Abstract

Des événements tels que les fusillades de Janvier 2015 au siège de la revue française Charlie Hebdo, et la mise en échec des hommes armés lors d’un événement anti-islam à Garland, au Texas, plus tard cette année, obligent les experts à revoir la question politique suivante : l’islam est-elle « compatible » avec les valeurs « occidentales » ? Les discours sous-jacents à cette question ‘construisent’ souvent l’islam comme une religion « étrangère » en Amérique du Nord et en Europe, alors que 37 % des musulmans aux États-Unis, par exemple, sont d’origine américaine (Pew Research Center, 2011). 1 En outre, malgré une présence musulmane en Amérique du Nord et en Europe pendant des siècles, l’Islam comme « Autre stigmatisé » reste un trope politique né de la réalité politique.
En effet, un récent sondage a révélé que seulement 27 % des Américains ont indiqué percevoir les musulmans « favorablement » (Arab American Institute, 2014). La même étude a révélé que, lorsque l’on compare les pourcentages d’Américains qui ont qualifié les différents groupes religieux et ethniques par niveaux de favorabilité, on constate que les musulmans ont été notés le plus défavorablement, après les catholiques, les chrétiens régénérés (évangéliques), les juifs et les hindous.
Dans diverses parties de l’Europe, les attitudes envers les musulmans ne sont pas meilleures. Les résultats de 2014 du Global Attitudes Survey du Pew Research Center révèlent une large gamme d’attitudes des citoyens européens envers les musulmans, avec le plus « défavorable » en Italie, et les plus « favorables » au Royaume-Uni et en France. En Italie, 63 % rapportent une attitude défavorable envers les musulmans, alors qu’au Royaume-Uni et en France, respectivement, 27 % et 26 % de l’échantillon rapportent des attitudes défavorables. En d’autres termes, même dans les contextes européens où l’opinion publique est le plus favorable envers les musulmans, un quart complet de la population rapporte encore des attitudes défavorables.
Les questions sur « l’appartenance » musulmane dans les contextes nord-américains et européens entraînent un nombre croissant de recherches examinant la vie et la politique des musulmans au sein de nations où ceux-ci constituent une minorité. Les articles de ce numéro spécial soulignent collectivement : (a) comment les organisations musulmanes facilitent l’intégration sociale, (b) comment les musulmans s’adaptent aux structures et aux discours propres aux contextes dans lesquels ils évoluent, et (c) comment la comparaison systématique des musulmans en Amérique du Nord et en Europe met en évidence les différentes répercussions des structures politico-juridiques et des discours culturels sur cette minorité religieuse.
Si la notion d’ « appartenance » peut être comprise comme une dimension individuelle de la conscience de soi – on peut se sentir subjectivement « britannique » ou « américain » par exemple –, elle peut être également abordée en termes de renforcement des organisations civiques et religieuses. Alors que certains pourraient croire que les efforts pour construire des mosquées ou des organisations islamiques consolident la séparation avec le grand public, l’acte même de participer à la culture civique plus large en fondant des organisations bénévoles et en établissant une infrastructure communautaire révèle de manière effective l’investissement dans la « société d’accueil ». Les organisations constituent le vecteur principal par lequel toute circonscription interagit et s’intègre à la structure socio-politique d’une nation. Elles émergent comme une dimension fondamentale de l’analyse tout au long de ce numéro spécial.
Dans leur article intitulé « Religious pluralism in the United States and Britain: Its implications for Muslims and nationhood », Nasar Meer et Tariq Modood historicisent la manière dont les États-Unis et le Royaume-Uni ont incorporé les musulmans dans leurs notions respectives de « nation ». Les auteurs soulignent en particulier la façon dont l’intégration politique est facilitée par des organisations de défense des droits comme le Conseil musulman de Grande-Bretagne ou la Société islamique d’Amérique du Nord. En opposition avec l’hypothèse selon laquelle les États-Unis sont mieux équipés que le Royaume-Uni pour intégrer les minorités religieuses dans son concept de soi national, les auteurs soutiennent que l’ establishment britannique ne pose pas de problème pour l’incorporation musulmane au Royaume Uni.
L’article de Matthias Kortmann et Kerstin Rosenow-Williams, « Les organisations islamiques en Europe et aux États-Unis : les perspectives interdisciplinaires et ascendantes », engage une sorte de « méta-analyse » des chapitres écrits pour leur ouvrage édité en 2013 Islamic organizations in Europe and the USA: A multidisciplinary perspective. Leurs analyses ascendantes décortiquent la façon dont les organisations civiques et de promotion musulmane interagissent avec les « structures d’opportunité politique » (SOP) au sein de leurs contextes nationaux respectifs. Les auteurs analysent la manière dont le transnationalisme musulman à la fois améliore et met au défi la capacité des organisations musulmanes à travailler légitimement avec ces structures.
L’article de Serena Hussain et Jen’nan Ghazal Read, « Islamic schools in the United States and England: Implications for integration and social cohesion », explore un autre type d’organisation islamique : les « écoles de la foi islamique ». Les auteures ont constaté que dans les deux contextes, les écoles ont fourni le capital humain nécessaire aux étudiants pour mieux naviguer au sein de la société en général. Cependant, les conséquences de la scolarité islamique pour l’intégration diffèrent potentiellement entre les États-Unis et l’Angleterre. Cette différence est en partie due au fait que les étudiants musulmans en Angleterre sont plus susceptibles que leurs homologues américains d’être bloqués à un faible niveau de revenus, dans une enclave mono-ethnique offrant une éducation et des opportunités professionnelles limitées.
Alors que les trois premiers articles mettent en évidence les organisations comme intermédiaires civiques « d’appartenance », l’article de Juliette Galonnier démontre que « l’appartenance » à l’islam peut signifier être « autre », être étranger à la culture dominante. Dans « The racialization of Muslims in France and the United States: Some insights from white converts to Islam », Galonnier examine comment les processus de racialisation soutiennent la construction de l’islam comme religion « métisse », « étrangère », qui est incompatible avec les normes américaines et européennes. Les particularités de la racialisation dépendent du contexte spécifique. Aux États-Unis, les blancs se sont convertis à l’islam par le biais des traditions afro-américaines ou celles des immigrants. Ces traditions ont façonné la racialisation américaine des convertis. En France, les convertis français sont confrontés aux stéréotypes négatifs en raison de la pauvreté généralisée et du chômage qui sévit chez les immigrés maghrébins musulmans et leurs enfants.
Merin Shobhana Xavier et William Rory Dickson, dans « La négociation du sacré à Philadelphie : soufismes concurrents au sanctuaire de Bawa Muhaiyaddeen » 2 , examinent comment les blancs américains et les fidèles immigrants d’Asie du Sud ont su adapter leurs pratiques ethniques et religieuses au lieu de sépulture situé en Pennsylvanie de Bawa Muhaiyaddeen, un professeur de religion islamique soufi. Grâce à cette adaptation, les fidèles, qui varient dans leur orientation à l’islam, aspirent à un sentiment collectif « d’appartenance » à ce lieu de pèlerinage. Xavier et Dickson concluent en soulignant comment leur recherche peut informer l’étude du soufisme multi-ethnique et du pèlerinage soufi en Europe.
Ce numéro spécial n’est certainement pas destiné à être un aperçu exhaustif des nombreuses directions que les recherches sur l’islam en Amérique du Nord et en Europe peuvent prendre. Il met en lumière certaines discussions importantes autour d’enquêtes, et identifie comment ces deux contextes sociaux – qui sont eux-mêmes hétérogènes – façonnent différemment les expériences et influencent l’intégration de leurs populations musulmanes respectives. Il est à espérer que les articles de ce numéro inspirent certains à poursuivre les recherches sur les nombreux modes – organisationnel, religieux et ethnique – d’être musulman en Amérique du Nord et en Europe.
Events such as January 2015’s shootings at the offices of the French magazine Charlie Hebdo, and the thwarting of gunmen outside an anti-Islam event in Garland, Texas, later that year, have compelled commentators to revisit the politically-charged question of whether Islam is ‘compatible’ with ‘Western’ values. While these discourses often hinge on constructing Islam as a ‘foreign’ religion in both North America and Europe, 37% of Muslims in the United States, for example, are American-born (Pew Research Center, 2011). 3 Further, despite a Muslim presence in both North America and Europe for centuries, Islam as the ‘stigmatized Other’ remains a political trope born of political reality.
Indeed, a recent survey found that only 27% of Americans reported viewing Muslims ‘favorably’ (Arab American Institute, 2014). The same study found that, when comparing the percentage of Americans who rated various religious and ethnic groups by level of favorability, Muslims were rated the least favorably, after Roman Catholics, Born Again Christians, Jews and Hindus.
In various parts of Europe, attitudes toward Muslims are no better. Findings from the Pew Research Center’s 2014 Global Attitudes Survey reveal a wide range of attitudes towards Muslims within Europe, the most ‘unfavourable’ being found in Italy, and the most ‘favourable’ in the UK and France. In Italy, 63% of the population report an unfavourable attitude towards Muslims, while in the UK and France 27% and 26%, respectively, of the sample report unfavourable attitudes. In other words, even in European contexts where public sentiment is the most favourable towards Muslims, a full quarter of the population still reports unfavourable attitudes.
Questions about Muslim ‘belonging’ in the North American and European contexts drive a growing body of research examining Muslim life and politics in contexts where Muslims are a minority. The articles in this special issue collectively highlight: (a) how Muslim organizations facilitate social integration, (b) how Muslims adapt to the structures and discourses of their wider contexts, and (c) how systematic comparison of Muslims across North America and Europe highlights the differential impact of political-legal structures and cultural discourses on this minority religion.
Belonging, adaptations and comparisons
While ‘belonging’ can be understood as an individual dimension of self-awareness – whether one feels subjectively ‘British’ or ‘American’, for example – it is also the case that group belonging can be evaluated in terms of building civic and religious organizations. While some might believe that efforts to build mosques or found Islamic organizations consolidate separation from the mainstream, the very act of participating in the broader civic culture by founding voluntary organizations and establishing community infrastructure constitutes investment in the ‘host society’. Organizations are a primary conduit through which any constituency interacts and integrates with a nation’s socio-political structure, and they emerge as a fundamental aspect of analysis throughout this special issue.
Nasar Meer and Tariq Modood’s ‘Religious pluralism in United States and Britain: Its implications for Muslims and nationhood’ historicizes how the US and the UK incorporate Muslims into their respective notions of ‘nationhood’. The authors highlight how political integration is facilitated by advocacy organizations such as the Muslim Council of Britain and the Islamic Society of North America. Importantly, contrary to the assumption that the US is better equipped than the UK to incorporate religious minorities into its national self-concept, the authors argue that British ‘Establishment’ does not problematize British Muslim incorporation.
Matthias Kortmann and Kerstin Rosenow-Williams’ ‘Organisations islamiques en Europe et aux États-Unis : les perspectives interdisciplinaires et ascendantes’ undertakes a kind of ‘meta-analysis’ of the chapters written for their 2013 edited volume Islamic organizations in Europe and the USA: A multidisciplinary perspective. Their bottom-up analysis emphasizes how Muslim civic and advocacy organizations interact with the ‘political opportunity structures’ (POS) of their respective national contexts, and how Muslim transnationalism both enhances and challenges Muslim organizations’ ability to legitimately work with those structures.
Serena Hussain and Jen’nan Ghazal Read’s ‘Islamic schools in the United States and England: Implications for integration and social cohesion’ explores another type of organization: the Islamic ‘faith school’. They found that in both contexts the schools provided human capital that better equipped students to navigate as Muslims within the broader society. However, the consequences of Islamic schooling to later integration potentially differ between the US and England, in part because Muslim students in England are more likely than their US counterparts to be residentially segregated into lower income, mono-ethnic enclaves that offer limited educational and occupational opportunities.
While the first three articles described here highlight organizations as a conduit of civic ‘belonging’, Juliette Galonnier’s article demonstrates that ‘belonging’ to Islam can mean being ‘othered’ by the dominant culture. In ‘The racialization of Muslims in France and the United States: Some insights from white converts to Islam’, Galonnier examines how racialization processes sustain the construction of Islam as a ‘Brown’, ‘foreign’ religion that is incompatible with US/European norms. Importantly, the nuances of racialization are context-specific. American convert racialization took place irrespective of whether the White converts came to Islam through African-American or immigrant-dominated traditions, while French converts faced negative stereotyping due to the pervasive poverty and unemployment plaguing Maghrebi Muslim immigrants and their children in France.
Merin Shobhana Xavier and William Rory Dickson, in ‘Négociation du sacré à Philadelphie : soufismes concurrents au sanctuaire de Bawa Muhaiyaddeen’ 4 , examine how White American and South Asian immigrant devotees mutually adapt their ethnic and religious practices at the Pennsylvania burial site of Bawa Muhaiyaddeen, an Islamic Sufi teacher. Through this negotiation, the devotees, who vary in their orientation to Islam, strive for a collective sense of ‘belonging’ at this pilgrimage site. Xavier and Dickson conclude by highlighting how their research can inform the study of multi-ethnic Sufism, and Sufi pilgrimage, in Europe.
This special issue is certainly not intended to be an exhaustive overview of the many directions research on Islam in North America and Europe is taking. It highlights some important threads of inquiry, and identifies how these two social contexts – which are themselves internally heterogeneous – differentially shape the experiences and integrative outcomes of their respective Muslim populations. It is hoped that the articles in this issue will inspire continued research on the many modes – organizational, religious and ethnic – of being Muslim in North America and Europe.
Footnotes
Notes
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