Abstract
Les théories motivationnelles de l'attribution ont démontré l'influence pédagogique néfaste des croyances et des pratiques sociales ou éducatives erronées qui focalisent l'attention de l'éléve sur l'évaluation comparée de ses capacités. Or, il semble que plusieurs facteurs psychologiques et sociaux propres à l'apprentissage musical encouragent de telles tendances, et constituent ainsi une difficulté motivationnelle spécifique dont cet article tente, à travers une revue interdisciplinaire de la question, de préciser la nature et les déterminants. En analysant leur effet sur la motivation et l'apprentissage, nous présentons d'abord une série de facteurs cognitifs qui en musique peuvent favoriser l'explication des résultats de l'éléve par son niveau d'aptitude (interactions entre la disparité de l'âge du début de l'apprentissage et le développement normal des processus attributionnels, normes de réussite idéalisées, biais de perspective attributionnelle, carence du feedback, etc.). Nous nous intéressons ensuite à un facteur social qui aggrave et maintient cette tendance: la propension paradoxale du musicien à vouloir faire passer pour naturelles, des compétences et des productions artistiques appartenant objectivement au domaine de l'acquis et de la culture. Nous présentons comment plusieurs approches systématiques ont isolé et analysé, par des méthodes indépendantes (sociologie, épistémologie, musicologie), les fonctions et les effets de cette tendance ancienne et solidement ancrée dans les croyances et les pratiques du milieu. Au terme de cette confrontation, il apparaît que la négligence ou la simple dénonciation des spécificités éthologiques et épistémologiques du milieu, peut sérieusement affecter la diffusion, l'interdisciplinarité, voire la valeur des recherches motivationnelles en pédagogie musicale.
Get full access to this article
View all access options for this article.
