Abstract
Fatiha Kaouès focuses on evangelical activities in Lebanon, where religious communities are the foundation of public order rather than the State and each denomination has its own social and economic network. This raises the question as to the definition of citizenship and the construction of social ties in the context of a strong religious communitarianism and a weak state. This paper considers a few development projects supported by evangelical movements and the various frameworks, limits and challenges of their activities in Lebanon.
Introduction
Depuis la fin de guerre civile libanaise (1975-1990), on assiste à la présence grandissante d’organisations protestantes évangéliques engagées dans de multiples secteurs d’activité, économique, culturel, social et humanitaire. Elles inscrivent résolument leur engagement dans une perspective évangélique ; c’est-à-dire qu’elles œuvrent dans le but de témoigner de leur foi de manière plus ou moins résolue et directe. Elles sont souvent organisées en mouvements associatifs ou en organisations non gouvernementales (ONG) et agissent en réseau.
La première loi régissant le monde associatif libanais a été mise en place en 1909 sous l’Empire ottoman et a permis l’essor d’un grand nombre d’associations familiales et communautaires. Ainsi, le secteur des associations libanais a été marqué au plan institutionnel dès sa naissance par les divisions confessionnelles issues des millets ottomans (Dib, 2006). Les groupes confessionnels chrétiens, sunnites et chiites disposent jusqu’à aujourd’hui d’institutions propres pour gérer leurs affaires sociales et religieuses. Parmi elles, se trouvent des organisations communautaires comme Mabarrat 1 ou Makassed 2 . Ces instances agissent au plan social, dans le domaine de l’éducation, disposent d’hôpitaux et d’universités.
Peu après la fin de la guerre civile libanaise, les ONG sont entrées en scène, concentrant d’abord leurs activités sur l’aide d’urgence et le secours aux victimes du conflit, puis sur le développement économique et social. Dans ce pays, le réseau associatif est particulièrement dense et dynamique, palliant les insuffisances étatiques. Ainsi, le journal officiel libanais comptabilise 250 nouvelles associations par an en moyenne (Karam, 2006). Au plan juridique, leur activité est régie par l’article 13 de la constitution libanaise de 1926 qui, de fait, leur accorde une large autonomie. Le champ socioéconomique et humanitaire constitue à cet égard le cadre idéal du déploiement d’un activisme religieux qui développe ses activités dans un champ d’action très diversifié.
Concomitamment au développement du protestantisme évangélique dans le pays, des Églises et mouvements évangéliques, intervenant souvent sous la forme d’ONG, connaissent ainsi un développement continu. Le Liban se caractérise par un fort désinvestissement de l’État alors que 70 % du secteur éducatif et l’essentiel des structures de santé sont aux mains de groupes privés. En outre, près de la moitié des travailleurs du secteur privé ne bénéficient pas d’une couverture à la Caisse nationale de sécurité sociale. Cette situation induit une grande précarité sociale et existentielle des catégories les plus démunies, qui sont contraintes, pour leur survie, de recourir aux solidarités primordiales, la famille et les associations communautaires, alimentant les intérêts clientélistes de type communautaire (Catusse et Karam, 2008). Dans ce contexte particulier d’un fort communautarisme religieux/communautaire et d’un État structurellement défaillant, cet article observe les différentes modalités et enjeux sociopolitiques du déploiement des organisations évangéliques au Liban.
Les données empiriques sur lesquelles nous fondons notre analyse sont issues d’un terrain de recherche effectué de 2010 à 2012 au Liban, dans le cadre de la préparation d’une thèse sur l’activité évangélique au Liban.
Le contexte libanais
Depuis le début des années 1990, les organisations de type ONG ou associations ont pris une importance de plus en plus marquée au point de constituer un acteur incontournable de l’action sociale et économique au Liban. Certaines organisations défendent une posture résolument transconfessionnelle comme le Mouvement social libanais 3 . Les ONG que nous observons se mobilisent sur le plan du développement culturel et socioéconomique et se situent en retrait du système communautaire, se revendiquant comme apolitiques ; mais à l’inverse du Secours populaire libanais, ou du Mouvement social libanais (MSL), la spécificité des organisations évangéliques est qu’elles mobilisent explicitement des valeurs religieuses au fondement de leur engagement, qu’elles accompagnent parfois de prosélytisme. De plus, elles sont systématiquement reliées à un réseau d’Églises.
Une autre différence importante qui sépare les ONG et Églises évangéliques des associations citées supra, tient dans leur mode de financement. Le MSL, par exemple, bénéficie d’un financement public international fourni par des gouvernements ou des agences de développement internationales alors que les organisations évangéliques sont indépendantes et disposent de donations privées.
Le protestantisme évangélique au Liban, un paysage diversifié
L’héritage du grand siècle missionnaire
Dans la genèse du développement protestant au Liban, on distingue trois moments. Le premier niveau est constitué d’Églises protestantes mainline ou historiques, héritières des missions protestantes du 19e siècle. L’Église protestante nationale de Beyrouth est la première Église autochtone arabophone et la plus ancienne congrégation protestante du Moyen Orient. L’Église mère est le centre administratif et le siège d’un conglomérat de huit autres Églises et se situe en plein cœur du centre-ville de la capitale libanaise, à Zokak el Blatt. Elle a été établie à Beyrouth en 1848 par des missionnaires presbytériens venant des États-Unis (Makdisi, 2008). En 1869, de nouveaux édifices ont été construits pour abriter les congrégations arabes et anglo-saxonnes. Depuis plus d’un siècle, l’Église est au cœur de toutes les activités et les célébrations religieuses des deux communautés. À l’heure actuelle, l’Église nationale de Beyrouth développe des projets sociaux et éducatifs dans différentes parties du Liban : elle gère une école élémentaire à Ras Beyrouth, une autre à Kfar Shima où elle s’occupe en outre d’une école secondaire. L’Église dispose d’un centre éducatif appelé Schneller qui se compose d’un orphelinat, d’une école et d’un centre de formation professionnelle dans le village de Khirbet Qanafar, dans la vallée de la Békaa. L’orphelinat a été fondé à Jérusalem en 1860 pour abriter les victimes de la guerre confessionnelle entre Druzes et Maronites mais a été déplacé au Liban après la création de l’État d’Israël. Depuis 2002, l’Église protestante nationale tente d’instaurer des liens plus étroits avec la communauté protestante internationale. Ainsi, une congrégation internationale dispose de son propre culte en langue anglaise, au sein de l’Église nationale. L’Église offre en outre des services aux réfugiés et aux migrants à travers un projet appelé Philémon.
Appartenant à la tradition réformée calviniste, l’Église nationale de Beyrouth est de type congrégationaliste (jumhuri). Un tel système autorise un fonctionnement démocratique. L’Église nationale est un espace multiservices qui ne se limite donc pas à un lieu de culte. En cela, elle s’inscrit fortement dans la tradition protestante qui envisage sa pleine implication mondaine et sa contribution aux exigences terrestres, comme un témoignage de sa fidélité aux Écritures (Willaime, 2008). Toutefois, elle n’est nullement engagée dans le prosélytisme et ses activités sociales et éducatives s’exercent dans un cadre laïque.
La naissance du baptisme au milieu du 20e siècle
Depuis sa naissance, le protestantisme évangélique moyen oriental est inséparable du développement de mouvements chrétiens américains ; nombre de ses initiateurs sont issus de la Convention baptiste du Sud qui rassemble environ 16 millions de fidèles aux États-Unis (Gagnebin et Picond, 2004).
En 1948, soit un siècle après l’établissement de l’Église nationale protestante au Liban, le révérend Finlay Graham et son épouse Julia sont les premiers missionnaires baptistes à prendre pied au Liban, suivis par quelques autres. Graham était originaire d’Oban, en Écosse. Ce presbytérien écossais avait été formé au Southwestern Baptist Theological Seminary, au Texas. Membre de la Royal Air Force et en activité durant la Seconde Guerre mondiale, sa vocation missionnaire lui apparut après qu’il eut été capturé par les Allemands, alors que son avion avait été abattu au-dessus de l’Afrique du Nord. Ayant survécu à cette aventure, Graham était revenu de la guerre convaincu qu’il avait été sauvé par l’intervention miraculeuse de Dieu et qu’il devait désormais servir le Christ (Human, 1986).
Les Graham donnent une impulsion importante au baptisme au Liban en développant un réseau de nouvelles églises, en partant de Beyrouth, puis en s’étendant en cercles concentriques au reste du territoire libanais.
La deuxième étape décisive consiste à « nationaliser » le baptisme au Liban. À cet effet, la Convention baptiste libanaise est officiellement fondée le 27 Octobre 1955, par les représentants de quatre églises (à Beyrouth, Tripoli, Kefr Mishky et Mieh Mieh) réunis autour du missionnaire Graham Finlay. La Convention baptiste libanaise entend se connecter à l’univers protestant mainline au plan régional et international : pour ce faire, elle devient membre du Conseil suprême des Églises évangéliques pour la Syrie et le Liban, et rejoint l’Alliance Baptiste Mondiale en 1956.
Naissance des pentecôtistes libanais
Le troisième moment de ce développement protestant concerne le pentecôtisme. Parmi les mouvements nés du pentecôtisme, le plus célèbre est celui des Assemblées de Dieu. Outre l’accent porté sur le dogmatisme et les dons du saint Esprit, le pentecôtisme se caractérise, comme d’autres mouvances évangéliques, par l’importance accordée au prosélytisme (Anderson, 1979). Le révérend Camille Nawar est à la tête des Églises évangéliques de type Assemblées de Dieu ou pentecôtistes. Il est aussi le pasteur de l’Église Jesus the Savior (Yassou’ el Khallas) située près de Beyrouth. L’église se définit comme non-dénominationnelle mais son culte est pentecôtiste et elle est affiliée à l’Organisation internationale des Assemblées de Dieu, dont l’église principale se situe aux États-Unis, à Springfield.
L’aventure des Assemblées de Dieu au Liban a commencé en 1969, lorsque deux pasteurs missionnaires, Bob Hoskins et Bill Elinski, ont fondé un poste missionnaire à Beyrouth.
En 1987, tous les missionnaires américains étrangers au Liban durent quitter le pays pour des raisons politiques et transférèrent leurs activités à des nationaux ; Nawar en faisait partie. Camille Nawar est actuellement le Président de l’Union des Églises évangéliques pentecôtistes au Liban, placée sous la direction du Conseil suprême des Églises au Liban et en Syrie dirigé par Salim Sahyouni. Neuf églises pentecôtistes sont sous sa responsabilité et deux autres sont en cours de constitution.
La singularité de l’univers pentecôtiste libanais est double : d’une part, cette famille religieuse connaît une croissance importante qui rencontre peu d’obstacles. De plus, le fonctionnement en réseau des églises permet aux pasteurs et missionnaires de déployer leur activité missionnaire avec peu de contraintes.
Un espace éducatif dense
Conformément à la tradition protestante dans la région, les premiers missionnaires baptistes établissent dès 1955 la première école baptiste à Beyrouth qui comporte six classes. C’est encore dans le droit fil de leur héritage protestant qu’ils mettent aussi en place une maison d’édition en réponse à la nécessité croissante de disposer d’ouvrages, bibles et guides, en langue arabe pour mener à bien leurs divers ministères et programmes. La maison d’édition baptiste est actuellement connue sous le nom de Dar Al Hayat Manhal. En 1960, un pas crucial est franchi avec la fondation du séminaire théologique connu sous le nom d’Arab Baptist Theological Seminary. ABTS se veut un organe de promotion et de diffusion du protestantisme dans tout le monde arabe ; ainsi, son administration est composée d’un comité consultatif qui réunit des représentants des principaux pays de la région, notamment le Liban, l’Égypte et la Jordanie.
Après la guerre civile qui met un frein à son développement, ou en tout cas le ralentit considérablement, il faut attendre 1998 pour qu’ABTS gagne sa pleine autonomie. Ainsi, la mission baptiste américaine s’efface au profit d’un organisme gestionnaire local, la Société libanaise pour le développement éducatif et social (LSESD). La Société Baptiste Libanaise (LBS) prend ainsi en charge, par l’intermédiaire du LSESD, la propriété et le leadership des organes baptistes établis par les missionnaires fondateurs.
Depuis lors, les organisations baptistes au Liban connaissent un essor continu. Le mouvement baptiste au Liban est aujourd’hui composé de 22 églises baptistes réunissant au moins 3 000 personnes inscrites. Fondée en 1956, l’École Baptiste de Beyrouth (Beyrouth Baptist School, BBS) est située à Mosaitbeh, une banlieue densément peuplée de la capitale libanaise. La BBS s’est considérablement développée et accueille une population étudiante de 1 300 garçons et filles, pour la plupart (plus de 90 %) composée de musulmans et de druzes. L’école reçoit des élèves, de niveau 12 à K, selon le modèle anglo-saxon, c’est-à-dire du niveau élémentaire au secondaire. Elle ambitionne de dispenser, outre un enseignement de qualité, les valeurs chrétiennes d’humilité, de compassion, de tolérance et d’égalité. Si elle se défie d’un prosélytisme agressif, l’organisation ne fait pas mystère de sa volonté de témoignage du message biblique.
Éducation et prosélytisme
Missionnaire américain, Ted McKenzie fait partie de l’organisation évangélique Lifecenter basée à Beyrouth. Originaire de l’église charismatique de Vermont, ce missionnaire est installé au Liban depuis dix ans. Ted McKenzie travaille au sein d’une école missionnaire située à Dammour qui est rattachée à un réseau d’églises évangéliques et d’ONG comme Jeunesse en mission (Youth With A Mission, YWAM). Durant six mois, à partir de novembre, elle reçoit plus de 1 000 étudiants âgés entre 10 et 15 ans qui viennent d’Iran, d’Égypte et des États-Unis. Ted McKenzie recourt à une image forte pour illustrer son engagement, celle d’une graine plantée pour le seigneur. Les catholiques adhèrent d’après lui à une religion « morte », de même que les musulmans. Ils s’intéresseraient en effet à l’Église en tant qu’institution, non pas à l’exemple de Jésus. L’organisation Lifecenter, à laquelle il appartient, est basée à Sinn el Fil, dans la banlieue populaire de Beyrouth. Le centre reçoit une centaine d’enfants défavorisés et déscolarisés, en majorité (à 80 %) irakiens et syriens. Il s’agit d’enfants en difficulté scolaire âgés de 5 à 14 ans. Le pasteur de l’Église de Dieu (Church of God ou Knisset Allah en arabe) est Saïd Dib. Il est aussi directeur général de Spring of Life. L’Église de Dieu a connu une rapide expansion depuis 2010. Organisée en ONG, cette église comporte un centre culturel et social et abrite une clinique gérée par l’organisation non gouvernementale chrétienne Tahaddi. Le centre est appelé Lifecenter bien qu’il soit enregistré sous le nom de l’ONG Mutualfaith. C’est sous les auspices de Mutualfaith que l’association Spring of Life (SOL) gère l’ensemble des activités d’un centre social et éducatif pour enfants. Cette ONG américaine dirigée par Keith Hershley finance en partie les activités de l’Église. Elle mêle prosélytisme, action sociale et éducative.
Mission évangélique, un engagement multiple
De nombreuses organisations évangéliques œuvrent à soutenir, dans une perspective missionnaire, des projets éducatifs, sociaux, humanitaires ou culturels mais aussi des programmes économiques à échelle d’individus ou de groupes.
Bridges Of Love (Jama’iya Yassou’ el Mahhabé) est une organisation qui développe des activités multiformes au profit de communautés bédouines marginalisées dans la vallée de la Bekaa, au Liban. Cette région rurale est délaissée par le pouvoir central. BOL a commencé ses activités en direction des bédouins à partir de 1996 dans la région de Baalbek, avant d’étendre son champ d’action au profit d’autres communautés bédouines, dans les régions de Saadnayel et Hermel. Parmi les objectifs de BOL figurent celui de « responsabiliser » les leaders religieux locaux afin qu’ils poursuivent et développent les projets économiques et sociaux mis en place par l’organisation évangélique. BOL s’implique beaucoup dans le domaine de l’enseignement, gérant plusieurs établissements scolaires comme l’école Bassel à Baalbek. Aujourd’hui, 700 enfants défavorisés de 3 à 14 ans y sont scolarisés. BOL a également repris la gestion des écoles Mahabbeh et Saadnayel où près de 320 enfants sont accueillis.
Matthieu Accad est le directeur de BOL au Liban. Il nous reçoit dans son bureau qui se situe à Jdeideh où il officie également en qualité de pasteur. Au sein de BOL, qu’il préside depuis 2002, le pasteur s’occupe principalement d’évangéliser les musulmans. Il se focalise sur les bédouins qui viennent de Syrie. Mathieu Accad estime qu’environ 2 500 personnes se seraient converties suite aux activités de BOL, en majorité des musulmans. Mathieu Accad propose des études bibliques le vendredi et le samedi pour les convertis. Ces réunions ont lieu en appartement ; il s’agit des « Kaneyes Beitiyé », littéralement des églises de maison, réservées aux convertis « sensibles », c’est à dire d’anciens musulmans. L’organisation agit en outre sur un plan médical, pour assurer des soins médicaux de base aux familles bédouines de la région, au moyen d’une clinique mobile. À cet effet, BOL a établi un partenariat avec une autre ONG, Health Outreach for the Middle-East (HOME), une organisation évangélique basée au Texas, aux États Unis. Par ailleurs, BOL participe à un programme de micro-entreprises, en proposant des prêts à des familles bédouines, afin qu’elles fondent des petites entreprises. Parmi celles qui voient le jour, BOL soutient un service de location de camions, un élevage d’abeilles pour la production de miel, ou encore une société de fabrication de cadres en aluminium pour portes et fenêtres. Programmes de vaccination, aide aux handicapés, etc., l’organisation évangélique Bridges Of Love a un champ d’intervention très large, prenant en charge des secteurs délaissés par les pouvoirs publics.
HOME quant à elle, présente des caractéristiques similaires. Elle a été fondée en 1990 pour « offrir la guérison spirituelle et physique » en même temps que des « soins médicaux et l’éducation ». HOME est destiné à des populations arabes vivant aux États-Unis ainsi qu’au Moyen Orient. Cette organisation finance des cliniques, des hôpitaux et des projets médicaux dans tout le Moyen Orient : l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie, et a développé des projets pour les Émirats arabes unis, le Yémen, le Bahreïn et l’Afrique du Nord. L’ONG entend mener ses actions à des fins humanitaires et missionnaires et convoque les Écritures pour expliciter sa vocation : il s’agit d’accomplir le mandat d’« offrir la guérison physique », conformément à ce qui a été annoncé par le prophète Isaïe. S’y ajoute le mandat d’« offrir la guérison spirituelle » (Isaïe 61:1).
À une échelle beaucoup plus vaste, d’autres organisations évangéliques agissent au Liban. Pioneers est une organisation missionnaire évangélique très importante comprenant 2 400 membres qui œuvrent à l’implantation d’églises dans 95 pays et utilisent 70 langues différentes. L’organisation Pioneers qui s’efforce d’évangéliser et d’implanter des églises parmi les peuples « non atteints » à travers le monde, a été fondée en 1979 par Peggy et Ted Fletcher. L’ONG, qui est présidée par Steve Richardson, est enregistrée aux États-Unis comme organisation internationale confessionnelle à but non lucratif. Pioneers mobilise des équipes en lançant des mouvements d’implantation d’églises en partenariat avec les églises locales.
Pour ce faire, l’organisation met en œuvre une méthode par étapes. Parmi ces étapes, un volet a trait au développement économique et éducatif. En effet, le programme de « développement communautaire » comprend des programmes d’enseignement, de santé, de fondation de petites entreprises et une gamme variée d’autres projets dans le cadre d’une communauté locale. Le but poursuivi est double : renforcer la cohésion du groupe chrétien et son autonomie.
Les femmes font l’objet d’une attention particulière au sein de ces structures. Une organisation évangélique américaine appelée Stonecroft qui est dirigée par une missionnaire canadienne, Helen Duff Baugh, se consacre entièrement à l’évangélisation des femmes dans le monde arabe et à leur promotion socioéconomique. Cette organisation missionnaire basée dans le Kansas, aux États-Unis, se spécialise dans l’accompagnement des femmes du monde arabe qui réalisent des projets divers tels que des micro-entreprises, ou qui se réorientent professionnellement. Les femmes ont la possibilité de se former en anglais, en informatique et dans divers domaines. Appelé « Sitt el habayeb », le programme d’intégration sociale destiné aux femmes du monde arabe est inséparable de la volonté de les convertir. Les responsables du projet considèrent que la dépendance économique des femmes à un père ou un mari est un frein à leur conversion, ou à leur maintien dans le protestantisme évangélique. Par crainte ou par impossibilité de s’éloigner d’un père ou d’un mari musulman, une femme musulmane ou chrétienne « de nom » pourrait résister à la conversion.
La dimension réticulaire de cet ensemble évangélique est l’une de ses caractéristiques les plus remarquables. Un autre aspect porte sur l’interpénétration des structures et des activités et l’extrême diversité des champs d’actions dans lesquelles la prédication se déploie. Le dernier élément d’importance porte sur l’aspect financier : les activités évangéliques de type missionnaire génèrent des flux financiers à hauteur de centaines de millions de dollars qui ont nécessairement d’importants effets sur l’économie locale et les forces sociales des pays dans lesquels ils agissent 4 . Dans un petit pays comme le Liban, ces organisations pallient l’évidente carence étatique, mais elles contribuent paradoxalement à la permanence de ce système.
Réactions au développement évangélique, entre œcuménisme et tensions
Souvent décrite comme une « mosaïque » de dix-neuf confessions différentes, la culture libanaise est aussi caractérisée par la diversité de ses modèles, situés entre Orient et Occident (Picard, 1996). Ainsi, les Libanais sont à la fois « riches de ces mélanges [et] tourmentés par leur complexité… » (Mackey, 1989 : 83). En dépit de ces visages divers qui semblent parfois antagoniques, les Libanais sont aussi habités par un sens profond de la communauté. Ainsi, l’importance considérable de la diaspora libanaise répartie partout dans le monde a un rôle dans le développement du pays, car, en dépit de la distance, les Libanais expatriés participent largement à l’économie de leur pays 5 . Environ 5,5 milliards de dollars sont transférés annuellement par ces Libanais dans leur pays d’origine.
Toutefois, cette émigration massive est aussi interprétée comme une perte, voire comme une mort annoncée (Valognes, 1994).
Les protestants sont conscients du problème posé par l’émigration pour la présence chrétienne au Moyen Orient. Beaucoup de pasteurs et de théologiens évangéliques ont passé une partie de leur vie à l’étranger. Ce flot d’émigration continu qui se justifie tant en raison des inconnues politiques qui pèsent sur la région, que du fait de l’insécurité économique que connaît le Liban, concerne certes les chrétiens, comme les musulmans. Mais pour les premiers, du fait qu’ils sont minoritaires au Liban et surtout par rapport à la population moyen orientale totale, cela a de bien plus grandes conséquences en réduisant leur masse critique. De plus, les protestants disposent, du fait même de leur organisation ecclésiale, de réseaux anglo-saxons qui facilitent largement leur expatriation. La fréquentation d’écoles missionnaires confère aux chrétiens un avantage d’ordre éducatif et social, même si l’écart s’est réduit au fil des années. Pour les protestants du monde arabe, héritiers d’une culture religieuse exogène, cela accroît encore leur étrangeté.
Tensions et communautarisme
Au Liban, les organisations évangéliques sont libres de déployer leurs activités. De plus, nombre d’organisations évangéliques entretiennent des rapports fructueux avec leur environnement. Par exemple, le séminaire baptiste ABTS collabore avec diverses institutions islamiques comme l’Institut d’études sapientielles (Ma’had el ma’arif el hikmiya) du cheikh Chafiq Sharadé, un chiite de tendance soufie proche du Hezbollah, l’Institut transcendantal de théosophie (ma’had el hikmé ilahiyé el muta’aliyé) du cheikh sunnite Mohamed el Hajj et enfin à Saïda, avec un juge (qadi) du tribunal sunnite des affaires familiales, le cheikh Mohamed Abu Zeyd.
Malgré tout, des tensions naissent parfois. En 2006, au moment du conflit qui a opposé Israël et le Hezbollah, une véritable expédition punitive a été conduite contre une église baptiste récemment installée dans le village maronite d’Ajaltoun, dans le caza (district) du Kesrouan, habité à près de 95 % par des maronites. Le pasteur Raymond Abou-Mekhael ainsi que quelques membres de son église ont été violemment agressés. L’église a été en partie détruite ainsi que les véhicules alentours. Abou-Mekhael a affirmé que l’instigateur de l’agression n’était autre que le maire maronite d’Ajaltoun, Tabet Khalil, qui était notoirement opposé aux protestants évangéliques. Ce dernier faisait campagne aux côtés de l’évêque de la région, Mgr Guy-Paul Noujaim, pour empêcher l’installation des évangéliques. De virulentes campagnes de presse avaient été organisées par les belligérants pour contrer leurs adversaires sur la scène médiatique. Les maronites arguaient du caractère illégitime des chrétiens évangéliques dans leur région, et peut-être dans le pays tout entier. Six ans après l’attaque, le président du Conseil des Églises protestantes, Salim Sahyouni, nous confie qu’il n’a aucun espoir de voir se résoudre la crise. En effet, l’affaire n’a toujours pas été instruite par la justice. Pour le révérend Sahyouni, un tel attentisme révèle la crainte des autorités politiques de susciter des heurts interconfessionnels.
L’église avait ouvert ses portes à la hâte pour accueillir des réfugiés chiites frappés par la guerre de juillet 2006. Il semble que les protestants aient cru, à tort, que le conflit instaurait une situation d’exception et les mettait à l’abri des crispations communautaires.
Un autre incident moins grave a eu lieu à la même époque. Des milliers de chiites réfugiés du conflit avaient été accueillis au sein de l’église pentecôtiste Abundant Life Church de Bourj Hammoud, près de Beyrouth. À l’issue du conflit, des pasteurs comme Michel Matar et Chadi el Aouad, qui ont accueilli plusieurs familles chiites dans des foyers, ont été soupçonnés de vouloir les convertir. Ayant eu connaissance de ce fait, des responsables chiites de Dahyé, la banlieue chiite d’où étaient originaires ces familles, ont agi promptement pour « récupérer » ces familles. Ces incidents révèlent que si la tolérance est plutôt de mise, les évangéliques sont tenus de demeurer dans les quartiers ou villes qui ne sont pas dominés par une autre communauté.
Quelques années plus tôt, en 2003, un évènement encore plus dramatique s’est produit à Saïda, ville sunnite du Sud du Liban. Une jeune missionnaire évangélique américaine, Bonnie Penner Witherall, a été en effet assassinée par balles. Elle était rattachée à l’église de l’Alliance locale. Depuis ce drame, l’église a fermé ses portes. Le responsable du réseau des Églises de l’Alliance, Sami Dagher, nous a affirmé ne pas être certain du lien de causalité entre le crime et l’activité de la victime. Toutefois, il n’envisage pas de rouvrir l’église dans cette localité à majorité sunnite.
Les tensions entre chrétiens se manifestent aussi lors de débats plus intellectuels et académiques. Le révérend Habib Badr qui est le pasteur principal de l’Église évangélique nationale à Beyrouth nous a confié son analyse sur ce sujet. Les réflexions du révérend Habib Badr sont révélatrices de la manière dont l’univers protestant mainline libanais considère sa place au Moyen Orient.
L’aliénation culturelle est au cœur des inquiétudes qui habitent les intellectuels protestants au Liban et dans tout le Moyen Orient. Selon Habib Badr, des chrétiens libanais auraient développé un sentiment de proximité-adhésion tel avec le christianisme occidental qu’ils se seraient éloignés de leur propre culture d’origine. Dans leur volonté artificielle et forcée de se connecter étroitement avec des formes culturelles occidentales d’expression protestante, ils auraient volontairement mis sous le boisseau des éléments de la personnalité originale du protestantisme arabe. Un tel processus aurait eu pour effet de les éloigner plus encore d’un grand nombre d’autres Moyen orientaux chrétiens et non chrétiens. Pour Badr, les effets d’un tel processus seraient observables dans le refus de toute théologie contextualisée, concernant le culte, la liturgie, la musique ou d’autres formes d’expression d’une présence protestante ad intra. Il regrette ainsi la pauvreté d’une réflexion ecclésiale et théologique pleinement inscrite dans la tradition protestante réformée, luthérienne, épiscopale ou baptiste. Qu’est-ce que l’aliénation ? Pour Marx, l’homme aliéné est celui qui est dépossédé de sa vitalité créatrice au profit de la seule nécessité de l’accumulation capitalistique devenant « une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement » (Marx et al., 1934 : 285). Le protestant libanais aliéné serait-il celui qui aurait renoncé au déploiement de son génie créateur et au rayonnement de sa foi ?
Badr regrette en outre l’émigration qu’il qualifie de « fuite » ; c’est là, pour le pasteur un autre aspect négatif de la présence protestante au Moyen Orient aujourd’hui. Cette « fuite » des protestants est liée à un processus à l’œuvre depuis les débuts du protestantisme. Les Américains, y compris ceux qui ont administré pendant quelques décennies les structures religieuses et éducatives protestantes, ont mis en place un réseau efficace favorisant l’émigration de chrétiens arabes. Dans ses travaux, Henry Laurens (2004) décrit ce processus qui intégrait à une certaine époque l’Université américaine de Beyrouth comme « l’antichambre » de l’émigration vers les États-Unis. L’historien explique en outre que les Libanais diplômés de l’institution trouvaient dans les cercles diplomatiques et les entreprises américaines un débouché professionnel idéal au terme de leurs études. Ainsi, familiers de la langue anglaise, insérés dans des réseaux économiques et sociaux américains, de nombreux Libanais, surtout chrétiens, ont été amenés à émigrer facilement et en masse. Cela est encore en partie le cas dans le cadre d’institutions chrétiennes évangéliques culturellement très anglo-saxonnes. L’émigration chrétienne n’est qu’une partie de l’émigration totale des Moyen Orientaux, singulièrement libanais, vers l’Occident, notamment l’Amérique du Nord. Mais les liens particuliers et les passerelles qu’ils impliquent entre les protestants des deux mondes facilitent considérablement leur départ, le plus souvent définitif en dehors de leurs terres d’origine.
Les défis du protestantisme libanais
Les protestants mainline s’inquiètent d’autant plus de cette évolution qu’elle ranime un débat difficile au sein du christianisme arabe, qui postule la distance culturelle infranchissable entre chrétiens orientaux et occidentaux. À l’autre pôle des chrétiens « aliénés », se tiendrait donc ce mouvement chrétien « séparatiste », invoquant l’incommunicabilité essentielle entre les chrétiens d’Orient et du monde occidental, surtout américain. L’un des chefs de file de ce mouvement est un Libanais de confession grecque-orthodoxe, Georges Khodr. Ce théologien, très impliqué dans le dialogue interreligieux est aussi un auteur prolifique. Dans l’un de ses ouvrages, il assure que les chrétiens orientaux et occidentaux sont, d’un point de vue théologique, extrêmement dissemblables (Khodr, 1981). Ils différeraient profondément du fait de leurs racines culturelles et de leurs sources spirituelles et intellectuelles distinctes. De ce fait, il met en doute la légitimité d’une présence protestante authentique au Proche-Orient. Ce faisant, Khodr affirme l’étrangeté indépassable des missionnaires occidentaux mais aussi des protestants moyen orientaux eux-mêmes. Un tel positionnement inquiète grandement les protestants issus du courant historique.
Selon Badr, la radicalité de cette posture serait liée à une « crise identitaire » qui s’exprimerait au sein du mouvement œcuménique, et qui serait en partie liée à la croissance d’églises évangéliques nouvelles liées au mouvement pentecôtiste. Cette situation serait aggravée par le dispensationalisme, cette lecture théologico-politique qui infère d’une lecture littérale de la Bible la nécessité de soutenir l’État hébreu (assimilé à l’Israël biblique) pour hâter l’avènement du Christ, un thème qui connaît une grande fortune en contexte évangélique américain (Fath, 2004). En sa qualité de responsable de l’Église protestante nationale, Badr se fait l’écho des inquiétudes des protestants mainline liées aux entreprises prosélytes de leurs coreligionnaires, qui les placent en posture difficile vis-à-vis des Églises orientales ciblées par cette activité missionnaire. Cela prend de telles proportions que selon Habib Badr, certains protestants ressentiraient leur appartenance même au protestantisme oriental comme un facteur d’embarras, voire un fardeau. Ce double sentiment d’étrangeté, vis-à-vis des autres chrétiens orientaux et des musulmans est analysé par un sociologue des religions lui-même protestant, Wanis Semaan, dans un ouvrage au titre révélateur : Étranger chez Soi (Semaan, 1988). Étant lui-même pasteur d’une église mainline et professeur à l’école de théologie protestante du Proche Orient (Near East School of Theology, NEST), Semaan dessine le paysage d’un monde protestant isolé et précaire dans son face à face avec les Églises orientales autochtones, elles-mêmes minoritaires au sein de la société musulmane dominante.
En effet, les protestants mainline sont conscients que le prosélytisme évangélique déploie ses efforts à destination des musulmans mais aussi largement au sein des autres communautés chrétiennes et que cela n’est pas sans conséquence sur le regard porté sur eux par les autres confessions. Dès lors, les protestants sont soumis à un double engagement, répondre au défi de l’unité de l’Église et éclairer leurs compatriotes sur leur conception de la théologie évangélique, pour défaire les préconceptions des autres chrétiens ou non chrétiens.
Le concept de régénération radicale de l’Église de Dieu est étranger aux traditions des Églises orientales. Les protestants favorables à l’œcuménisme (ainsi que les autres chrétiens) s’inquiètent de la régression numérique des chrétiens moyens orientaux. Porté à son point culminant, le complexe minoritaire est susceptible de créer une mentalité assiégée, accentuée par l’essor du fondamentalisme au sein des trois religions monothéistes. Une telle conjoncture accentue le sentiment d’urgence pour une unité chrétienne qui semble même, pour beaucoup de chrétiens orientaux, une condition de la pérennité de leur présence en Orient.
Un nouvel agir politique ?
En dépit de ce que nous venons d’énoncer, il serait erroné de réduire l’impact du protestantisme évangélique au sentiment d’aliénation. Le protestantisme évangélique favorise la conversion comme modèle authentique d’une foi en « actes ». Ce modèle expérientiel de la religion choisie, que l’on oppose à celle « héritée » bouscule les identités, opère de profondes transformations des schèmes de perception de l’existence : le mode de vie communautaire est recherché, la vie en groupe parait plus stimulante, exaltante, les liens bénéficient d’une plus forte intensité relationnelle, à travers la participation à un mouvement religieux doté de multiples liens directionnels ; les associations et organisations évangéliques ouvrent considérablement le champ des possibles du fait de leur engagement résolu dans de multiples champs du monde social libanais. Il existe là une dimension importante d’intégration sociale que Daniel Gaxie (1977) a mis en exergue dans son étude des mouvements militants.
Cette réflexion nous amène à avancer l’hypothèse d’une politisation par l’engagement au sein du monde évangélique au Moyen Orient. Cet engagement « politique » substituerait en effet l’horizontalité des liens sociaux à la verticalité des rapports de pouvoir, monopolisé par les chefs communautaires.
Charles Tilly (1986) observe que les mouvements sociaux dans les années 1930 à 1960 investissaient au plan politique les partis et les syndicats. L’ambition de ces groupes était de concurrencer l’État en conquérant des espaces de pouvoir à son détriment ; en d’autres termes, l’accès à la « polity » était au cœur des enjeux.
Nicolas Tenzer (1990) a complexifié l’analyse des rapports entre politique institutionnalisée et politique informelle. L’État serait ainsi le lieu de la politique réalisée et le peuple l’acteur de la politique délibérée, de sorte que la démocratie nécessiterait la civilisation de l’État par des groupements d’individus engagés au sein d’une société civile elle-même (re) politisée. Cette évolution fonde le déplacement d’une démocratie participative à une démocratie de délibération, et d’un pouvoir conçu non plus comme domination (un pouvoir sur) mais comme capacité à susciter l’action (un pouvoir de). Le lieu du politique s’étant élargi, le répertoire de l’action collective inclut également non plus seulement des formes d’actions conventionnelles (le vote, l’adhésion à un parti politique) mais aussi informelles, incluant l’engagement au sein d’une ONG ou toute autre expression collective y compris religieuse (Rosanvallon, 1998).
En ce sens, les groupements religieux évangéliques participent de la société civile.
Conclusion
Les protestants libanais doivent trouver leur place au sein d’un univers multiconfessionnel complexe, dans un pays où le lien à la communauté confessionnelle semble prendre le pas sur la citoyenneté.
Dans le monde arabe où l’accès au politique est depuis longtemps verrouillé (ce fut le cas à tout le moins jusqu’aux soulèvements arabes dont l’issue demeure incertaine), des ONG et des associations arabes ont utilisé l’engagement associatif comme un véritable lieu alternatif de militance politique et d’accès détourné aux espaces publics et administratifs dont la pesanteur de la bureaucratie, la force d’inertie des contraintes administratives et la corruption normalisée rendaient l’accès presque impossible 6 (Ben Nefissa, 2002).
Cela appelle à considérer l’un des enjeux principaux de la prédication religieuse ou de la militance politique, qu’elles soient ou non menées sous couvert d’action humanitaire ou de développement économique : la définition de la citoyenneté est en effet questionnée ainsi que la nature de la production du lien social. C’est singulièrement le cas dans un pays comme le Liban dont le système politique est organisé selon des considérations confessionnelles/communautaires et où la communauté religieuse devient le lieu subsumant toute identité. De fait, ainsi que le démontre Georges Corm (2005) pour le cas libanais, ce qui est en jeu, ce sont des déficiences systémiques portant sur les instruments de représentativité de la nation qui en l’état actuel, obèrent la pleine souveraineté du pays.
Footnotes
Financement
Aucun soutien financier spécifique émanant d’un organisme de financement public, d’une société commerciale ou du secteur non-marchand n’a été attribué à cette recherche.
Notes
Biographie de l’auteure
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