Abstract
Résumé
Dans l’Inde contemporaine, le végétarisme reste un marqueur social de la religion et de la position de caste. L’abstinence à la consommation d’aliments non-végétariens (les viandes, les poissons et les œufs) est d’autant plus forte que les ménages appartiennent à une caste hindoue de statut social élevé, et est particulièrement importante au sein des castes brahmanes. Mais le rôle distinctif de ce régime alimentaire interroge dans une société marquée par de fortes inégalités économiques où l’alimentation est en moyenne le premier poste de dépenses des ménages. Cet article met en rapport l’opposition entre végétariens et non-végétariens au regard des autres logiques de distinctions alimentaires, marquées au premier rang par les contraintes économiques des ménages. À partir d’enquêtes statistiques de consommation des ménages, je mets premièrement au jour la structure sociale des pratiques alimentaires grâce à une Analyse des Correspondances Multiples (ACM) des coefficients budgétaires consacrés à l’alimentation. Ensuite, des analyses spécifiques de classe (ASC) permettent de compléter l’analyse factorielle en examinant le degré d’homologie structurale entre régions de l’espace social indien. Enfin, l’analyse longitudinale permet de saisir le poids de la contrainte économique en comparant l’évolution du végétarisme des ménages suivant leur rapport à la pauvreté. En parallèle, les entretiens auprès d’un échantillon diversifié de la population du nord-ouest de l’Inde mettent en lumière comment les jugements de caste sont en partie liés à la position économique. L’articulation des deux matériaux – recueil exhaustif de la composition du panier alimentaire et analyse discursive des rapports sociaux – permet de souligner la saillance de la norme sociale végétarienne, mais aussi de relativiser sa portée géographique et sociale dans l’Inde contemporaine.
Get full access to this article
View all access options for this article.
