon constate que le sentiment de possĂ©der un faible niveau dâinformation a fortement tendance Ă accroĂźtre ces deux types de fatigue (pandĂ©mique et climatique). Nos rĂ©sultats de recherche (Figure 1) soulignent ce phĂ©-nomĂšne oĂč par exemple 65,9â% des rĂ©pondants qui estimaient avoir un faible niveau d'information ont ressenti une fatigue pandĂ©mique, contre 48,2 % des rĂ©pondants qui estimaient avoir un niveau d'info-rmation moyen ou Ă©levĂ©. Des rĂ©sultats semblables sont observĂ©s concernant la fatigue climatique, oĂč 29,8â% des rĂ©pondants qui estimaient avoir un faible niveau d'information ont Ă©galement ressenti une fatigue climatique, contre 21â% des rĂ©pondants qui estimaient avoir un niveau d'information moyen ou Ă©levĂ©. Les personnes prĂ©sentant une vision complotiste ont Ă©galement deux fois plus tendance Ă dĂ©velopper une fatigue pandĂ©mique et 3,5 fois plus tendance Ă dĂ©velopper une fatigue climatique que celles qui nâadhĂšrent pas Ă cette vision (Figure 1). LâidĂ©ologie politique semble Ă©galement avoir une influence sur les deux types de fatigue, pandĂ©mique et climatique, avec notamment une prĂ©sence plus importante de ces phĂ©nomĂšnes pour celles et ceux sâidentifiant Ă une idĂ©ologie politique de droite (contrairement au centre et Ă la gauche).

Fatigue pandémique et climatique selon les facteurs de risques.
ParallĂšlement, il apparait que les individus au niveau dâĂ©ducation plus faible sont davantage touchĂ©s par les phĂ©nomĂšnes de fatigue pandĂ©mique et de fatigue climatique. Par exemple, plus de 52â% des rĂ©pondants ayant un diplĂŽme dâĂ©tudes collĂ©giales, un diplĂŽme dâĂ©tudes secondaires ou un niveau dâĂ©tudes infĂ©rieur ont ressenti une fatigue pandĂ©mique, contre 43 % des rĂ©pondants ayant un diplĂŽme universitaire. Un constat similaire peut ĂȘtre observĂ© concernant la prĂ©sence dâune fatigue climatique, oĂč 28,7â% des rĂ©pondants ayant un diplĂŽme dâĂ©tudes secondaires et 24,5â% des rĂ©pondants ayant un diplĂŽme dâĂ©tudes collĂ©giales ont ressenti une fatigue climatique, contre 19â% des rĂ©pondants ayant un diplĂŽme universitaire.
Nos rĂ©sultats de recherche soulignent donc amplement la rĂ©alitĂ© et les consĂ©quences nĂ©gatives des fatigues liĂ©es Ă la pandĂ©mie et aux changements climatiques, mais Ă©galement aux autres crises (Ă©conomique, politique, guerre, etc.), fatigues qui sâadditionnent et accroissent les impacts sur la santĂ© mentale. Il apparait donc essentiel dâadapter nos rĂ©ponses politiques et sanitaires en sâappuyant sur des facteurs protecteurs permettant de construire et renforcer notre « immunitĂ© » face Ă la fatigue induite par les nombreuses crises actuelles.
Les facteurs protecteurs pour une résilience collective face aux crises
Pour faire face Ă la fatigue pandĂ©mique, mais Ă©galement pour maximiser la rĂ©silience individuelle et collective face aux crises, il est urgent de dĂ©velopper une approche positive, de prĂ©vention et centrĂ©e sur les facteurs protecteurs. Ces facteurs protecteurs sont :1) lâadaptation du message par les autoritĂ©s, 2) les capacitĂ©s de rĂ©ception de ces messages par la population, 3) le niveau dâĂ©ducation, et 4) lâaction spĂ©cifique envers les groupes les plus affectĂ©s.
Une reconnaissance accrue et une action concertĂ©e envers ces facteurs protecteurs permettraient de favoriser une rĂ©elle « immunitĂ© collective » face aux consĂ©quences psychosociales des crises actuelles (pandĂ©mie, et changements climatiques, notamment), mais Ă©galement de renforcer nos dĂ©fenses collecti-ves pour rĂ©pondre aux crises futures. Ceci est particuliĂšrement important dans un contexte oĂč les crises se multiplient et se juxtaposent, soulignant lâimportance de se prĂ©munir collectivement de la fatigue face aux crises en gĂ©nĂ©ral.
Un premier facteur protecteur concerne donc ici lâimportance dâadapter les messages informatifs et prĂ©ventifs aux diffĂ©rentes catĂ©gories populationnelles visĂ©es afin de favoriser une meilleure comprĂ©hension et perception des risques. Le phĂ©nomĂšne de fatigue sâinscrit ici comme facteur favorisant la recherche de solutions et rĂ©ponses simples Ă des phĂ©nomĂšnes complexes (comme une pandĂ©mie ou les changements climatiques), ce qui accentue par le fait mĂȘme lâadhĂ©sion au complotisme ainsi que lâaugmentation de la polarisation politique. Ces risques devraient en particulier ĂȘtre mieux expliquĂ©s en fonction des diffĂ©rents groupes populationnels ainsi que mis en rapport avec lâensemble des risques auxquels nous faisons face individuellement et collectivement.
La capacitĂ© de rĂ©ception de ces messages devrait Ă©galement ĂȘtre amĂ©liorĂ©e en mettant en place des mesures permettant aux individus de comprendre adĂ©quatement lâinformation qui leur est transmise. Le dĂ©veloppement dâune meilleure « littĂ©racie scientifique » (capacitĂ© Ă comprendre et faire sens des informations et faits scientifiques) devrait ainsi ĂȘtre encouragĂ©, au travers de programmes Ă©ducatifs adaptĂ©s, mais Ă©galement dâapproches dâĂ©ducation continue (en milieu de travail, par exemple). Cela permettrait dâagir Ă la fois sur la dĂ©sinformation, la mĂ©sinformation et le complotisme, mais Ă©galement sur la perception des risques, facteurs augmentant la fatigue autant pandĂ©mique que climatique.
Renforcer les niveaux dâĂ©ducation de la popula-tion ainsi que la qualitĂ© des programmes Ă©ducatifs apparait ainsi comme un facteur protecteur imp-ortant et permet aussi de stimuler cette littĂ©racie scientifique. Des programmes dâĂ©ducation renforcĂ©s, notamment au niveau scientifique, permettraient le dĂ©veloppement dâoutils dâanalyse et de clĂ©s de comprĂ©hension, ce qui favoriserait lâattĂ©nuation de la fatigue informationnelle et comportementale. Par ailleurs, les individus avec un niveau dâĂ©ducation plus Ă©levĂ© bĂ©nĂ©ficient gĂ©nĂ©ralement dâun meilleur niveau de vie, ce qui a Ă©galement un impact trĂšs concret sur cette fatigue en agissant au niveau des facteurs intersectionnels structurant ce phĂ©nomĂšne. Lutter contre les inĂ©galitĂ©s, câest donc lutter contre la fatigue informationnelle et comportementale, et donc ultimement, favoriser notre rĂ©silience. Par ailleurs, les personnes vivant seules, ayant des pro-blĂšmes de santĂ© qui se combinent aux risques sanitaires actuels, ou encore ayant des enfants, constituent des exemples de groupes populationnels nĂ©cessitants un soutien particulier, et donc la mise en place de services et programmes dĂ©diĂ©s lors des crises.
Autre facteur protecteur, lâaction auprĂšs des cat-Ă©gories les plus touchĂ©es par cette fatigue pandĂ©mique ainsi que lâĂ©vitement dâune utilisation de bouc-Ă©missaire, appelĂ©e aussi « bouc-Ă©missairisation » (20,21), et de caractĂ©riser certains groupes comme responsables de la crise. Ce phĂ©nomĂšne caractĂ©rise « un processus de stigmatisation, dâincrimination, de violence et enfin dâexclusionâ» (22,23). Câest le cas notamment des jeunes de 18 Ă 34 ans, catĂ©gorie particuliĂšrement touchĂ©e (24) par la fatigue pan-dĂ©mique et qui a souvent Ă©tĂ© accusĂ©e dâĂȘtre respo-nsable de la transmission accĂ©lĂ©rĂ©e du virus (25,23) sans toutefois que leur propre Ă©tat psychologique soit pris en compte.
Cet exemple met en Ă©vidence ici la nĂ©cessitĂ© dâĂ©viter le ciblage disproportionnĂ© dâun sous-groupe de la population comme cause des crises. Cette tendance Ă la « bouc-Ă©missairisation » nâa pour effet que dâinciter Ă la dĂ©sinformation, la mĂ©sinformation et Ă lâabandon de certains comportements pourtant essentiels Ă la rĂ©solution des crises en cours. Ceci renforce Ă©galement la polarisation au travers de lâexclusion symbolique ou manifeste du sous-groupe identifiĂ© comme le bouc Ă©missaire, ce qui a pour rĂ©sultats dâaccroĂźtre Ă©galement la fatigue (pandĂ©mique dans ce cas). Il apparait donc primordial de favoriser au contraire un sentiment de solidaritĂ© et dâappartenance collective plutĂŽt que lâidentification dâune catĂ©gorie de la population co-mme bouc Ă©missaire de la crise, ce qui ne contribue quâĂ diviser une population de plus en plus polarisĂ©e et gĂ©nĂšre de la fatigue. Ainsi, selon nos rĂ©sultats de recherche, les personnes avec un sentiment dâap-partenance Ă©levĂ© ont moins de tendances Ă dĂ©velop-per une fatigue pandĂ©mique et mĂȘme une fatigue climatique.
Conclusion : pour un retour du « public » en santé publique
Bien que prĂ©sentant plusieurs limites (nombre de rĂ©pondants, diversitĂ© des contextes politiques et culturels, contexte dâurgence et de crises, mĂ©thodes de recrutement diverses, etc.), ce projet nous rappelle la nĂ©cessitĂ© de mettre en place une stratĂ©gie de protection et prĂ©vention face aux impacts psychosociaux des crises (sanitaires, mais aussi climatiques et autres).
Reconstruire un espace public ouvert, protecteur et tolĂ©rant reprĂ©sente donc ici le facteur protecteur ultime qui se doit dâĂȘtre renforcĂ©. La population et ses reprĂ©sentants (y compris les partis d'opposition, les groupes de citoyens et les leaders communautaires) doivent pouvoir se sentir libres et Ă lâaise de pouvoir critiquer et proposer des solutions alternatives aux dĂ©cisions prises, mais aussi se sentir acceptĂ©s malgrĂ© leurs diffĂ©rents points de vue sur la crise. Ce facteur protecteur passe ainsi par un retour du « public » dans la santĂ© publique. Comme lâa soulignĂ© lâOMS, les gouvernements doivent agir de maniĂšre Ă ce que les citoyens et les communautĂ©s puissent retrouver une certaine forme de pouvoir et dâautonomie dans leur vie quotidienne. Ils doivent sentir et percevoir quâils sont considĂ©rĂ©s comme des citoyens lĂ©gitimes, mĂȘme lorsquâils ne sont pas d'accord avec le gouvernement, ce qui passe par cinq principes fondamentaux selon lâOMS : la transparence, la cohĂ©rence, la prĂ©visibilitĂ©, lâĂ©quitĂ© et la coordination (13).
Plus gĂ©nĂ©ralement, dĂ©ployer des stratĂ©gies et actions favorisant un renforcement du sentiment de cohĂ©rence, câest-Ă -dire de la capacitĂ© à « comprendre un Ă©vĂ©nement stressant, Ă lui donner du sens et Ă le gĂ©rer » au travers du dĂ©veloppement de ressources psychologiques appropriĂ©es (26) doit ĂȘtre favorisĂ©.
Plus quâun plan de reprise post-pandĂ©mique (27,28), et compte tenu de la multitude de crises auxquelles nous faisons face, câest dâun « plan de rĂ©silience » pour faire face aux crises et centrĂ© sur le renforcement des facteurs protecteurs dont nous avons besoin. Ce plan se fait malheureusement toujours attendre, nous rendant plus vulnĂ©rables aux multiples crises que nous vivons (sanitaires, environnementales, Ă©conomiques, politiques, etc.).
Ces leçons apprises doivent donc permettre de renforcer notre capacitĂ© de protection par rapport au phĂ©nomĂšne de fatigue liĂ©e aux crises en gĂ©nĂ©ral, et non pas Ă une crise en particulier. Bien que la pandĂ©mie de COVID-19 ne soit toujours pas derriĂšre nous, cela ne doit pas nous empĂȘcher de prendre en compte les impacts nĂ©gatifs, notamment en termes de fatigue, des autres crises actuelles (changements climatiques, Ă©conomie, guerres, etc.). Cette fatigue gĂ©nĂ©ralisĂ©e face aux crises menace nos mĂ©canismes de dĂ©fense collective, incluant nos systĂšmes de santĂ©, appelant urgemment une rĂ©ponse coordonnĂ©e et cohĂ©rente de nos sociĂ©tĂ©s. Câest de nos capacitĂ©s collectives de rĂ©silience et de dĂ©fense face aux crises dont il est question, capacitĂ©s dĂ©jĂ largement mises Ă mal durant la pandĂ©mie.
