Abstract
Dans l’univers romanesque de Linda Lê, la nourriture joue un rôle particulièrement ambigu. Représentée sous forme de plats et de recettes exotiques, elle rappelle la madeleine de Proust dans la recherche du paradis perdu de l’enfance. Mais au lieu de faire venirl’eau à la bouche, les souvenirs gastronomiques de Lê exhalent brutalement une odeur de décomposition car la nourriture qu’elle offre est aussi une pourriture. Filant sa métaphore de la nourritureculture, Lê dévoile le revers de l’intégration à la culture française et le lent empoisonnement que subissent les Vietnamiens, ex-colonisés et immigrants. A table devant deux cultures, l’une de leurs ancêtres et l’autre de leur pays d’adoption, ils vomissent et crient famine: pour ces apatrides toute consommation risque de mener à une intoxication fatale.
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