Abstract

Le profil religieux de l’Italie est en train de changer et très rapidement. Ce numéro essaie de raconter ce changement, sous des optiques diverses et en montrant parfois, comme il se doit pour toute communauté scientifique, quelques divergences d’opinion, surtout pour ce qui est de la rapidité et de la direction que prend ce changement.
Une première caractéristique de ce nouvel aspect de la situation italienne est décrite dans l’essai d’Enzo Pace : l’Italie n’est plus, dans les faits, un pays mono-religieux. Le catholicisme, dans lequel la nation s’est identifiée pendant des siècles, ne possède plus le monopole de la foi. La raison principale de ce changement est à rechercher évidemment dans l’arrivée en Italie de nombreux immigrés en provenance pour la plupart des pays arabes mais aussi de l’Europe orientale et en particulier de la Roumanie. Cela explique la hausse vertigineuse du nombre des musulmans et des chrétiens orthodoxes de ces dix dernières années. Il nous faut toutefois ajouter d’autres données qui ne sont pas aussi évidentes, comme par exemple la présence significative de sikhs, souvent confondus avec les musulmans, ou encore celle des Témoins de Jéhovah et des pentecôtistes qui se sont constitués en groupes, même dans les régions du Sud de l’Italie qui, dans notre imaginaire, sont encore profondément liées au catholicisme comme la Sicile, la Campanie ou la Calabre. Pace nous fait rapidement remarquer que ces changements se reflètent peu sur la sphère publique, au sein de laquelle l’Église catholique occupe désormais un espace clairement disproportionné par rapport à son poids réel. Une des raisons qui explique cette distorsion est sans aucun doute la fragmentation extrême qui caractérise certains de ces groupes, et en particulier celui de religion islamique, qui doit se confronter à un monde catholique en revanche bien compact autour de son pape et de la conférence épiscopale.
Le noyau de ce numéro est toutefois représenté par les changements qui traversent l’Église catholique italienne. Dans le premier texte qui l’ouvre, Marzano affirme, avec un discours inhabituel, que l’extension et la rapidité de la sécularisation en Italie sont semblables à celles des autres pays européens et que la crise du catholicisme national est toujours plus profonde, en particulier chez les femmes et les nouvelles générations. La hiérarchie a réagi à cette crise en ouvrant ses portes à la marée des soi-disant « mouvements ecclésiaux », aux nouvelles formations sectaires qui se présentent sous le voile inédit du catholicisme italien. Ce phénomène est en pleine expansion partout mais tout particulièrement en Italie, où un grand nombre de ces organisations sont nées et se sont développées.
Franco Garelli offre un jugement, au moins en partie différent, de la situation actuelle du catholicisme puisqu’il souligne les éléments qui « résistent », surtout au sein du catholicisme paroissial et de base, par rapport aux autres qui sont en crise. La sécularisation italienne procède selon lui plus lentement et le sentiment d’appartenance à l’Église catholique est, à son avis, encore très élevé dans la population, même s’il est diversement nuancé. Cet état de fait aurait donc autorisé la hiérarchie catholique à cultiver l’ambition d’entrer en force dans l’espace public, dans le jeu politique national, avec des résultats cependant, comme le soutient Garelli, très décevants et contradictoires.
Dans le dernier essai, celui de Dalpiaz, le feu analytique se restreint (en se concentrant sur les ordres religieux) mais la prospective chronologique s’élargit en retournant aux siècles passés et en reconstruisant la parabole de la croissance et de la récente et dramatique chute des vocations religieuses. Il s’agit là d’un autre signal clair de la crise profonde de l’institution ecclésiale et de ses capacités d’adaptation à un pays sociologiquement toujours plus éloigné de l’ancienne civilisation paroissiale.
The religious profile of Italy is changing very rapidly. In this special issue we shall try to assess this change; and to do so from diverse perspectives but with – as is natural in a scientific community – differences of opinion among us, especially on the rapidity and the direction of the change.
A first characteristic of the new Italian scenario is described in the essay by Enzo Pace: Italy is no longer a mono-religious country. Catholicism, with which the nation identified itself for centuries, no longer has the monopoly of faith. The main reason for this change, of course, is the large-scale arrival in Italy of immigrants, the majority of them from Arab countries, but many from Eastern Europe, especially Romania. This explains the steep rise in recent decades in the numbers of Muslims and Orthodox Christians in the country. As well as these factors, there are other, less predictable, ones: for example, the large presence in Italy of Sikhs, often mistaken for Muslims, or that of Jehovah’s Witnesses and Pentecostalists. These groups are growing substantially even in the southern regions – such as Sicily, Campania and Calabria – which are still imagined to be profoundly Catholic. Pace notes in passing that these changes are little reflected in the public sphere, in which the Catholic Church now has an importance clearly disproportionate to its actual weight. One of the reasons for this mismatch is certainly the extreme fragmentation of some groups, primarily the Islamic ones, in the face of a Catholic leadership closely compacted around the Pope and the Episcopal Conference.
However, the core topic of this special issue concerns the changes the Italian Catholic Church is undergoing. In the essay that opens the issue, Marzano argues that the extent and rapidity of secularization in Italy are similar to those in other European countries, and therefore that the crisis of Italian Catholicism is deepening, especially among women and young people. The Catholic hierarchy has reacted to this crisis by opening its doors wide to the so-called ‘ecclesial movements’ – the new sectarian organizations that represent the great novelty of Italian Catholicism. The phenomenon is growing in all countries, but it is particularly significant in Italy, where many of these organizations have developed to the point that Catholicism has turned into an unprecedented mix of church and sect.
Franco Garelli offers a somewhat different assessment of the current situation of Catholic Italy by emphasizing the resilience especially of parochial and grass-roots Catholicism compared with those parts of the Church in crisis. For Garelli, Italian secularization is proceeding more slowly, and the sense of belonging to the Catholic Church is, he believes, still very strong in the population, albeit with different nuances. This state of affairs has prompted the hierarchy to enter the public sphere and intervene heavily in national political affairs. However, according to Garelli, the results have been very disappointing and contradictory.
In the last essay – by Dalpiaz – the analytical focus narrows (to concentrate on the religious orders), but the chronological scope widens by returning to past centuries and reconstructing the growth, and then the recent dramatic decline, in the concept of religious vocation.
This is another unequivocal sign of the profound crisis of Catholicism in Italy and its capacity to adapt to a country that is, sociologically, increasingly distant from traditional parochial culture.
Footnotes
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