Abstract
L'approche de divers systèmes signifiants à l'aide d'un modèle sémio tique élaboré, en principe, à partir du langage déllotatif de la communica tion, pose le problème de la formalisation de certains aspects des systèmes signifiants qui ne correspondent pas aux structures saisissables par le modèle linguistique usuel. C'est à ce stade de la recherche que la sémiologie, suivant la démarche de la philosophie la plus traditionnelle, introduit la distinction norme-anomalie, en considérant comme déviatoire tout ce qui échappe aux grilles de la linguistique dénotative.
Or, le concept d'anomalie, s'il insiste clairement sur la différence entre une certaine structure signifiante et une autre considérée comme " normale ", présente plusieurs désavantages que la pratique quotidienne des sémiologues ne cesse de dénoncer. Ainsi, la distinction norme-anomalie permet difficile ment une description non-réductrice des structures dites " déviatoires ". D'autre part, cette distinction pose le problème des critères qui fonderaient une structure comme normale et une autre comme déviatoire (donc le problème du point de départ et de l'orientation de la recherche même).
A cette discussion, dont l'importance est capitale pour la constitution d'une sémiologie générale, et pour toute science sociale, les recherches sur les systèmes signifiaiits dits " artistiques " (la littérature, la peinture, le ciné ma, etc.) peuvent apporter beaucoup. Il s'agit en effet, dans ces systèmes signi fiants, d'un langage dit " poétique " dont les structures échappent d'emblée à celles du langage considéré comme principalement dénotatif et sur lequel le modèle sémiologique est généralement construit. De sorte que, dans l'étude du langage poétique, le problème norme-anomalie est posé, pour ainsi dire, à son niveau de base : au niveau de la matière linguistique elle-même, là où se différencient dans le tissu même du langage, la " norme " et " l'anomalie ".
Vu plus généralement, le problème est le suivant :
Est-ce qu'un modèle sémiotique général, englobant tous les systèmes signifiants, est possible ? Un modèle dont les différents niveaux, correspondant aux différents systèmes sémiotiques, peuvent s'intégrer dans une totalité axio matisable, sans s'exclure comme " anonialies" l'un par rapport à l'autre ?
Si oui, à partir de la formalisation de quel corpus linguistique ce modèle général est-il possible ?
Et comment intégrer dans ce modèle sémiotique général, les particu larités considérées aujourd'hui comme déviatoires?
Le texte de Gérard Genette ouvre un débat que les efforts de sémiolo gues — logiciens, mathématiciens, psycholinguistes, sociologues, etc. — devraient alimenter. (Note de la Rédaction.)
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