Une conception originale de l'Écrit sacré et du divin marque le rapport des Druzes à leur Livre saint, reflet de l'orientation matricentrée de leur culture : présent dans chaque foyer druze, le Livre de la Sagesse (kitâb al-Hikma) est d'abord corporéité à emmailloter et abriter, avant que d'être écrit à lire et dire. Unique écrit sacré révéré par la communauté, il revêt les traits d'une théophanie sensorielle. Dans cet article, centré sur les soins d'enveloppement et la révérencieuse liturgie corporelle générés autour du Livre saint, nous décrivons d'abord l'Ouvrage des Druzes comme un objet éminemment féminin — maternel. Puis, nous appréhendons son Texte comme une parole génésique adressée à l'intime des sens, et traitée à l'instar du nouveau-né. Nous expliquons enfin que ce Texte se situe à la lisière de la parole ordinaire.