Abstract
Nous examinons le rôle de nouveaux acteurs du religieux dans la constitution de subjectivités souffrantes séculières. À partir d’observations menées auprès d’intervenants en soins spirituels (ISS) au Québec, nous montrons que la virtuosité de ces nouveaux professionnels du soin s’appuie sur leur capacité à ritualiser le rapport à l’Autre dans un domaine qualifié de « spirituel », sacralisant ainsi l’expérience du sujet. Si les ISS partagent avec les aumôniers traditionnels, dont ils sont les héritiers, un charisme de fonction dont le fondement peut différer au gré de l’évolution du processus de sécularisation (institutions religieuses traditionnelles, État), ils s’en distinguent par un charisme spécifique (au sens de Weber) que nous qualifions de compassion. Après la rétrospective historique de l’émergence de la profession d’ISS au Québec, nous examinons les procédés et techniques qu’ils mobilisent afin de ritualiser la relation avec le patient dans un registre d’intimité propice à sacraliser la souffrance du sujet. Nous discutons ensuite l’aptitude à la compassion des ISS en la distinguant de l’attitude empathique et de la pratique du care, ainsi la légitimité de ces nouveaux virtuoses du religieux reposerait sur la reconnaissance de l’expression et de l’efficacité de leur charisme de compassion.
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