André Gide, Voyage au Congo (Paris: Gallimard , 1927);
2.
Le Retour du Tchad (Paris: Gallimard , 1928).
3.
Réédités conjointement dans la collection Idées/Gallimard, Paris1981, pp. 496, 2e éd., qui nous sert de référence.
4.
Rappelons que le journal de Marc Allégret a été réédité sous le titre Carnets du Congo. Voyage avec Gide (Paris: Presses du CNRS, 1987, pp. 297).
5.
Op. cit., 17; idem, 60, à propos de l'émotion ressentie dans un village: 'village si beau, si étrange qu'il nous semblait trouver ici la raison de notre voyage, entrer au coeur du sujet'.
6.
p. 18. Il en ira de même par la suite, à deux reprises: 'les vieux demeurent farouches; accroupis à la manière de macaques' (p. 67); les hommes 's'empressant à votre arrivée, à la nuit déjà close, avec des manifestations de cannibales' (p. 167).
7.
Dès son retour en France, Gide dénoncera dans les colonnes du Figaro ces faits scandaleux et cette collusion entre l'Administration et la Compagnie forestière. Cette dénonciation (pp. 98-101, et Appendice pp. 449-473) aura alors, du fait de la notoriété de l'écrivain, un grand retentissement.
8.
Bien plus tard, un autre chef refusera de vendre de la nourriture et le jugement sera le même. Le chef sera qualifié de 'vieux birbe à l'air abruti', de mauvais chef 'qui n'a aucune autorité (p. 311). Un garde explique alors que le chef n'ose demander aux habitants de fournir du mil. Ici encore, aucune interrogation sur ce comportement, sur la gêne que procurera, pour les habitants, la cession de mil, quand bien même elle serait généreusement payée. Un jugement moral à l'emporte-pièce évacue toute interrogation sur la nature de l'échange.
9.
p. 112. Cette 'stupidité' surprendra encore A. Gide: 'Certains figurants [du film que tourne Marc Allégret] se découvrent stupides dès qu'on les sort de leur routine' (p. 345).
10.
Même explication raciste à propos des habitants de Fort-Archambault. Gide explique: 'Au contact de l'Islam, ce peuple s'exalte et se spiritualise. La religion chrétienne, dont ils ne prennent trop souvent que la peur de l'enfer et la superstition, en fait trop souvent des pleutres et des sournois', et il ajoute en note: 'je me garde de généraliser, et ce que je dis ici n'est, en tout cas, vrai que pour certaines races' (p. 200).
11.
p. 445. C'est nous qui soulignons. Même remarque à propos des habitants de Tibati, qui n'est pourtant qu'une minuscule bourgade où la présence des blancs est bien faible: 'les indigènes de Tibati sont plus insaisissables, inapprochables que jamais [...] d'ailleurs ces gens de la ville sont corrompus - je veux dire moins naïfs et partant moins intéressants que ceux de la brousse' (p. 429). Aveu remarquable! L'Autre n'est intéressant que par sa naïveté!
12.
pp. 136 et 148. Il s'agit d'une lémurien perodictus potto.
13.
Le rapport que Gide noue avec le petit animal est progressivement constitué comme le modèle de la relation que le Blanc juste doit entretenir avec l'Africain, et plus généralement que la métropole doit avoir avec la colonie.
Après ce voyage, Marcel Gnaule publiera en 1938 Masques dogons et en 1948 Dieu d'eau, ouvrages qui font autorité sur la pensée dogon.
16.
Voir pour la description de la scène, pp. 102-104.
17.
p. 105, 7 sept 1931. Le 14 nov 1931, il notera laconiquement: 'Les rapts continuent' (p. 157).
18.
p. 157. En Abyssinie, l'équipe enlèvera des peintures des églises et les remplacera par des copies repeintes sur place (p. 140), ce qui conduira à un affrontement violent avec un chef religieux (pp. 448-450).
19.
La même remarque est faite tout au long du voyage: p. 189, p. 255.
20.
Journey with maps (Londres: William Heinemann Ltd., 1936). Nos citations renvoient à l'édition Penguin Books Ltd., Londres, 1978.
21.
Il faudrait évoquer ici un autre voyageur, le lieutenant Curt Von Morgen, qui arrive au Cameroun en 1889 pour prendre le commandement du poste de Yaoundé, laissé vacant par la mort de son fondateur, le lieutenant Tapenbeck. Les circonstances conduisent Von Morgen à reconnaître, lors d'un premier voyage, les zones limitrophes du fleuve Sanaga, puis, lors d'un second voyage, à pousser jusqu'au Nord pour faire la jonction avec les zones déjà explorées du fleuve Bénoué (27 sept. 1889 - 11 mars 1891). Il publie en 1893 le récit de ses expéditions sous le titre: A travers le Cameroun du Sud au Nord. Voyage et exploration dans l'arrière pays de 1889 à 1891 (Leipzig: F. A. Bruklans, 1893). Le texte en français a été réédité par Philippe Laburthe-Tolra, Archives d'histoire et de sociologie de l'Université Fédérale du Cameroun, Yaoundé, 1972.
22.
Les observations, le comportement de Von Morgen sont évidemment commandés par le sens de sa mission, qui est de faciliter la conquête et la maîtrise du Cameroun par les troupes allemandes. C'est ainsi qu'ayant ordonné l'exécution sommaire d'un homme fait prisonnier après une attaque il commente: 'je dus me répéter que c'étaient les indigènes eux-mêmes qui m'avaient poussé à agir ainsi; c'était de la légitime défense, et aussi de la prudence, que de profiter une bonne fois de cette excellente occasion pour soumettre tout le pays, et pour montrer qui des deux à l'avenir serait le plus fort. C'est qu'en Afrique aussi, il faut savoir souvent ensemencer avec le sang' (p. 75). Cependant, et en dépit de l'orientation très particulière et fonctionnelle de son regard, Von Morgen développe un certain nombre d'appréciations que nous retrouvons chez les 'intellectuels voyageurs' de la première moitié du XXe siècle. Le nègre est ainsi conçu dans A travers le Cameroun comme un grand enfant, insensible à la douleur (voir sur ce point les réflexions en tous points identiques de Marc Allégret), un être inconscient, 'à la mémoire faiblement développée', un être qui vit dans l'instant et qui, au contact de l'occidental, se corrompt et devient arrogant: 'Le Nègre est encore un enfant; et ce n'est pas à lui qu'il faut imputer ses excès, mais à son éducation et à ses éducateurs [...] L'unique coupable, ce n'est pas lui, c'est l'Européen [...] Dès que le Nègre se trouve bien traité, il devient arrogant et ne sait plus respecter les bornes' (p. 187).
23.
Gide, par exemple, s'il s'intéresse à la musique et aux danses indigènes (mais le sens du rythme, comme chacun le sait depuis Gobineau, est une qualité proprement africaine) n'est absolument pas curieux des histoires, récits et légendes que l'homme noir se raconte. L'écrivain ne manque pas, en revanche, de longuement confier, dans ses carnets, ses impressions sur Shakespeare et autres auteurs européens.