Abstract
Objectif :
La Dépression du Post-Partum (DPP) affecte plus de 15% des nouvelles mères. Son étiologie est plurifactorielle et encore partiellement méconnue. Certaines hypothèses posent l’idée d’un lien avec l’inflammation. L’objectif de cette revue est d’explorer l’existence de biomarqueurs de l’inflammation associés à la DPP. Puis sera discutée la possibilité de compléments thérapeutiques éventuels, en lien avec ces biomarqueurs.
Méthode :
La revue systématique de la littérature a été réalisée à partir de PubMed, PsycInfo et Embase. Vingt-cinq articles ont été inclus. Différents biomarqueurs ont été identifiés. Les plus étudiés sont la C-Réactive Protéine (CRP), les Interleukines 6 et 10, le Tumor Necrosis Factor-alpha et l’Interferon Gamma.
Résultats :
Alors que peu de résultats apparaissent comme significatifs aux différents temps, le dosage de certains biomarqueurs de l’inflammation, notamment la CRP, en toute fin de grossesse ou juste après l’accouchement pourrait être une piste de recherche intéressante avec une orientation prédictive de la DPP. Les interactions entre inflammation et axe corticotrope peuvent expliquer la survenue de la DPP. Des phénomènes épigénétiques pourraient conduire à un état pro-inflammatoire. Plusieurs thérapeutiques offrent des pistes intéressantes grâce à leur propriété anti-inflammatoire.
Conclusions :
Davantage d’études sont nécessaires afin d’évaluer l’intérêt de ces biomarqueurs comme facteur prédictif de la DPP et d’envisager des traitements complémentaires à l’antidépresseur. Si cet intérêt était confirmé, le dosage de marqueur de l’inflammation, notamment la CRP, pourrait aider au dépistage précoce des femmes à risque de DPP, parallèlement à la clinique. Une supplémentation en Zinc pourrait alors être proposée.
Introduction
La Dépression du Post-Partum (DPP) est relativement fréquente, affectant plus de 15% des nouvelles mères. 1 Au Canada, la prévalence des symptômes de DPP est en moyenne de 17.15% (symptômes modérés et sévères 8.46% et 8.69% respectivement), 2 avec des variations régionales, avec un taux plus élevé dans les territoires. 2,3 Il est impératif de la dépister précocement afin de mieux la traiter et en prévenir les conséquences tant pour la mère - la première cause de mortalité en période périnatale est le suicide dans les pays à niveau socio-économique élevé 4 - que pour l’enfant (difficultés dans le lien mère-enfant, 5 troubles du développement cognitif et émotionnel). 6,7
Indépendamment de la période périnatale, il semblerait que la dépression et le trouble bipolaire s’accompagnent d’une activation de voies neuro-immunes 8 avec une réponse immune périphérique qui envoie ses signaux au cerveau. Malgré le fait que les cytokines ne passent pas la barrière hémato-encéphalique, il est montré qu’elles envoient des signaux au système nerveux central via les routes humorales et neuronales.
De plus, la grossesse est un état d’immunomodulation. Après un état pro-inflammatoire précoce, les premier et deuxième trimestres sont caractérisés par un environnement anti-inflammatoire, qui peut améliorer les symptômes de certaines maladies auto-immunes. 9 Le troisième trimestre, l’accouchement et le post-partum précoce sont des états pro-inflammatoires, durant lesquels des affections telles que le lupus, les thyroïdites auto-immunes peuvent décompenser. 10 Après l’accouchement, il existe un équilibre nécessaire entre facteurs pro- et anti-inflammatoires.
L’étiologie de la DPP est encore mal connue et plurifactorielle. La dépression prénatale est le facteur de risque le plus important d’une DPP. 11 Plusieurs comorbidités, telles que la pré-éclampsie, l’accouchement prématuré ou le diabète gestationnel, sont associées à l’inflammation, et sont décrites comme des facteurs de DPP. 12,13
Tous ces éléments posent l’hypothèse d’une voie physiologique explicative qui aurait en commun les mécanismes inflammatoires.
L’objectif de cette revue est d’explorer l’existence de biomarqueurs de l’inflammation prédictifs de la DPP et de potentiels traitements utilisant une action modulatrice de l’inflammation.
Méthode
La recherche de littérature a été réalisée via PubMed, Embase et PsycInfo, en utilisant les termes « inflammation », « inflammatory », « biological markers », « immune markers » combinés aux termes « post partum depression », « post-natal depression ». Après élimination des doublons, 83 articles ont été trouvés. Sur ces 83 articles, 31 ont été exclus à partir du titre et résumé. Les articles explicitant uniquement le pré-partum ou l’aspect endocrinologique des troubles ont été exclus. Au total, 52 articles ont été étudiés et 25 inclus dans la revue, dont 7 sont des revues de la littérature. 10,14 –19
Résultats
Les résultats des différentes études sont présentés dans le tableau 1.
Etudes Portant Sur Les Biomarqueurs Inflammatoires et Symptômes Dépressifs Du Post-Partum.
Légende: BDI: Beck Depression Inventory; EPDS=Edinburgh Postnatal Depression Scale; KGB: Kennerley and Gath Maternity Blues Assessment Scale; HAMD: Hamilton Depression Rating Scale; LCS: liquide cérébro-spinal; MARDS: Montgomery Asberg Depression Scale; MINI = Mini International Neuropsychiatric Interview; NS: non significatif; POMS: Profile of Mood States; PSS: Perceived Stress Scale; SIGH-SAD score: Structured Interview Guide for the Hamilton Depression Rating Scale-Seasonal Affective Disorder; SIGH-ADS29: Structured Interview Guide for the Hamilton Depression Rating Scale—Atypical Depression Symptoms; ZDRS: Zung Depression Rating Scale.
C-Réactive Protéine (CRP)
Sept études recherchent une association entre CRP et DPP. 8,20 –25
Quatre études ne retrouvent pas d’association entre CRP en post-natal et symptômes dépressifs évalués au même temps: Miller et coll. (2018) à 4 semaines et 8 semaines du Post-Partum (PP) dans un échantillon de femmes avec une DPP 20 , Buglione-Corbett et coll. (2018) à 3 mois et 6 mois 21 , Simpson et coll. (2016) à 12 semaines 22 , Scrandis et coll. (2008) à 6 semaines 23 , même s’ils montrent une association entre le taux élevé de CRP juste après l’accouchement (J1 à J5) et les symptômes de dépression atypique au même temps.
Du point de vue prédictif, une étude rapporte une association significative entre taux élevé de CRP au 3ème trimestre et symptômes dépressifs à 4-6 semaines. 8 De plus, une autre publication montre que les taux de Hs-CRP (high sensibility-CRP) à J2 de l’accouchement sont positivement significativement associés à la DPP à 6 mois. 24 Après régression logistique, l’Hs-CRP apparaît comme prédicteur indépendant de DPP. Cependant, deux études ne montrent pas d’association: entre CRP à J2 et DPP à 8 et 32 semaines du post-partum 25 , entre CRP au 3ème trimestre et symptômes dépressifs à 12 semaines. 22
Interleukine-6 (IL-6)
L’IL-6 est la cytokine la plus étudiée avec des résultats qui différent. 21 –24,26 –34
Sept études ne montrent pas d’association significative entre taux d’IL-6 en post-partum et symptômes dépressifs au même temps: Buglione-Corbett et coll., (2018) 21 , Simpson et coll. (2016) 22 , Corwin et coll., (2015) 26 , Dunn et coll., (2015) 27 , Okun et coll. (2011) 28 , Scrandis et coll., (2008) 23 , Groer et Morgan, (2007) 29 .
Sept études s’intéressent aux taux d’IL-6 en prénatal ou à l’accouchement comme facteur prédictif de DPP. Une association significative est trouvée dans trois études entre taux augmenté d’IL-6 et symptômes dépressifs: Liu et coll., (2016) 24 , Boufidou et coll., (2009) 30 , Maes et coll., (2000) 31 et dans une étude avec taux diminué d’IL-6: Simpson et coll., (2016) 22 . Aucune association n’est retrouvée dans trois études: Brann et coll., (2017) 32 , Accortt et coll., (2016) 33 et Skalkidou et coll., (2009) 34 .
Interleukine-10 (IL-10)
L’IL-10 est un anti-inflammatoire et est analysée dans sept études. 22,26,27,28,32,33,35
Quatre études ne montrent pas d’association en post-natal entre IL-10 et symptômes dépressifs: Simpson et coll. (2016) 22 , Corwin et coll., (2015) 26 , Groer et Morgan, (2007) 29 , Groer et Davis, (2006) 35 . Dunn et coll., (2015) 27 rapportent une association avec le taux d’IL-10 augmenté à la semaine 1 chez les femmes ayant subi une lacération périnéale du 2e degré ou plus.
Concernant le taux d’IL-10 comme prédictif des symptômes post-nataux, les résultats sont non concordants: Brann et coll., (2017) 32 ainsi que Simpson et coll., (2016) 22 montrent une association entre taux d’IL-10 diminué en fin de grossesse et symptômes dépressifs, mais Accortt et coll., (2016) 33 ne trouvent pas d’association.
Tumor Necrosis Factor-alpha (TNFα)
Cinq études l’analysent. 21,22,26,27,30
Un taux de TNFα diminué aux différents temps serait associé aux symptômes dépressifs (Buglione et coll., 2018 21 , Corwin et coll., 2015 26 ). Dunn et coll., (2015) 27 rapportent une association significative entre le taux diminué de TNFα et les symptômes dépressifs chez les femmes ayant subi une lacération périnéale de 2ème degré ou plus.
Concernant le taux de TNFα comme facteur prédictif, Boufidou et coll., (2009) 30 montrent qu’un taux de TNFα augmenté à l’accouchement pourrait être associé aux symptômes dépressifs. Cependant, Simpson et coll., (2016) 22 ne retrouvent pas d’association avec les taux en fin de grossesse.
Interféron Gamma (IFNγ)
Il s’agit d’un facilitateur de la réponse inflammatoire. 24
Cinq études l’analysent. 26,27,29,32,35
Corwin et al., (2015) 26 et Dunn et coll., (2015) 27 ne montrent pas d’association à différents temps. Cependant, à 4-6 semaines du post-partum, un taux diminué d’IFNγ est associé à la DPP (Groer et Morgan., 2007). 29
Une association est trouvée entre le taux d’IFNγ diminué à J2 et les symptômes de dépression chez les femmes non allaitantes (Groer et Davis., 2006) 35 , alors que Brann et coll., 2017 32 ne rapportent pas d’association entre le taux au 3ème trimestre de grossesse et les symptômes dépressifs à 6-8 semaines.
STAM-BP, AXIN-1, ADA, ST1A1
Une étude analyse ces biomarqueurs. 32
STAM-Binding Protein (STAM-BP), une métalloprotéase jouant un rôle dans la régulation des cytokines, ainsi que l’axine 1 (AXIN-1), l’adenosine deaminase (ADA), la sulfotransférase 1A1 (ST1A1), marqueurs de l’immunomodulation, ont un taux sérique plus bas en fin de grossesse, chez les femmes présentant des symptômes dépressifs en post-partum, comparé au groupe contrôle. 32
L’accroissement d’une unité de STAM-BP en fin de grossesse est associée à un risque diminué de 39% d’apparition de symptômes dépressifs du post-partum. 32
Cellules T, CXCR1
Une étude considère ces cellules. 36
On peut observer une association significative entre l’augmentation du taux des Cellules T mesuré en pré (fin de grossesse) et post-natal (après l’accouchement, à sept semaines et à six mois) et les symptômes dépressifs en post-partum par l’Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS), mesurés à chaque prise de sang. 36 Après régression logistique, les Cellules T, mesurées en pré-partum apparaissent comme de forts prédicteurs de symptômes dépressifs mesurés par EPDS à sept semaines et six mois du post-partum. Cela montrerait l’immunosuppression exagérée de l’immunité cellulaire adaptative.
Une association significative est également trouvée entre la diminution trop intense du taux de Chemokine CXC Recepteur 1 (CXCR1) après l’accouchement et les symptômes dépressifs en post-partum, en lien direct avec la théorie de l’inflammation dans la dépression. 36
Discussion
Les résultats de cette revue de la littérature sont non concordants. Alors que peu de résultats apparaissent comme significatifs aux différents temps, le dosage de certains marqueurs de l’inflammation en toute fin de grossesse ou juste après l’accouchement offre une piste de recherche intéressante avec une orientation prédictive de la DPP. La CRP en est un exemple.
Notre revue de la littérature a cependant des limites, en particulier le faible nombre d’études et la possibilité de résultats négatifs non publiés. Les études utilisées ont elles-mêmes de nombreuses limites: faible nombre de sujets inclus, peu d’harmonisation des échelles utilisées, analyses portant sur les symptômes dépressifs ou un diagnostic de dépression, groupe contrôle ou non. Peu d’études tiennent compte du mode d’accouchement, des infections liées à la grossesse ou en post-partum, de l’allaitement, des dépressions prénatales, des antécédents de dépression ou de l’usage de psychotropes en pré- et post-natal. Davantage d’études sont nécessaires, prenant en compte ces facteurs, afin de déceler les biomarqueurs pertinents.
Le rôle de l’axe corticotrope dans la DPP est connu depuis longtemps. Des interactions peuvent exister entre cet axe et l’inflammation. De plus, des modifications épigénétiques, induites notamment par le stress consécutif à des évènements de vie ou les expositions environnementales, pourraient moduler le phénotype inflammatoire. Plusieurs thérapeutiques offrent des pistes intéressantes grâce à leur propriété anti-inflammatoire.
Interaction Entre l’axe Corticotrope et L’inflammation
Durant la période périnatale, il peut exister une moindre réactivité au stress de l’axe corticotrope 36,37 ce qui pourrait entrainer des symptômes dépressifs. 38 De plus, les femmes exposées à des évènements difficiles précocement sont d’autant plus à risque car ceux-ci sont associés à une réponse inflammatoire au stress exagérée et une réponse au stress du cortisol diminuée. 39 Chez certaines femmes, la DPP pourrait représenter un désordre psycho-neuro-immunologique lié à une diaphonie entre système immunitaire et axe corticotrope qui se dysrégule en période périnatale. 10 Cela découlerait d’une exagération de la réponse inflammatoire qui accompagne normalement l’accouchement, tandis que l’axe corticotrope n’est pas inhibé de manière adéquate. L’lL-6, par exemple, a une variété d’actions métaboliques et endocriniennes et interagit avec l’axe corticotrope.
Le cortisol salivaire serait un élément prédicteur de DPP. Un modèle retrouve comme significativement prédicteurs de DPP: les antécédents familiaux de troubles dépressifs, le ratio IL-8/IL-10 au jour 14 du post-partum et l’aire sous la courbe (ASC) du cortisol au 14ème jour du post-partum. 26 Une augmentation d’une unité du ratio IL-8/IL-10 et d’une unité (une heure) de l’ASC du cortisol accroit la probabilité de DPP chez les femmes en post-partum de 1,50 (p=0.06, tendance) et 2,16 (p=0.02) respectivement. Une relation a également été montrée entre l’augmentation du taux de cortisol dans le temps et l’augmentation des IL-6 et IL-10 dans les cas de DPP, mais non chez les femmes ne présentant pas de symptôme dépressif.
L’épigénétique: Une Signature Pro-Inflammatoire?
Il existerait chez toute femme un changement majeur dans l’expression des gènes du système neuro-immunitaire durant le post-partum immédiat. 40
En réponse au stress survenant de manière précoce dans la vie, les phénomènes épigénétiques imprimeraient un phénotype pro-inflammatoire marqué par des taux élevés de cytokines pro-inflammatoires, des taux diminués d’ocytocine (hormone ayant une action anti-inflammatoire) et des symptômes dépressifs liés à l’inflammation. 41 Par exemple, les adultes ayant été élevés dans des conditions socio-économiques défavorisées possèdent un phénotype pro-inflammatoire avec des forts taux d’IL-6 circulant, 39,42 –44 et une dysrégulation de gènes codant pour des facteurs de transcription associés à des cytokines inflammatoires, en comparaison aux autres. 45
Le phénotype pro-inflammatoire se retrouve également chez les personnes ayant connu des maltraitances durant l’enfance, indépendamment du statut socio-économique. 46 –49 L’expression des gènes liés aux fonctions d’immunité peut également être modifiée chez les personnes ayant vécu des traumatismes précoces. 50 L’activation excessive de ces systèmes de réponse au stress et d’élévation du taux des molécules inflammatoires prédisposent à des troubles mentaux. 50
Les données épigénétiques concernant les femmes enceintes sont rares mais certaines études suggèrent leur implication en montrant que l’exposition à des évènements de vie précoces difficiles, et donc l’acquisition probable d’un phénotype pro-inflammatoire suite à un mécanisme épigénétique, est associée à un plus fort risque de dépression prénatale. 51,52
Une étude rapporte un risque de dépression prénatale 26% plus important chez les femmes abusées sexuellement durant l’enfance ou l’adolescence en comparaison aux femmes non abusées. 53 Indépendamment des hypothèses plus psychodynamiques, et de manière complémentaire, l’inflammation pourrait être une des hypothèses physiopathologiques.
La connaissance des mécanismes épigénétiques pourrait permettre de mieux évaluer le risque de DPP en prenant en compte les évènements traumatiques passés, les critères environnementaux (tabac, pollution, alimentation…), les antécédents médicaux familiaux, et ainsi d’élucider certains mécanismes qui perpétuent à travers les générations le risque de DPP. Ceci afin de prévenir la DPP chez les femmes potentiellement concernées.
Compléments Thérapeutiques Potentiels
Toutes ces données ouvrent à de multiples potentialités thérapeutiques qui devront être mieux appréhendées ou évaluées dans les futures études.
Omega 3
Les Acides Gras Insaturés Omega 3 (n-3 AGI), précurseurs d’eicosanoides anti-inflammatoires, sont anti-inflammatoires et anti-oxydants. Les n-6 AGI sont des précurseurs d’eicosanoides pro-inflammatoires. Chez les femmes présentant une DPP, il existe des taux plus bas de n-3 AGI, ainsi qu’un ratio n-6/n-3 AGI plus élevé. Ce ratio pourrait être utilisé comme prédicteur de risque avant et après l’accouchement. 54 Néanmoins, d’autres auteurs n’ont pas pu confirmer le caractère prédictif du taux d’Omega 3, qui reste donc encore à explorer. 55,56
La supplémentation en omega-3 produirait un effet antidépresseur-like sur des rats avec des symptômes de DPP reproduits. 57 Il est aussi montré que les omega-3 réduisent les niveaux de corticostérone et de cytokines pro-inflammatoires qui sont augmentés chez les rats avec DPP induite. Ces résultats suggèrent que l’effet antidépresseur-like des omega-3 pourrait être dû à une interaction entre les systèmes neuroendocriniens de l’axe corticotrope et le système neuro-immun.
Notons que ce sont les omega-3 à longue chaine qui sont anti-inflammatoires: EPA (eicosapentanoique) et DHA (acide docosahexanoique). Les résultats suggèrent un bénéfice supérieur des oméga-3 à longue chaine par rapport aux autres dans la prévention des DPP, seuls ou en adjonction avec un autre traitement. 57
Vitamine D
La vitamine D est impliquée entre autres dans la sécrétion des cytokines inflammatoires. L’étude des effets combinés de la quantité de vitamine D en prénatal, des marqueurs inflammatoires, et de la DPP montrent que chez les femmes enceintes présentant une concentration élevée de marqueurs inflammatoires sériques durant le second trimestre, un taux plus bas de Vitamine D au premier trimestre est associé à un accroissement des symptômes dépressifs mesurés à 5 semaines du post-partum par l’EPDS. 14 Pour les femmes présentant un taux faible de Vitamine D en début de grossesse, ou bien une élévation des marqueurs inflammatoires au 2e trimestre, l’administration de Vitamine D pourrait prévenir l’apparition de symptômes dépressifs en post-natal.
Zinc
Le taux diminué de zinc durant la grossesse serait significativement associé à une augmentation du taux de CRP et à un risque plus élevé de symptômes dépressifs du post-partum. 10 L’hypothèse est donc que le zinc agit comme anti-oxydant, et anti-inflammatoire, ce qui pourrait avoir un effet antidépresseur. L’administration de zinc en prévention chez les femmes enceintes pourrait diminuer le risque de DPP chez les femmes à risque (antécédent de DPP, de troubles anxieux ou de l’humeur).
Mélatonine
Les altérations du taux de mélatonine chez les femmes présentant une dépression périnatale sont connues. 58 La mélatonine a des effets variés, en particulier anti-oxydant et anti-inflammatoire. Son effet antidépresseur est de plus en plus étudié. 31 La dysrégulation du cycle circadien dans la DPP pourrait être améliorée par ce traitement.
Shen-Qi-Jie-Yu-Fang
Shen-Qi-Jie-Yu-Fang est une substance utilisée dans la médecine chinoise, composée de 8 herbes médicinales. L’étude de Li et coll., 2016 montre, sur des rats avec un modèle de DPP, une amélioration des symptômes avec l’utilisation simultanée de la plante et de la fluoxétine. 59 La fluoxétine seule ne montre pas d’amélioration aussi importante. De plus, les taux d’IL-1β, d’IL-6 sont diminués par l’apport de la plante et de la fluoxétine, et les cellules CD4+, CD25 + et T régulatrices sont augmentées par la plante et la fluoxétine.
Les recherches futures pourront également explorer les variants génétiques et épigénétiques, en particulier ceux codant pour les acides gras qui semblent prédisposer à la dépression inflammatoire. Elles devront aussi étendre leur recrutement à une plus large population, prenant en compte les antécédents de troubles thymiques, les paramètres socio-économiques, les complications de la grossesse. Cela facilitera la compréhension du rôle de l’inflammation et de la dysrégulation immunitaire dans l’étiologie de la dépression périnatale.
Conclusions
Cette revue de la littérature montre qu’en prenant en compte l’inflammation et la dysrégulation immunitaire en plus des autres facteurs de risque tels que les antécédents de troubles thymiques, ainsi que le dysfonctionnement de l’axe corticotrope, une identification plus précoce des femmes à risque de DPP serait potentiellement possible. La CRP offre une piste de recherche intéressante, notamment du fait de la facilité et la fréquence de son dosage dans la pratique quotidienne. Si cet intérêt était confirmé, il serait possible de proposer un dosage de CRP à toutes les femmes, et plus particulièrement celles à risque de DPP (antécédents personnels ou familiaux de DPP, de troubles de l’humeur, d’évènements de vie difficiles précoces) au troisième trimestre et/ou en post-partum précoce. Après confirmation des pistes thérapeutiques, l’administration systématique de Zinc en prévention chez les femmes enceintes pourrait être proposée.
Le diagnostic de la DPP reste avant tout clinique, et il est nécessaire de dépister les signes de dépression en prénatal comme en post-natal chez toutes les femmes. Le traitement de référence de la DPP caractérisée, notamment d’intensité sévère, avec risque suicidaire, ainsi que des dépressions récurrentes, reste l’antidépresseur. La prise en compte des facteurs inflammatoires dans la DPP pourrait permettre d’ouvrir à des actes de prévention plus efficaces et un traitement plus adéquat, chez les femmes à risque ou en complément d’un antidépresseur, afin de préserver le mieux possible la relation mère/enfant et la santé mentale maternelle.
Footnotes
Declaration of Conflicting Interests
The author(s) declared no potential conflicts of interest with respect to the research, authorship, and/or publication of this article.
Funding
The author(s) received no financial support for the research, authorship, and/or publication of this article.
