Abstract
Dans Ma sœur aux yeux d'Asie (1982), la lecture que Michel Ragon fait des lettres que son père avait envoyées d'Indochine entre 1910 et 1920 est entrecoupée de réflexions sur l'Occupation (1940). A partir de cette structure curieuse du roman, cet article montre qu'autant que la mémoire de son père et de sa sœur, c'est l'Histoire que Ragon met en scène, avec son scénario confus, ses ironies dramatiques, ses acteurs qui ne connaissent pas très bien leur rôle. En analysant les contrepoints entre deux lieux (Tonkin, Vendée), deux époques (1910, 1940) deux formes d'occupation (colonisation, Occupation), deux peuples paysans (annamites, vendéens), je propose que ce roman des années 80 esquissait déjà des discussions sur la mémoire coloniale et la représentation de l'Histoire semblables à celles qui enflamment la France aujourd'hui.
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