Abstract
L'article fait l'analyse structurelle et intertextuelle de Rm 10,14-17, après l'avoir situé dans l'ensemble de Rm 9-11. Rm 10, 14-17 décrit le dynamisme de la parole évangélique et son corollaire paradoxal: le refus de l'Évangile par certains. La structure, qui s'appuie sur des mots-crochets, trois récurrences thématiques et un chiasme, révèle l'autonomie et la densité théologique du texte. L'hypothèse intertextuelle consiste à voir dans les deux citations d'Ésaïe (Es 52,7 et 53,1) les deux bornes d'un passage prophétique à partir duquel Paul réfléchit sa situation. La Bonne Nouvelle d'Ésaïe se transforme en Évangile paulinien. Le lecteur se trouve désorienté par la tension entre le sens originel qu'il connaît (les païens seront témoins du salut d'Israël) et le sens que Paul lui donne (Israël est témoin du salut des païens). Au-delà des analyses techniques, Rm 10,14-17 devient donc l'occasion d'un dialogue critique entre Juifs et chrétiens, en tant que commentaire d'un texte prophétique et effort d'auto-compréhension de l'expérience chrétienne à la lumière de l'Écriture (juive).
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