Abstract
In 2008 and 2018, the International Social Survey Programme (ISSP) asked respondents from 44 countries if they self-identify as ‘I don’t follow a religion, but consider myself to be a spiritual person interested in the sacred or the supernatural’ (Spiritual But Not Religious, SBNR). This paper compares issue positions on same-sex relations and gender roles between SBNR respondents and religiously active, marginally affiliated and nonreligious and nonspiritual respondents. Previous studies show that more religious individuals tend to hold more right-leaning stances on many sociopolitical issues, due to more conservative religious and political socialization as well as influences from surrounding social environments. However, these previous studies have not looked at the potentially distinct category of SBNR. Our study finds that progressive attitudes extend to both the SBNR and the nonreligious and nonspiritual, the attitudes among respondents of both these categories being very similar when it comes to same-sex relations and gender roles.
Introduction
La religiosité a souvent un impact majeur sur plusieurs attitudes, choix et pratiques qui façonnent la vie sociale et politique des individus. Facteur souvent primordial dans les choix de formation de famille (Baudin, 2015 ; Liefbroer et Rijken, 2019 ; Peri-Rotem, 2016 ; Sigalow et al., 2012), l’engagement civique (Beyerlein et Hipp, 2006 ; Borgonovi, 2008 ; Cnaan, 2002 ; Johnston, 2013 ; Lim et MacGregor, 2012), le choix de vote politique (Raymond, 2011 ; Van der Brug et al., 2009 ; Wilkins-Laflamme, 2016a) et le positionnement quant à plusieurs phénomènes sociopolitiques (Adkins et al., 2013 ; Nicolet et Tresch, 2009 ; O’Neill, 2001 ; Putnam et Campbell, 2010 ; Zuckerman et al., 2016), le niveau de religiosité et les valeurs religieuses des individus sont des variables cruciales à considérer dans l’étude de ces phénomènes. Néanmoins, un grand nombre de nations vivent un changement profond de leur paysage religieux. À divers moments au cours des 20e et 21e siècles, les populations de nombreux pays se sont transformées. Passant de majorités autrefois impliquées dans une ou quelques religions instituées, des parts importantes d’individus sont maintenant retirées de toutes formes de religiosité ou pratiquent des spiritualités moins conventionnelles non liées à des groupes religieux (Houtman et Aupers, 2007 ; Voas, 2009 ; Wilkins-Laflamme, 2022).
Ces derniers, souvent nommés les Spirituels Mais Non Religieux (SMNR), forment une catégorie en croissance au sein de plusieurs populations en Occident, en Amérique latine et en Asie de l’Est notamment (Steensland et al., 2022). Toutefois, on en connait peu quant à l’impact qu’a cette catégorie grandissante de SMNR sur les autres aspects de la vie sociale et politique. Dans quelle mesure les individus SMNR sont-ils distincts quant à leurs attitudes et pratiques sociopolitiques des individus religieux ainsi que des individus non religieux ni spirituels ? Et pourquoi ? Le but de notre étude est d’examiner les attitudes des SMNR en ce qui concerne les relations homosexuelles et les rôles de genre, deux séries de phénomènes pour lesquels plusieurs études précédentes ont démontré des différences notables entre les attitudes des individus religieux et non religieux (Adkins et al., 2013 ; O’Neill, 2001 ; Putnam et Campbell, 2010 ; Zuckerman et al., 2016), mais qui n’ont, à ce jour, pas encore analysé la catégorie distincte des SMNR. En employant les données quantitatives internationales des modules de religion de 2008 et de 2018 de l’International Social Survey Programme (ISSP), nous ouvrons la porte à un programme de recherche plus large qui vise à déterminer l’importance de la transition spirituelle pour la vie sociale et politique contemporaine.
Contexte
Le lien de longue date entre la religiosité et le conservatisme politique est présent dans la plupart des démocraties libérales. Une part importante des individus caractérisés par un niveau de religiosité élevé ont tendance à adopter des attitudes et des choix politiques plus conservateurs (Adkins et al., 2013 ; Putnam et Campbell, 2010 ; Raymond, 2011). La socialisation et l’environnement social dans lequel les individus se retrouvent sont essentiels pour comprendre ce lien. Ceux et celles qui sont actifs au sein d’un groupe religieux lors de leur enfance et en tant qu’adulte ont plus de chances d’être exposé de manière régulière à des valeurs conservatrices. Cela peut se dérouler au sein de leur congrégation ou groupe religieux, au sein de leur famille (habituellement plus religieuse), au sein des écoles, collèges et universités confessionnels auxquels l’individu a plus de chances d’assister et au sein de leur réseau social caractérisé plus souvent par des ami(e)s et des connaissances qui partagent leurs mêmes identités et croyances religieuses (Nicolet et Tresch, 2009 ; O’Neill, 2001 ; Van der Brug et al., 2009).
Bien sûr, ce n’est pas tous les groupes religieux institués qui possèdent des valeurs et enseignements plus conservateurs au sujet de la sexualité, des droits reproductifs, des valeurs familiales, des rôles de genre et des rôles et responsabilités de l’État en société. Néanmoins, en moyenne, ces valeurs et enseignements conservateurs se retrouvent plus souvent parmi un plus grand nombre de groupes religieux institués que parmi le reste de l’ensemble de la culture des sociétés occidentales et non occidentales aujourd’hui. Une part importante des valeurs et enseignements traditionnels des plus grandes religions du monde, incluant le christianisme et l’islam, portent notamment sur la sexualité (l’hétérosexualité), la formation de famille (mariage et procréation à bas âges ; interdiction de l’avortement et du divorce) et les rôles de genre (rôle traditionnel de la femme à la maison qui s’occupe de la famille). Ces valeurs et enseignements sont souvent considérés comme cruciaux afin d’assurer la transmission, la reproduction et la propagation de leurs croyances, pratiques et visions du monde aux générations futures (Lehrer, 1996).
Toutefois, une transformation sociétale d’envergure est présentement en marche. Le déclin de la religiosité instituée, qui touche un grand nombre de populations à travers plusieurs régions du monde (Voas et Chaves, 2016 ; Wilkins-Laflamme, 2022 ; Zuckerman et al., 2016), affecte ce lien entre la religiosité et les valeurs conservatrices des individus. Les indicateurs de religiosité comme l’affiliation religieuse, l’assistance aux services religieux et la prière sont en déclin notamment parmi les plus jeunes générations. Ce déclin s’est accompagné d’une croissance parallèle des valeurs plus progressistes dans de nombreuses sociétés.
Une part non négligeable du déclin religieux est en fait un déplacement vers des identités et pratiques spirituelles moins conventionnelles. En Suisse par exemple, selon l’ISSP de 2018, c’est 75 % des répondants nés dans les années 1930 qui affirment être fidèle à une religion, alors que seulement 6 % disent ne pas être adepte d’une religion, tout en se considérant des personnes spirituelles, et 12 % se disent non religieux ni spirituels. Parmi les répondants nés six décennies plus tard dans les années 1990, le taux d’individus qui ne suivent pas de religion, mais qui se considèrent comme étant des personnes spirituelles s’élève à 24 % alors que le taux d’individus non religieux ni spirituels s’élève à 31 %.
Lorsqu’on déplace le regard hors de l’Occident, au Chili par exemple, c’est 23 % des répondants à l’ISSP de 2018 nés dans les années 1930 qui se disent SMNR, alors que seulement 3 % affirment être non religieux ni spirituels. Toutefois, parmi les répondants chiliens nés dans les années 1990, 35 % sont SMNR et 13 % sont non religieux ni spirituels.
Qui sont les SMNR et comment les distingue-t-on des individus religieux et des individus non religieux ni spirituels ? Plus largement, la spiritualité réfère souvent à un cheminement personnel caractérisé par des pratiques et croyances invoquant des puissances et phénomènes s’élevant au-delà de la réalité quotidienne (Ammerman, 2020). Bien qu’il n’existe guère de distinction universelle entre le religieux et le spirituel, bon nombre d’individus et de chercheurs emploient les deux concepts différemment afin de caractériser certaines croyances, pratiques et expériences (Ammerman, 2014 ; Kucinskas et Stewart, 2022). D’un côté, le religieux renvoi aux groupes et traditions institués ainsi qu’aux pratiques religieuses qu’y sont rattachées. De l’autre côté, les identités, pratiques et croyances spirituelles sont souvent considérées extérieur au religieux conventionnel. Le Spirituel Mais Non Religieux (SMNR) est devenu un concept utilisé pour décrire les individus qui s’intéressent aux questions spirituelles, mais qui choisissent de les poursuivre hors de la religion instituée (Ammerman, 2014 ; Drescher, 2016 ; Fuller, 2001 ; Heelas et Woodhead, 2005 ; Roof, 1999 ; Wuthnow, 1998). Le terme « spirituel » fait référence à un bricolage individuel de diverses croyances et pratiques, souvent centrées sur une vision holistique d’un monde, d’un univers et d’énergies interconnectés, et sur le transcendant. Le tout peut être éprouvé par le corps et le soi lorsqu’un niveau de conscience élevé est atteint. Le terme « religieux » est plutôt associé à l’appartenance et aux comportements liés à une institution religieuse ou à un groupe religieux organisé.
Cette distinction conceptuelle entre le religieux et le spirituel s’est affinée en particulier lorsque de nombreux chercheurs ont commencé à soutenir, à partir des années 1990, que ce qui définit le religieux occidental d’aujourd’hui n’est pas tant son déclin, mais plutôt sa transformation vers des formes de spiritualités plus personnalisées et individualisées, également connues sous le terme de « self-spiritualities » (Ammerman, 2014 ; Aupers et Houtman, 2010 ; Davie, 1994 ; Drescher, 2016 ; Fuller, 2001 ; Heelas et Woodhead, 2005 ; Watts, 2022). La religion instituée est en déclin au sein des cohortes les plus jeunes en Occident, mais la religion conçue de manière plus large prospère néanmoins sous de nouvelles formes individualisées et spiritualisées au sein de certaines populations. Face à la dynamique aliénante du capitalisme néolibéral et de l’individualisme extrême de la modernité avancée, les individus se tourneraient vers de nouvelles formes de spiritualités qui sacralisent le soi et fournissent de nouvelles sources de réconfort, de bien-être et de sens à l’ère moderne. Bien que ces spiritualités soient souvent centrées sur l’individu, Steensland et al. (2022) montrent également que celles-ci sont influencées par le social « […] enracinée dans la pratique sociale et l’incarnation physique, et orientée vers l’action pragmatique. La spiritualité ne flotte pas au-dessus des relations de pouvoir humaines ; elle est également contestée, encadrée stratégiquement et façonnée par les forces institutionnelles » (Steensland et al., 2022 : 4 ; traduction de l’anglais par la présente auteure). De plus en plus d’individus s’appuieraient sur un certain nombre de constructions identitaires, de croyances, de rituels et de pratiques provenant d’une variété de sources. Certaines de ces sources peuvent être liées à des groupes religieux alors que d’autres non. Il arrive que des individus, par eux-mêmes ou avec le soutien de réseaux et de communautés qui partageant les mêmes visions du monde, construisent et maintiennent leurs propres systèmes de foi personnalisés au sein de leurs environnements sociaux (Hervieu-Léger, 1999 ; Steensland et al., 2022).
Luckmann (1967) qualifie ce phénomène de « religion invisible », Heelas et Woodhead (2005) de « révolution spirituelle » et Watts (2022) de « religion du cœur ». Houtman et Aupers (2007) affirment que leurs résultats transnationaux en Europe fournissent des preuves d’une montée en puissance des types de spiritualités post-chrétiennes, et « […] confirment la théorie de la détraditionalisation, selon laquelle un affaiblissement de l’emprise de la tradition sur les individus stimule un virage spirituel vers les couches plus profondes du soi » (Houtman et Aupers, 2007 : 305 ; traduction de l’anglais par la présente auteure). Bien que cette forme de « self-spirituality » soit également courante chez plusieurs membres actifs de groupes religieux, et qu’elle façonne ces groupes de manières nouvelles (Reimer, 2023), on la trouve aussi couramment en dehors des traditions religieuses conventionnelles.
Sa nature éclectique signifie que les chercheurs doivent constamment réfléchir aux termes à employer pour désigner ce phénomène et à la manière de les définir. À l’origine, les spiritualités distinctes des religions conventionnelles faisaient généralement référence à différents aspects des religions orientales, aux rituels païens et aux modes de vie traditionnels autochtones. Certains membres de la génération boomer (en particulier les blancs de la classe moyenne) ont importés, se sont appropriés et ont popularisés ces pratiques et croyances au sein des cultures occidentales, notamment dans le cadre du mouvement de contre-culture hippie des années 1960 et 1970. À ce titre, il est notamment question du New Age (énergies, thérapies de guérison alternatives, environnementalisme spirituel, holisme, etc.), de l’astrologie, du yoga, de la méditation, des activités de pleine conscience, etc. Néanmoins, le concept de spiritualité, distinct de la religion, est conçu aujourd’hui de manière plus large. La plupart des chercheurs s’entendent sur le fait qu’il existe des éléments communs aux démarches spirituelles, voire qu’il y aurait une doctrine largement partagée entre ces spiritualités. Il s’agit notamment de la recherche d’un soi « authentique », de la valorisation de l’authenticité personnelle par rapport à la conformité aux normes et autorités religieuses externes, et du déplacement du sacré de l’extérieur et du transcendant vers l’intérieur et l’immanent (Aupers et Houtman, 2010 ; Taylor, 1991, 2007).
La spiritualité peut fournir une identité alternative nouvelle, distincte de la religion institutionnelle et de l’identité strictement séculière. Toutefois, il est important de noter que certaines personnes qui s’identifient comme SMNR au sein d’enquêtes peuvent en fait être classées comme ayant une religiosité conventionnelle lorsqu’on examine leur score sur d’autres indicateurs de religiosité. Par exemple, 11 % des répondants américains de 18 à 35 ans affirmant qu’ils ne sont pas adeptes d’une religion, mais se considèrent comme des personnes spirituelles dans l’ISSP de 2018 indiquent également qu’ils assistent à des services religieux au moins une fois par mois. On estime que c’est 21 % des jeunes adultes américains qui s’identifient comme personnes spirituelles et qui n’assistent à des services religieux que moins fréquemment. Ces derniers peuvent donc être considérés comme de véritables SMNR selon la définition savante du concept. Des études menées en Europe et aux États-Unis ont révélé que les SMNR sont en moyenne plus instruits et plus jeunes que la population générale (Lipka et Gecewicz, 2017 ; Trzebiatowska et Bruce, 2012). Aux États-Unis, les progressistes politiques et les minorités raciales sont plus susceptibles de déclarer des pratiques spirituelles plutôt que religieuses (Kucinskas et Stewart, 2022). Dans l’ISSP de 2008 et de 2018, plusieurs des pays (mais pas tous) sont caractérisés par des taux plus élevés de femmes parmi la catégorie SMNR. Par exemple, 61 % des SMNR en France et en Suisse sont des femmes (voir le tableau A.5 dans les documents complémentaires en ligne pour ces taux pour chaque pays de l’ISSP).
Certains chercheurs considèrent l’expansion de la spiritualisation individualisée comme un tremplin vers une plus grande sécularisation (Bruce, 2017 ; Pollack et Pickel, 2007 ; Voas, 2009 ; Voas et Chaves, 2016 ; Voas et Crockett, 2005). Ces chercheurs considèrent l’individualisation de la spiritualité comme une étape ultérieure du processus de transition séculière, par laquelle les individus qui ont reçu une certaine socialisation religieuse au cours de leur enfance conservent certains vestiges du religieux à l’âge adulte sous la forme de spiritualités moins conventionnelles. Ces SMNR seraient toutefois moins susceptibles de transmettre cette spiritualité à la génération suivante notamment lorsqu’ils se retrouvent au sein d’environnements sociaux plus sécularisés. Par conséquent, les personnes SMNR seraient celles qui ont été socialisé en accordant de l’importance aux questions de transcendance, même si elles ne sont plus activement impliquées dans un groupe religieux à l’âge adulte. Les SMNR seraient également plus susceptibles d’avoir été socialisé au sein d’environnements familiaux et communautaires où la religion était présente. Dans la plupart des pays inclus dans l’ISSP de 2008 et de 2018, les répondants de la catégorie SMNR possèdent en moyenne des taux plus élevés de socialisation religieuse (ont assisté aux services religieux au moins une fois par mois lors de leur enfance) que les répondants non religieux ni spirituels (voir les résultats du tableau A.2 dans les documents complémentaires en ligne). Il pourrait donc encore y avoir certaines valeurs apprises et intériorisées lors de l’enfance en ce qui concerne les rôles traditionnels de genre ainsi que les relations homosexuelles.
Question de recherche et hypothèses
Même avec le déclin de la religion instituée au sein des populations générales de nombreux pays, nous savons que les différences d’attitudes quant aux questions sociopolitiques entre les individus qui sont plus activement religieux et ceux qui ne le sont pas persistent (Wilkins-Laflamme, 2016b). Dans la plupart des régions où la sécularisation est relativement avancée, les positions plus conservatrices sont maintenant défendues par une part moins importante de la population. Or, l’écart entre les individus religieux et non religieux sur ces questions demeure en raison des mécanismes de groupes, de valeurs et de réseaux religieux évoqués précédemment. Ce que nous ne savons pas encore, c’est le rôle que jouent les individus SMNR lorsqu’il s’agit des positions sociopolitiques. Les SMNR sont-ils plus près des religieux ou plus près des non religieux ni spirituels lorsqu’il s’agit de leurs attitudes envers des questions portant sur les relations homosexuelles et les rôles de genre ? Plus encore, se puisse-t-il qu’ils s’en distinguent complètement ?
Une première hypothèse affirmerait que c’est surtout l’exposition régulière en tant qu’adulte aux valeurs et aux enseignements trouvés au sein des groupes et de réseaux religieux qui influence en premier lieu les attitudes des personnes envers les questions sociopolitiques. Donc, sans une telle exposition, les SMNR ressembleraient surtout aux individus non religieux ni spirituels dans leurs attitudes plus progressistes :
H1 (mécanisme des groupes et réseaux religieux) : sans l’exposition régulière aux valeurs et enseignements socialement plus conservateurs provenant des groupes et réseaux religieux, les SMNR auront des attitudes plus progressistes envers les relations homosexuelles et les rôles de genre, se rapprochant ainsi de celles des individus non religieux ni spirituels.
Or, l’hypothèse inverse pourrait être invoquée. Puisque les SMNR sont plus susceptibles d’avoir été socialisés religieusement lors de leur enfance par rapport aux individus non religieux ni spirituels, et cela même si les SMNR ne sont plus activement religieux à l’âge adulte, il est possible qu’ils aient conservé certains éléments de cette socialisation religieuse, notamment sous la forme de valeurs plus conservatrices. Le taux plus élevé de socialisation religieuse primaire des SMNR peut également signifier que leurs ami(e)s, les membres de leur famille et leurs connaissances soient également plus susceptibles d’être plus religieux tout en continuant de renforcer certaines valeurs conservatrices :
H2 (mécanisme de la socialisation religieuse) : les SMNR auront en moyenne des attitudes plus conservatrices en lien avec les relations homosexuelles et les rôles de genre que les individus non religieux ni spirituels, en raison d’une socialisation religieuse plus importante lors de leur enfance, même si les SMNR ne sont pas aussi conservateurs que les individus plus religieux en raison d’un moindre renforcement des valeurs religieuses par les groupes religieux dans la vie adulte des SMNR.
Enfin, une autre hypothèse alternative et contrastée sera testée. L’influence de la contre-culture des années 1960-1970 sur les SMNR, ainsi que la grande importance accordée à l’épanouissement et au bien-être de l’individu que l’on retrouve dans la plupart des traditions SMNR, pourraient conduire à des attitudes encore plus progressistes sur les questions sociopolitiques comparativement aux individus plus religieux et aux individus non religieux ni spirituels. La quête personnelle de sens et le retour à un état naturel authentique de l’être sont des objectifs prisés par beaucoup de SMNR, et pourraient donc faire décliner dans une plus grande mesure les vues traditionnelles relatives aux relations sexuelles et des rôles de genre.
H3 (mécanisme d’authenticité individuelle) : Les SMNR auront des attitudes plus progressistes en lien avec les relations homosexuelles et les rôles de genre comparativement aux individus religieux ainsi qu’aux individus non religieux ni spirituels, en raison d’une plus grande insistance des enseignements des SMNR sur l’authenticité, le bien-être et la réalisation individuelle.
Données, mesure des SMNR et modèles statistiques
La plupart des sondages, lorsqu’ils incluent des mesures de religiosité, n’incluent que les mesures plus traditionnelles liées à l’identité, la pratique et les croyances chrétiennes ou quasi chrétiennes (telles l’appartenance religieuse, la fréquence de la participation aux services religieux, la croyance en Dieu et la fréquence de la prière). C’est notamment le cas pour la plupart des enquêtes quantitatives internationales à grande échelle en sciences sociales, qu’elles soient menées en Europe ou ailleurs. Certains de ces sondages internationaux contiennent quelques questions spécifiques portant sur les croyances et pratiques SMNR. Il peut notamment être question d’astrologie, de divination et de porte-bonheurs. Ces mesures sont toutefois trop étroites pour les besoins de notre étude puisque nous envisageons plutôt à identifier l’ensemble, ou la plupart, des individus ayant quelconque orientation SMNR.
L’ISSP est l’une des rares enquêtes internationales à avoir introduit une question SMNR dans son module de religion de 2008, puis à l’avoir répétée en 2018. L’ISSP compte actuellement 44 équipes de recherche d’États membres, dont plusieurs gèrent une enquête annuelle de l’ISSP avec un questionnaire commun dans leurs pays respectifs, et avec des échantillons probabilistes d’adultes dont la taille varie en 2018 entre 953 (France) et 2 350 (Suisse) répondants par pays. Le questionnaire de l’enquête annuelle de l’ISSP est administré en personne, par courrier ou en ligne dans la langue nationale officielle choisie par le répondant. 1 Quarante-quatre pays du monde entier ont été inclus au total dans les modules de religion de l’ISSP 2008 ou 2018 (lorsque le même pays était inclus à la fois en 2008 et en 2018, seules ses données de 2018 ont été employées dans les tableaux 1 et A.1-A.13). 2
En 2008 et 2018, le questionnaire ISSP contenait la question SMNR suivante : « Qu’est-ce qui vous décrit le mieux ? a) Je suis fidèle à une religion et me considère aussi comme une personne spirituelle, intéressée par le sacré et le surnaturel ; b) Je suis fidèle à une religion, mais je ne me considère pas comme une personne spirituelle, intéressée par le sacré et le surnaturel ; c) Je ne suis pas adepte d’une religion, mais je me considère comme une personne spirituelle, intéressée par le sacré et le surnaturel ; d) Je ne suis pas adepte d’une religion et je ne me considère pas comme une personne spirituelle, intéressée par le sacré et le surnaturel ; e) Ne peut pas dire ». Cette mesure porte particulièrement sur l’auto-identification du répondant comme étant fidèle à une religion (a et b), étant SMNR (c) ou étant non religieux ni spirituel (d). Bien que cette question ait certaines limites, notamment le fait que les répondants puissent définir différemment ce que signifie être SMNR, elle a néanmoins l’avantage d’identifier les répondants qui se considèrent eux-mêmes comme SMNR (réponse c). En combinaison avec la question sur la fréquence de la participation aux services religieux, également posée dans l’ISSP, afin de mieux faire la distinction entre les personnes adeptes d’une religion instituée et les personnes moins conventionnellement spirituelles, nous divisons les répondants en quatre catégories pour la principale variable indépendante de notre étude :
1) Les religieux actifs : individus qui assistent à des services religieux au moins une fois par mois.
2) Les affiliés marginaux : individus qui disent être fidèle à une religion (réponses a ou b), mais qui assistent à des services religieux moins d’une fois par mois.
3) Les SMNR : individus qui déclarent ne pas être adepte d’une religion, mais qui s’identifient comme personnes spirituelles (réponse c) tout en assistant à des services religieux moins fréquemment qu’une fois par mois.
4) Les non religieux ni spirituels : individus qui déclarent ne pas être adepte d’une religion, ne pas être des personnes spirituelles (réponse d) et assistant à des services religieux moins fréquemment qu’une fois par mois.
Le tableau 1 contient les taux pondérés de répondants pour chacune des quatre catégories (ainsi que ceux et celles qui ne pouvaient pas choisir ou qui n’ont pas répondu aux deux questions de l’enquête) pour chacun des pays inclus dans l’ISSP 2008 ou 2018 (ou régions de pays dans le cas de l’Allemagne de l’Est et de l’Allemagne de l’Ouest).
Taux (%) pour les catégories de religiosité et de spiritualité, par pays, ISSP 2008 et 2018.
Les deux variables dépendantes de notre étude sont basées sur deux questions de l’ISSP incluses dans le module religion 2008 et 2018 sur les attitudes sociopolitiques que la religiosité est connue pour influencer : 1) les relations homosexuelles : « Et s’il s’agit de relations sexuelles entre deux adultes du même sexe ? a) C’est toujours mal ; b) C’est presque toujours mal ; c) C’est mal parfois seulement ; d) Ce n’est jamais mal ; e) Ne peut pas dire » (pour les besoins de notre étude, les réponses a)-c) et e) ont été regroupées dans une catégorie et la réponse d) dans une autre catégorie pour créer une variable binaire) ; et 2) les rôles de genre : « Êtes-vous d’accord ou non avec l’affirmation suivante ? Le rôle de l’homme est de gagner l’argent du ménage, celui de la femme de s’occuper de la maison et de la famille. a) Tout à fait d’accord ; b) D’accord ; c) Ni d’accord, ni pas d’accord ; d) En désaccord ; e) Fortement en désaccord ; f) Ne peut pas dire » (pour les besoins de notre étude, les réponses a)-c) et f) ont été regroupées dans une catégorie et les réponses d)-e) dans une autre catégorie pour créer une variable binaire). Le format binaire a été choisi surtout pour permettre l’inclusion dans les analyses des répondants qui ont choisi la catégorie « Ne peut pas dire » (catégorie choisie par 8 % des répondants pour la variable sur les relations homosexuelles à travers les 44 pays, et 1 % pour la variable sur les rôles de genre, mais une catégorie non linéaire avec les autres choix de réponse). 3
Pour les modèles statistiques et les résultats ci-dessous, notre étude mesurera l’association entre les SMNR et les deux attitudes sociopolitiques dans quatre exemples de pays issus de l’ISSP 2018 : le Chili, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et les États-Unis. Il s’agit de quatre pays répartis dans différentes régions du globe, qui sont tous inclus dans l’ISSP 2018, qui présentent chacun des proportions non négligeables de personnes SMNR (allant de 17 % aux États-Unis, à 19 % en Suisse, à 27 % au Chili et à 29 % en Nouvelle-Zélande en 2018 ; voir le tableau 1), et où le christianisme sous diverses formes (principalement des traditions protestantes aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, une composition mixte protestante et catholique en Suisse, et l’Église catholique au Chili) a eu un impact important sur les contextes sociohistoriques. Ce sont également des contextes nationaux où la distinction entre religion et spiritualité telle que définie dans notre étude prend tout son sens, car il existe des formes institutionnalisées de religion auxquelles les individus peuvent constituer une identité spirituelle alternative distincte et en opposition à celles-ci.
En 2018 au moment de la collecte de données de ces quatre pays, le mariage entre personnes de même sexe était légal à travers la Nouvelle-Zélande (légalisé en 2013) et les États-Unis (légalisé en 2015), mais pas encore au Chili ni en Suisse (légalisé dans ces deux pays en 2022). Dans l’ISSP de 2018, on estime le taux de femmes adultes (18 ans et +) qui participent au marché de travail à 43 % au Chili (comparé à 68 % chez les hommes), à 64 % en Nouvelle-Zélande (comparé à 74 % chez les hommes), à 55 % en Suisse (comparé à 65 % chez les hommes) et à 61 % aux États-Unis (comparé à 67 % chez les hommes).
Une série de modèles de régressions logistiques (logit) a été exécutée pour chacun de ces quatre pays avec les mesures des relations homosexuelles et des rôles de genre comme variables dépendantes, la mesure de SMNR comme principale variable indépendante, et une série de contrôles sociodémographiques pour mieux isoler l’effet de l’auto-identification SMNR sur les attitudes sociopolitiques. Ces variables sociodémographiques de contrôle comprennent l’âge, le sexe, l’origine ethnique/le lieu de naissance, le niveau d’éducation, la situation professionnelle et les quartiles de revenu familial. L’appartenance religieuse et la fréquence de la participation aux services religieux lors de l’enfance (socialisation religieuse) ont également été ajoutées aux modèles ultérieurs afin de mesurer leurs effets en tant que variables prédictives. 4
Résultats et discussion
Les graphiques 1 et 2 présentent les probabilités prédites des modèles de régressions logistiques pour le soutien aux relations homosexuelles (graphique 1) et pour le désaccord envers les rôles traditionnels de genre (graphique 2) parmi les quatre catégories d’identification religieuse et spirituelle et dans les quatre pays étudiés, tout en contrôlant pour les variables sociodémographiques. 5

Probabilités prédites d’appuyer les relations homosexuelles, par catégories de religiosité et de spiritualité et par pays, avec intervalles de confiance de 95%.

Probabilités prédites d’appuyer les rôles de genre non traditionnels, par catégories de religiosité et de spiritualité et par pays, avec intervalles de confiance de 95%.
Attitudes envers les relations homosexuelles
Les résultats du graphique 1 démontrent que ce sont les répondants avec une religiosité active qui sont les moins susceptibles de partager les attitudes plus progressistes, avec des probabilités prédites significativement plus faibles sur le soutien aux relations homosexuelles comparativement aux SMNR et aux répondants non religieux ni spirituels dans chacun des quatre pays. Par exemple, les répondants religieusement actifs en Nouvelle-Zélande n’ont qu’une probabilité prédite de 16 % de déclarer que les relations homosexuelles ne sont pas du tout une mauvaise chose, alors que les probabilités prédites sont de 75 % chez les SMNR et de 73 % chez les non religieux ni spirituels dans le même pays. Les répondants affiliés de façon marginale se retrouvent souvent entre les religieux actifs d’une part et les SMNR ainsi que les non religieux ni spirituels d’autre part lorsqu’il s’agit de leurs probabilités prédites de soutien des relations homosexuelles, sauf au Chili où leurs probabilités prédites ressemblent à celles des religieux actifs.
Ainsi, les probabilités prédites des SMNR au soutien des relations homosexuelles sont très similaires à celles des individus non religieux ni spirituels, ce qui supporte l’hypothèse 1. Dans chacun des quatre pays, les probabilités prédites des SMNR ne sont que de quelques points de pourcentage au-dessus ou au-dessous de celles des non religieux ni spirituels. Dans chaque cas, ces différences ne sont pas statistiquement significatives. De plus, les différences statistiquement significatives avec les religieux actifs et l’absence de ces différences avec les non religieux ni spirituels pour les probabilités prédites des SMNR de soutenir les relations homosexuelles demeurent même une fois que nous contrôlons pour la socialisation religieuse lors de l’enfance (voir les modèles 3 des tableaux A.6 à A.9 dans les documents supplémentaires en ligne). Il semblerait donc que le fait d’être actif au sein d’un groupe religieux à l’âge adulte (et d’avoir potentiellement les réseaux sociaux plus religieux allant de pair avec cette activité) soit le facteur clé des différences d’attitudes à l’égard des relations homosexuelles entre les catégories d’identification religieuse et spirituelle. La socialisation religieuse lors de l’enfance, que l’on trouve à des niveaux plus élevés chez les SMNR que chez les non religieux ni spirituels dans la plupart des pays de l’ISSP (y compris les quatre pays inclus dans le graphique 1 ; voir le tableau A.2 dans les documents supplémentaires en ligne), ne semble pas avoir un grand effet sur les attitudes des répondants SMNR et non religieux ni spirituels envers les relations homosexuelles au moment de l’enquête.
En fait, il semblerait qu’être fidèle à une religion à l’âge adulte, même de façon plus marginale (en n’assistant qu’occasionnellement à des services religieux, par exemple), soit davantage associé à des attitudes plus conservatrices à l’égard des relations homosexuelles que la socialisation religieuse des répondants SMNR lors de leur enfance. Les affiliés marginaux ont des probabilités prédites plus faibles de soutien aux relations homosexuelles que les SMNR dans les quatre pays, bien qu’elles ne soient pas aussi faibles que celles des religieux actifs en Nouvelle-Zélande, en Suisse et aux États-Unis. Au Chili, c’est surtout le fait d’être affilié ou non à une religion qui est associé aux attitudes à l’égard des relations homosexuelles, même si l’écart de ces attitudes entre ceux qui sont fidèle à une religion et ceux qui ne le sont pas est plus mince au Chili que dans les trois autres nations occidentales incluses dans le graphique 1. Lorsque l’affiliation religieuse est rajoutée aux modèles de régressions pour le Chili, la différence d’attitudes entre les religieux actifs et les SMNR perd sa significativité statistique, et c’est le fait d’être religieusement affilié (suivant une religion activement ou marginalement, surtout le Protestantisme) ou non (SMNR ou non religieux ni spirituel) qui devient la variable clé marquant les différences d’attitudes (voir le modèle 3 dans le tableau A.6 dans les documents supplémentaires en ligne).
Lorsque des modèles de régressions similaires sont exécutés pour chacun des 44 pays inclus dans l’ISSP 2008 ou 2018 (résultats non présentés ici), dans presque tous les pays, les probabilités prédites des SMNR et des non religieux ni spirituels de soutenir les relations homosexuelles sont similaires, les différences mineures n’étant pas statistiquement significatives. Les seules exceptions sont la République tchèque et la Russie, où le soutien à l’égard des relations homosexuelles est significativement plus important chez les SMNR (plus progressistes) que chez les non religieux ni spirituels ; ainsi qu’en Israël et en Espagne, où, en revanche, le soutien à l’égard des relations homosexuelles est significativement plus important chez les non religieux ni spirituels que chez les SMNR (plus conservateurs).
Attitudes envers les rôles de genre
En ce qui concerne les attitudes à l’égard des rôles de genre, les résultats du graphique 2 démontrent qu’il y a moins d’écart entre les attitudes des religieux actifs et des non religieux que pour leurs attitudes envers les relations homosexuelles. En général, il y a plus de religieux actifs qui appuient les rôles de genre non traditionnels que les relations homosexuelles. Cela dit, l’écart entre les religieux actifs et les non religieux est toujours présent et, une fois de plus, les SMNR ressemblent davantage aux non religieux ni spirituels quant à leurs probabilités prédites de désaccord avec les rôles traditionnels de genre. Par exemple, les répondants activement religieux aux États-Unis ont une probabilité prédite de 55 % de ne pas être d’accord avec les rôles traditionnels de genre, contre 70 % chez les SMNR et 79 % chez les non religieux ni spirituels. Aucune des différences dans ces probabilités prédites entre les SMNR et les non religieux ni spirituels n’est statistiquement significative dans les quatre pays. Une fois de plus, nous trouvons de l’appui pour l’hypothèse 1. De plus, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, les probabilités prédites de désaccord avec les rôles traditionnels de genre parmi les affiliés marginaux sont beaucoup plus près de celles des SMNR et des non religieux ni spirituels que de celles des religieux actifs. Dans ces deux pays, il semble donc que ce soit surtout la participation religieuse active à l’âge adulte qui soit liée aux attitudes plus traditionnelles en matière de rôles de genre. Les affiliés marginaux, les SMNR et les non religieux ni spirituels sont tous beaucoup plus susceptibles d’être en désaccord avec ces opinions traditionnelles et conservatrices.
Comme pour les attitudes à l’égard des relations homosexuelles, l’ajout de la variable de la socialisation religieuse lors de l’enfance aux modèles de régressions ne modifie guère les résultats de manière significative pour les attitudes à l’égard des rôles de genre dans les quatre pays inclus dans le graphique 2 (voir les modèles 3 des tableaux A.10 à A.13 dans les documents supplémentaires en ligne). Plus largement, dans la plupart des 44 pays inclus dans l’ISSP 2008 ou 2018, les différences de probabilités prédites entre les SMNR et les non religieux ni spirituels pour le désaccord envers les rôles de genre traditionnels ne sont pas statistiquement significatives. Les exceptions à cette tendance générale se trouvent en Autriche, en Croatie, en Islande, en Israël, en Irlande du Nord et au Portugal où les SMNR (plus conservateurs) sont significativement plus susceptibles d’être en accord avec les rôles traditionnels de genre que les non religieux ni spirituels (mais toujours moins susceptibles d’être en accord avec les rôles traditionnels de genre que les religieux actifs).
Conclusion
En résumé, dans la grande majorité des pays inclus dans cette étude, les attitudes des répondants SMNR sont très similaires à celles des non religieux ni spirituels en ce qui concerne les relations homosexuelles et les rôles de genre. Ce résultat soutient notre hypothèse 1 selon laquelle c’est surtout la participation au sein de groupes religieux à l’âge adulte et les réseaux religieux rattachés à cette participation qui sont liés à des attitudes plus conservatrices sur ces questions sociopolitiques.
Même si cette similarité des attitudes sociopolitiques entre les SMNR et les non religieux ni spirituels peut être perçu comme un non-résultat, puisque notre étude n’a pas trouvé d’attitudes distinctes parmi les SMNR en ce qui concerne les relations homosexuelles et les rôles de genre, c’est un résultat tout de même important. Ce résultat de notre étude nous permet de mieux comprendre les implications au quotidien de l’abandon à grande échelle de la religion instituée au sein de plusieurs populations. Au moins pour ce qui est des attitudes à l’égard des relations homosexuelles et des rôles de genre, le fait que ce mouvement d’abandon de la religion instituée s’oriente plutôt vers le SMNR ou vers le non religieux ni spirituel au sein des populations semble avoir peu d’importance. Les deux types de transformations impliquent, l’une comme l’autre, des attitudes plus progressistes sur ces questions sociopolitiques.
Il reste cependant plusieurs enquêtes à faire pour poursuivre ce programme de recherche visant à comprendre l’impact de la hausse des SMNR sur les comportements sociaux et les opinions sociopolitiques des individus. Notre étude ne s’est concentrée que sur deux questions sociopolitiques spécifiques. Les prochaines études pourraient aborder d’autres sujets, en mesurant les différences d’attitudes entre les SMNR et les autres catégories d’individus religieux et non religieux sur les questions d’inégalités, d’environnement, de rôle du gouvernement, et plus encore. Les différences de comportement entre les SMNR et les autres catégories d’individus pourraient également faire l’objet d’études futures, y compris sur les comportements politiques, les choix de formation de famille, etc. Une grande partie des retombées sociopolitiques de la montée des SMNR reste encore à être élucidée.
Supplemental Material
sj-docx-1-scp-10.1177_00377686231200978 – Supplemental material for Les attitudes des Spirituels mais non religieux envers les relations homosexuelles et les rôles de genre
Supplemental material, sj-docx-1-scp-10.1177_00377686231200978 for Les attitudes des Spirituels mais non religieux envers les relations homosexuelles et les rôles de genre by Sarah WILKINS-LAFLAMME in Social Compass
Footnotes
Acknowledgements
Tout d’abord, j’aimerais remercier Christophe Monnot, Géraldine Mossière, Rodrigo Toniol et l’équipe de rédaction de Social Compass pour l’organisation et la mise ensemble de ce numéro thématique de revue. J’aimerais également remercier Jacob Legault-Leclair pour sa révision linguistique de ce texte.
Financement
L’autrice n’a pas reçu de soutien financier pour la recherche, les droits d’auteurs et / ou la publication de cet article.
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Notes
Biographie de l’autrice
Adresse : University of Waterloo - Sociology and Legal Studies, 200 University Av. W., Waterloo, Ontario N2L 3G1, Canada.
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