Abstract
Introduction
En 2000, le Québec menait une commission d’étude sur les services de santé et les services sociaux afin de proposer des pistes d’amélioration pour l’avenir (ministère de la Santé et des Services sociaux [MSSS], 2000). L’accès à la première ligne fut l’un des principaux enjeux identifiés. La commission d’étude proposait la création de groupes de médecine de famille (GMF); des regroupements de six à dix médecins de famille travaillant en collaboration étroite avec deux ou trois infirmières cliniciennes (MSSS, 2000).
Après l’implantation de quelques GMF à travers la province, le ministère de la Santé et des Services sociaux développait en 2015 un programme de financement afin de soutenir l’intégration d’une variété de prestataires de soins de santé au sein des GMF (MSSS, 2015). Les personnes intégrées en GMF via ce programme sont employées par les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et par les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). Actuellement, le MSSS offre du soutien financier à tous les GMF pour l’embauche ciblée dans les domaines de la pharmacie, du travail social et des soins infirmiers (MSSS, 2025). Un soutien financier est aussi accessible pour l’embauche d’autres prestataires de soins choisis par le GMF. L’ampleur du soutien financier est directement lié au niveau du GMF, qui est attribué selon le nombre d’inscriptions (plus il y a de personnes inscrites, plus le soutien financier est important) (MSSS, 2015). Ce soutien financier permet ainsi l’embauche d'ergothérapeutes dans les GMF.
Dans les dernières années, différentes études ont été menées sur l’ergothérapie en première ligne (Bolt et al., 2019, Donnelly et al., 2023, Freeman et al., 2025). Une revue de la portée regroupant tous les articles abordant la pratique de l’ergothérapie en soins primaires (Donnelly et al., 2023) soulevait, entre autres, le manque de définition claire des milieux qui sont inclus dans les soins primaires. Leurs résultats reflétaient donc autant la pratique au sein du système de la santé que de la communauté. Cinq types d’interventions plus fréquentes étaient identifiées : l’orientation vers les services communautaires; la gestion des maladies chroniques; l’éducation à l’autogestion; la promotion de la santé; ainsi que la prévention des chutes (Donnelly et al., 2023). Bien qu’intéressants, ces résultats ne concernent pas spécifiquement les GMF.
En 2024, le MSSS déposait sur son site internet une fiche d’intégration des ergothérapeutes en GMF issue d’une collaboration entre l’Ordre des ergothérapeutes du Québec (OEQ) et des experts du milieu (OEQ, 2024). Cette fiche présente sept activités professionnelles réalisées par les ergothérapeutes en collaboration avec l’équipe d’un GMF (MSSS, s.d). Tel que présenté dans la fiche d’intégration, l’ergothérapeute :
Se prononce sur le fonctionnement de la personne dans son milieu de vie (notamment en termes d’autonomie et de sécurité) ainsi que sur ses besoins, recommande des modifications de l’environnement, des équipements et des aides techniques ainsi que des méthodes compensatoires pour améliorer ce fonctionnement, et facilite l’orientation vers les ressources et les services appropriés (programme du réseau de la santé, ressource communautaire…); Se prononce sur les capacités de travail de la personne ayant un problème de santé physique ou mentale, planifie les interventions de retour et de maintien au travail et facilite les démarches avec les partenaires (assureur, employeur…); Soutien le médecin dans l’établissement d’un diagnostic lié à la démence (et autres syndromes associés) ou à un trouble neurodéveloppemental par l’évaluation des habiletés fonctionnelles et facilite l’orientation vers les ressources et les services appropriés; Élabore et offre des programmes d’éducation thérapeutique visant à promouvoir la participation dans les activités quotidiennes (incluant la participation sociale), l’autogestion au quotidien de maladies chroniques et la prévention du déclin fonctionnel chez les personnes aînées; Dépiste les conducteurs et conductrices à risque, soutiens le maintien des capacités à conduire et facilite l’orientation vers les ressources et les services appropriés; Dispense des services d’éducation aux parents ou aux personnes proches aidantes afin de répondre à des besoins à court terme dans l’attente d’une prise en charge par un programme du réseau de la santé; Constitue une personne-ressource pour l’équipe interprofessionnelle, notamment pour les activités d’érudition clinique au regard de son expertise. (MSSS, s.d., p.1)
Bien que les activités identifiées par l’OEQ soient basées sur la littérature scientifique, la seule étude portant directement sur l’ergothérapie en GMF recueillait le point de vue de médecins. Nous n’avons recensé aucune étude réalisée auprès d’ergothérapeutes pratiquant en GMF pour décrire leur pratique actuelle et les enjeux vécus sur le terrain. Ce manque de connaissance nuit à la reconnaissance et à la pleine occupation du rôle des ergothérapeutes en GMF. Ainsi, le but de la présente étude est d’explorer et de mieux comprendre la pratique des ergothérapeutes en GMF. Plus précisément, les objectifs sont 1) d'explorer la pratique des ergothérapeutes en GMF; et 2) d'identifier les facteurs influençant la pratique de l’ergothérapeute en GMF.
Méthodologie
Devis de recherche
Une étude qualitative descriptive exploratoire fut réalisée en cohérence avec le paradigme du constructivisme pragmatique (Harrison et al., 2017, Kim et al., 2016). Ce cadre épistémologique permet de construire le savoir à partir de ce qui est vécu sur le terrain et mise sur des retombées concrètes, liées à un problème réel issu du terrain. L’approbation éthique a été obtenue en novembre 2021, puis réitérée chaque année auprès du comité d'éthique de la recherche - Lettres et sciences humaines Université de Sherbrooke (Projet 2021–3196).
Personnes participantes et recrutement
Les critères d’inclusion pour cette étude étaient d’être ergothérapeute au Québec et de pratiquer dans un GMF. La population totale comprenait la douzaine d’ergothérapeutes œuvrant en GMF au moment de réaliser l’étude (statistique obtenue par courriel auprès de l’OEQ au moment de démarrer le projet en novembre 2021). Une affiche envoyée par courriel de la part de l’OEQ ainsi que publiée sur le groupe Facebook Ergothérapie Québec a permis de recruter six ergothérapeutes intéressées à participer à l’étude.
Collecte des données
Deux méthodes de collecte des données furent privilégiées pour cette étude. D’abord, chaque ergothérapeute a pris part à une entrevue semi-dirigée virtuelle d’une durée de 30 à 90 minutes, basée sur un guide d’entrevue intégrant le Modèle canadien du processus de pratique, un modèle qui permet d’analyser la pratique en ergothérapie dans divers contextes et peut être utilisé auprès de diverses clientèles (Polatajko et al., 2013, Jarry et al., 2019). L’entrevue portait, dans un premier temps, sur la réalisation de chaque étape du processus de pratique en contexte de GMF, puis, dans un deuxième temps, sur les facilitateurs et les obstacles à la pratique. Chaque entrevue a été enregistrée et retranscrite intégralement. Ensuite, chaque participante a rempli un questionnaire socio-démographique permettant d’obtenir de l’information sur le sexe, le genre, l’âge, les années d’expérience professionnelle depuis l’obtention du droit de pratique ainsi que les années d’expérience en GMF ou dans une clinique de soins primaires (basé sur le questionnaire utilisé dans l’étude de Girard (2020)).
Gestion et analyse des données
Les données socio-démographiques collectées ont été mises en commun sous forme de tableau présentant chaque participante, puis présentées de façon descriptive pour préserver la confidentialité. Une fois dénominalisées, les données qualitatives issues des entrevues ont été importées dans le logiciel DeDoose (version 9.2.12) afin de procéder à une analyse qualitative suivant les trois étapes de Miles et al. (2024). La première étape, la condensation des données, correspondait à l’écoute des entrevues, la lecture des données et l’élaboration des thèmes. La deuxième étape, la présentation des données, impliquait une première représentation des thèmes en tableau. Puis, la troisième étape, l’élaboration et la vérification de conclusions, permettait de réviser et de confirmer les résultats. Une analyse inductive a été réalisée pour répondre au premier objectif. Cela a permis de présenter les thèmes émergents des données recueillies. Pour l'objectif 2, une analyse thématique mixte a été menée, à l’aide du modèle de Chaudoir et al. (2013) pour la portion déductive. Ce modèle met en lumière les facteurs qui interviennent dans l’implantation d’une innovation en santé. Ce modèle distingue la structure, l’organisation, les personnes impliquées et l’innovation. Dans ce projet, la structure englobe les facteurs reliés à l’environnement et au contexte externe au GMF. L’organisation met en lumière les facteurs reliés directement au GMF. La catégorie des personnes impliquées regroupe les facteurs reliés aux individus concernés par la pratique de l’ergothérapie en GMF. L’innovation correspond aux facteurs concernant directement la pratique de l’ergothérapie en GMF.
L’analyse de données fut réalisée de façon itérative: Andréa Dépelteau et Andréann Lamarre codaient d’abord le matériel de façon indépendante, puis elles se rencontraient pour échanger sur l'analyse et préparer une grille d’analyse initiale. Ensuite, Émilie Lagueux et Catherine Hudon révisaient les thèmes de la grille d’analyse initiale et des discussions avaient lieu afin de raffiner les thèmes et arriver à un consensus. À la suite de quelques itérations, la version finale était présentée sous forme d’arbre de codes et de tableaux.
Résultats
Les six participantes étaient de sexe et de genre féminin. Leur expérience comme ergothérapeute variait entre six et 35 ans de carrière, dont cinq ans ou moins en GMF (ce qui était attendu vu la récente présence des ergothérapeutes en GMF). Deux d’entre elles travaillaient auprès d’une clientèle pédiatrique uniquement, trois d’entre elles travaillaient auprès d’adultes et d’aînés uniquement, et une d’entre elles avait une pratique intégrant les clientèles pédiatrique, adulte et aînée. Deux ergothérapeutes pratiquaient en milieu urbain et les quatre autres pratiquaient en milieu métropolitain (Institut national de santé publique du Québec, 2019). Les niveaux des GMF variaient entre 4 (6 000 inscriptions) et 12 (39 000 inscriptions et plus) (MSSS, 2015).
Pratique professionnelle
Le premier objectif de recherche était d’explorer la pratique des ergothérapeutes en GMF. L'analyse des données a permis d’identifier quatre activités professionnelles réalisées par les ergothérapeutes en GMF : (1) déployer l’offre de services; (2) réaliser une évaluation; (3) réaliser une intervention; et (4) soutenir les compétences de l’équipe.
Déployer l’offre de srvices en ergothérapie
L’ergothérapeute intégrant nouvellement un GMF devait d’abord prévoir du temps pour définir clairement sa pratique, en cohérence avec les besoins de la clientèle du GMF. Une certaine autonomie était nécessaire, d’autant plus qu’un GMF regroupe plusieurs travailleurs autonomes comme en témoigne cette ergothérapeute: En GMF, tous les médecins sont travailleurs autonomes. Les infirmières sont employées par le CISSS, mais [elles] sont quand même assez autonomes. Il n’y a personne qui me dit : tant de rencontres, tant de temps. Absolument pas. C’est moi qui me suis mis un cadre, puis l’équipe est avisée de ce cadre-là, puis on en discute ensemble pour être sûr que ça fait sens avec le GMF, puis l'équipe, mais ça reste que c'est très très flexible. 003
Dans un deuxième temps, la planification d’activités de diffusion de l’offre des services était essentielle pour assurer une bonne utilisation du service d’ergothérapie. Les ergothérapeutes devaient réfléchir à la meilleure façon de diffuser leur offre de service dans leur milieu (formulaire de référence, affiche, vidéo, formation en ligne ou en personne, diffusion de groupe ou individuelle). Une des ergothérapeutes a choisi de réaliser des rencontres ponctuelles pour exposer ses services: J’ai fait quelques rencontres, ça a aidé. Ils font des rencontres toutes les semaines eux autres [l’équipe médicale]. Une fois de temps en temps, quand je voyais qu’il y avait de nouveaux médecins, je leur demandais de faire partie des rencontres pour exposer mes services, parce qu'à un moment donné, je voyais une tendance que ça diminuait un peu le nombre de références [que] je recevais. 001
Réaliser une évaluation ergothérapique
Comme dans d’autres milieux de pratique, les ergothérapeutes évaluent les besoins de leur clientèle. Une particularité du travail en GMF, mentionnée au fil des entrevues, est la réalisation d’évaluations afin de préciser une hypothèse diagnostique, en collaboration avec le médecin traitant. En pédiatrie, une ergothérapeute était sollicitée particulièrement pour ses impressions cliniques quant au développement : Ils [les médecins] me demandent mes impressions cliniques en fait, puis, surtout, je suis très demandée pour des hypothèses diagnostiques. Donc j’évalue les enfants pour statuer ils en sont où dans leur niveau de développement. Puis, s’il y a des retards, est-ce que je pense que ça s’intègre dans un trouble neurodéveloppemental ou seulement un retard. 005
Auprès des aînées, l’évaluation en ergothérapie soutenait le médecin dans l’établissement d’un diagnostic de trouble neurocognitif. L’ergothérapeute se positionnait notamment sur l’aptitude générale ou spécifique (p. ex. : conduite automobile, gestion financière) : Tout ce qui est trouble neurocognitif, que je n’ai pas mentionné, que ce soit pour faire des évaluations, des fois c’est pour soutenir les médecins dans l’établissement d’un diagnostic. C’est arrivé un petit peu dans des contextes soit de conduite auto, soit d’aptitude soit générale, ou d’aptitude plus spécifique à la gestion financière, gestion des biens. 004
Concernant les types d’évaluations utilisées, plusieurs évaluations nommées étaient similaires, peu importe la clientèle : entrevue; observations; questionnaires maison; et mises en situation dans les activités quotidiennes. Par ailleurs, les ergothérapeutes proposaient des outils d’évaluation permettant d’évaluer des clientèles particulières. Le tableau 1 présente les outils d’évaluations nommés par les ergothérapeutes interrogées ainsi que leur contexte d’utilisation.
Outils d’évaluation
Réaliser une intervention ergothérapique
Les ergothérapeutes interrogées ont rapporté plusieurs interventions visant ultimement la participation occupationnelle. Toutes les interventions se retrouvent dans le tableau 2. Les interventions visant les adultes et les aînés étaient multiples et sont présentées par clientèle, alors que les interventions liées à la pédiatrie sont regroupées.
Interventions
Une dernière intervention s’appliquait à toutes les clientèles. Plusieurs ergothérapeutes ont rapporté orienter ou diriger la clientèle vers d’autres ressources. Les orientations se faisaient vers le réseau de la santé, le réseau communautaire ou encore les ressources privées. Dans le secteur public, les ergothérapeutes dirigeaient principalement leur clientèle vers le centre local de services communautaires (CLSC), mais d’autres ressources étaient mentionnées lors des entrevues (clinique de la mémoire, hôpital de jour, programme déficience intellectuelle-trouble du spectre de l’autisme-déficience physique, programme pied, programme agir tôt, centre de réadaptation). Par exemple, une ergothérapeute indiquait : Au soutien à domicile en CLSC, ça représente la majorité de mes références, mais je peux référer des fois en 2e ou 3e ligne, entre autres via les guichets d’accès DI [déficience intellectuelle], TSA [trouble du spectre de l’autisme], DP [déficience physique], entre autres pour des programmes spécialisés, mettons en neurologie, des choses comme ça, quand les patients ont déjà des diagnostics puis qu’on voit qu’ils auraient besoin d’un suivi plus spécifique. 002
Dans la communauté, les ergothérapeutes orientaient autant la clientèle suivie que ses proches vers des ressources d’appui et d’entraide (association liée au trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité, ressource l’Appui pour proche aidant, société d’Alzheimer, ateliers de stimulation pour enfants). Par exemple, une ergothérapeute mentionnait : Dernièrement je réfère des patients, surtout des proches aidants de patients, à des ressources pour proches aidants soit via l’Appui ou la société d’Alzheimer. Sinon, en termes de référence dans la communauté, des fois ce n’est pas nécessairement des références; j’encourage les patients à trouver des activités dans la communauté pour, entre autres, se réactiver. 002
Une ergothérapeute rapportait également aiguiller des personnes vers des ressources privées à l’occasion lorsqu’elle n’avait pas l’expertise ou l’équipement requis ou lorsque la demande était hors de son mandat.
Outre les orientations, plusieurs ergothérapeutes établissaient des collaborations avec des intervenants à l’intérieur ou à l’extérieur du GMF, selon leur expérience et l’organisation de leur milieu de travail. À l’intérieur du GMF, une ergothérapeute expliquait : Avec ma collègue physiothérapeute, on partage le même local, donc on [ne] se voit jamais. Ceci dit, ça va arriver que je vais lui écrire, puis je vais lui dire « est-ce que tu peux voir tel enfant, il y a tel aspect au niveau moteur global qui me chicote un petit peu plus, j’aimerais ça aller plus loin ». Elle va le voir, elle va me retourner la balle. Ça collabore super bien. 003
À l’extérieur du GMF, une ergothérapeute en pédiatrie collaborait avec les deuxième et troisième lignes pour les situations plus complexes reliées à l’alimentation : « Je vais beaucoup aussi collaborer en alimentation avec la 2e ligne, la 3e ligne. Des fois si j’ai des inquiétudes plus au niveau de la déglutition, une grande grande sélectivité, qu’on a besoin de soutien par exemple en psychologique. » 003
Soutenir les compétences de l’équipe
Au-delà des activités concernant directement la clientèle, plusieurs ergothérapeutes soutenaient le développement des compétences de l’équipe. Par exemple, une ergothérapeute a animé une formation d’une demi-journée à l’interne sur l’alimentation en pédiatrie. Une autre rapportait avoir conseillé l’équipe sur des outils de dépistage à privilégier : « J’ai introduit des outils de surveillance plus, mieux soutenus, puis reconnus, pour faire un meilleur dépistage des enfants à risque. Donc, graduellement, les médecins se sont mis à faire des références vraiment plus pointues. » 005
Facteurs influençant la pratique
Le second objectif de recherche était de comprendre les facteurs influençant la pratique des ergothérapeutes en GMF. La synthèse de ces facteurs est présentée dans le tableau 3 et détaillées ci-dessous selon le modèle de Chaudoir et al. (2013).
Facteurs influençant la pratique des ergothérapeutes en GMF
Structure
D’abord, l’ergothérapeute fait face à une double direction en contexte de GMF. Le mode de financement offert par le gouvernement du Québec fait en sorte que les ergothérapeutes sont des employés du réseau de la santé qui pratiquent dans un GMF. Les ergothérapeutes se sentent ainsi tiraillées entre l’autorité hiérarchique du CISSS ou CIUSSS et l’autorité fonctionnelle du GMF quant à certains enjeux de gouvernance, comme le mentionnent ces ergothérapeutes : CIUSSS c’est ça, la communication n’est jamais géniale. C’est tellement une grosse boîte qu’ils ont de la misère un peu, mais on dirait que j’ai l’impression qu’on est prêté du CIUSSS au GMF ça a l’air. Je ne suis pas sûre que c’est judicieux. Tu ne sais jamais à qui te fier, [il] faut tu que tu demandes à ton boss du CIUSSS, [il] faut [que] tu demandes au médecin, qui est de quoi, on dirait [que] c’est comme si tu as 2 boss. 001 J’ai comme deux coordonnateurs. Moi, ma vraie gestionnaire est au CISSS, dans une réalité qui est toute autre, donc des fois c’est juste comme un peu confondant avec qui il faut que je règle quoi. Puis, ça devient dur de savoir qu’est-ce qui est important pour chacun des gestionnaires. 003
Ensuite, le renouvellement annuel des contrats était identifié comme élément posant un défi au développement d'une collaboration, étant donné que l’ergothérapeute et ses collègues étaient parfois incertains de la continuité du service au terme du contrat. À ce sujet, une ergothérapeute rapportait: L'obstacle, à chaque année, c'est le renouvellement du contrat. Tu vois, c'est au 31 mars que ça se termine. Je n’ai pas encore de nouvelles du CIUSSS, fait qu'on est comme en suspend de traitement jusqu'à temps qu’il y ait le CIUSSS qui donne le OK. Donc là les médecins ne sont pas très contents, parce que je leur ai envoyé un courriel comme quoi j'attends des nouvelles du CIUSSS. 006
Le contexte socio-sanitaire pouvait également influencer la pratique de l’ergothérapie. Par exemple, lors de la pandémie, les priorités de certains GMF ont changé et certaines professions ont été priorisées au détriment d’autres. Enfin, les services offerts dans la région du GMF modulaient aussi l’offre de service du GMF. Par exemple, comme le GMF est un service de première ligne visant à offrir l’accès à des services pour sa population, une ergothérapeute rapportait donner priorité à la clientèle dont les besoins demeuraient insuffisamment pris en charge dans la région : Si j’ai l’impression que la personne n’a pas d’autres supports ailleurs, n’a pas d’autres intervenants, je vais être un peu moins à l’aise de finaliser le dossier. C’est beaucoup des clientèles qui sont vulnérables qu’on voit, fait que ceux qui sont bien entourés pis qui ont accès à d’autres services, c’est sûr que je vais pas allonger mon suivi. 002
Ces quelques exemples illustrent bien l’importance de considérer la structure externe au GMF puisqu’elle exerce des influences directes sur la pratique de l’ergothérapie.
Organisation
Tout d’abord, plusieurs règles internes peuvent moduler la pratique de l’ergothérapeute : le déroulement du processus d’intégration; l’autorisation ou non de faire des visites à domicile; ou l’établissement d’un nombre maximal de rencontres. Ces règles internes étaient très variables d’un milieu à l’autre; alors qu’une ergothérapeute allait à domicile dans sa pratique, une autre donnait en exemple l’impossibilité de visiter des personnes à domicile malgré les avantages pour sa pratique : J’ai quand même pas d’installation. En ergo, souvent on va utiliser des cuisines, des salles de bains, des lits pour faire des simulations, des bacs, des trucs. J’ai toute pas ça, mais là j’ai un petit peu de matériel pour faire la gestion financière, un petit [peu]. de matériel pour faire mes évaluations standardisées ou justement pas très standardisées, parce que je fais avec le matériel que j’ai, mais c’est plus comme des accessoires que j’ai. J’ai pas d’installations. Mais en même temps, je commence comme un petit peu à m’habituer, mais c’est sûr que je trouve que si je pouvais aller à domicile, au moins à certains moments, je trouve que ça serait facilitant parce que justement le domicile fait en sorte que tu n'as pas besoin de beaucoup de matériel. Tout est là. Mais bon, pour l’instant, on me l’interdit. 002
Par ailleurs, le fait que les ergothérapeutes interrogées travaillaient à temps partiel occasionnait souvent une prise en charge asynchrone des dossiers avec leurs collègues.
Cette situation exigeait le développement de bonnes stratégies de communication. Cela pouvait également limiter le registre des activités de l’ergothérapeute : « Je suis à une journée par semaine, fait que ce que j’ai mis en place c’est vraiment uniquement de l’évaluation-orientation. » 005
Par ailleurs, l’accès au matériel est un enjeu que plusieurs ergothérapeutes ont évoqué. Le manque de matériel était exacerbé par la présence d’une double direction qui ne s’entendait pas toujours sur les responsabilités liées au financement du matériel, comme le rapporte cette ergothérapeute: Ça prend du matériel, ça prend des jouets, ça prend des ballons. J’ai besoin d’une poutre, j’ai besoin de tests standardisés […] Les médecins disaient c’est au CISSS à payer ça, puis le CISSS disait [au gestionnaire du GMF] non c’est toi qui a voulu une ergo, c’est à toi de payer ça. Moi j’étais entre les deux, puis j’avais rien. 005
À l’inverse, vu le partenariat entre le GMF et le CISSS, une ergothérapeute rapportait partager les ressources avec les autres ergothérapeutes du CISSS et pouvoir faire des emprunts, ce qui lui permettait d’avoir accès à beaucoup de matériel.
Finalement, deux éléments concernant les locaux influençaient la pratique de l’ergothérapie. D’abord, le manque de locaux pour les employés occasionnait la nécessité de pratiquer partiellement en télétravail pour certaines ergothérapeutes. Ensuite, les locaux restreignaient parfois la pratique de l’ergothérapie, n’étant pas spécialement conçus pour de la réadaptation. Cette ergothérapeute illustre bien sa façon d'adapter sa pratique avec l’espace disponible : Je prends un bureau qui est libre, je tasse la table avec les étriers, je tasse la poubelle, je tasse la plante du médecin, parce que je veux dire, c’est absolument pas sécuritaire. J’ai des beaux calorifères que les enfants peuvent mettre les doigts dedans. Tous les matins quand j’y vais [il] faut que j’installe mes tables puis mes jouets, puis je ne suis jamais à la même place. Ma petite table, je déménage pis j’emménage à chaque fois. D’un local à l’autre je n’ai pas le même espace, je n’ai pas d’endroit pour évaluer la motricité globale. Je le faisais un peu dans les corridors, dans l’escalier. 005
Personnes impliquées
Les personnes concernées par la pratique de l’ergothérapeute étaient de différents horizons selon les entrevues : les ergothérapeutes elles-mêmes; les collègues du GMF; et les collègues hors GMF. Au départ, les expériences antérieures des ergothérapeutes étaient déterminantes pour circonscrire leur pratique : Je n’ai jamais fait de pédiatrie, ni même pendant mes études, je veux dire, je n’ai jamais fait de stage pendant mes études en péd, fait que moi j’ai décidé que je ne voyais pas de péd, parce que je ne me considérerais pas qualifiée, en tout cas en ce moment. 002
De plus, aucune ergothérapeute n’avait de collègue ergothérapeute au sein du GMF. Ainsi, un besoin de mentorat était présent pour plusieurs d’entre elles. Certaines réussissaient à combler ce besoin en collaborant avec des ergothérapeutes hors GMF, mais pour d’autres, le besoin de mentorat demeurait très présent : En termes de ressources humaines, moi ce qui me manque plus c'est plus être capable d'avoir des liens avec des gens qui pourraient m’épauler cliniquement. […] Je sens que je n’ai pas beaucoup de support, puis ça moi ça me manque. […] J'aimerais avoir quelqu’un à qui que je pourrais me sentir épaulée. […] Quelqu’un à qui je pourrais poser des questions, quelqu’un qui connait un peu ce que je fais, puis qui pourrait m’aider, mais là ce n’est pas le cas. 002
Par ailleurs, la pratique collaborative se déclinait de différentes façons selon le GMF. Dans plusieurs milieux, la pratique collaborative avec les membres de l’équipe en était facilitée par la colocation dans le GMF : Le fait d’être dans le même bâtiment que le médecin puis que l’infirmière, ça c'est très facilitant. Des fois, ils vont m’appeler pendant le rendez-vous pour faire le suivi d’un enfant. Des fois, moi je vois un enfant qu’ils me réfèrent pour quelque chose, puis finalement j’ai comme des inquiétudes. Je les appelle, ils viennent ici dans mon local, ils parlent avec le parent. Pendant ce temps-là, je joue avec l’enfant. Ils peuvent jeter un coup d’œil. On peut s’en reparler après, donc la proximité physique c’est vraiment, le travail d’équipe est beaucoup, beaucoup facilité par ça. 003
Par ailleurs, une ergothérapeute rapportait travailler en collaboration étroite avec des intervenants hors de son GMF : « J’interviens par exemple conjointement avec des intervenants du CLSC. On fait un très bon travail d’équipe, même que [ça] peut arriver qu’on fasse des visites conjointes TS [travailleuse sociale] du CLSC pis ergo au GMF. » 004
Au fil des différentes entrevues, il ressort que les personnes concernées variaient beaucoup d’un milieu à l’autre, car les expertises des collègues en place dépendent des choix de chaque GMF et le réseau de collaboration est plus ou moins large selon les services en place dans chaque région.
Innovation
Le dernier élément du modèle de Chaudoir développé dans cette étude est l’innovation, c’est-à-dire les facteurs concernant directement la pratique de l’ergothérapie en GMF. Un seul facteur est ressorti de la pratique elle-même et c’est le fait que la pratique devrait être développée en concertation. À l’heure actuelle, les ergothérapeutes en GMF développent des services au meilleur de leur expertise, mais cela laisse place à des pratiques peu uniformes d’un milieu à l’autre et les résultats dénotent une grande variabilité dans le cadre de la pratique. Une ergothérapeute souligne le besoin de développer une pratique unifiée comme base pour faire valoir l’ergothérapie en GMF : Si on continue à faire chacun nos affaires de notre bord, puis qu’on fait selon notre propre jugement, nos propres expériences, bien on ne développe pas une pratique, on développe sa pratique. Puis si on ne développe pas une pratique, bien après ça on ne peut pas le faire reconnaitre tant que ça ailleurs. 002
Discussion
Les résultats de ce projet rapportent de l’information terrain sur la pratique actuelle des ergothérapeutes en GMF de même que sur leur intégration. D’abord, concernant la pratique des ergothérapeutes, les quatre activités professionnelles ressorties dans l’étude sont cohérentes avec les activités identifiées par l’OEQ (2024) et le MSSS (s.d). Ces activités diffèrent peu de celles retrouvées dans les écrits qui ont une définition plus large des soins primaires (Freeman et al.,. 2025). Une nouvelle activité est toutefois mise de l’avant dans notre étude, soit le déploiement de l’offre de services en ergothérapie. Bien que ça ne soit pas une intervention directe auprès de la clientèle, la définition et la diffusion de l’offre de services sont nécessaires en contexte de GMF. Une étude réalisée sur l’intégration des ergothérapeutes dans des équipes de première ligne en Ontario (appelées Family Health Teams) témoigne aussi du besoin d’inclure de la formation à tous les membres de l’équipe, en insistant sur l’inclusion des médecins, car les médecins moins familiers avec le rôle de l’ergothérapeute sous-utiliseraient les services (Donnelly et al., 2014). Une autre étude menée auprès de médecins de famille (cinq sur six ayant aussi réalisé un baccalauréat en ergothérapie) pour connaître leur perception sur le rôle potentiel des ergothérapeutes en GMF aborde également les enjeux liés la méconnaissance du rôle des ergothérapeutes (Locas et al., 2020). Les médecins interrogés soulèvent des questionnements intéressants : même si un milieu développe une offre de service en ergothérapie, est-ce que les médecins connaissent les conditions traitées en ergothérapie et feront des références optimales? Pas nécessairement. Le nouveau référentiel de compétence pour les ergothérapeutes au Canada insiste d’ailleurs sur l’importance de faire rayonner la profession dans la compétence d’engagement envers la profession (Association canadienne des organismes de réglementation en ergothérapie, Association canadienne des programmes universitaires d'ergothérapie et Association canadienne des ergothérapeutes, 2021). En résumé, pour assurer pour assurer un exercice judicieux et complet du champ de pratique des ergothérapeutes en cliniques de soins primaires, il est important que les ergothérapeutes fassent preuve de leadership et prévoient des activités de sensibilisation en adéquation avec les connaissances de l’équipe en place.
Ensuite, les ergothérapeutes ont identifié plusieurs éléments structurels, organisationnels et humains qui favorisaient ou entravaient le déploiement de leur pratique en GMF. Sur le plan structurel, le mode de gestion bicéphale (GMF et CISSS ou CIUSSS) a été mis de l’avant comme posant des défis pour les ergothérapeutes, que ce soit relativement à l’organisation de leur travail ou à l’accès au matériel d’évaluation ou de thérapie. Par ailleurs, des experts soulignent que plusieurs prestataires de soins de santé, comme les ergothérapeutes, « ne sont généralement pas intégrés dans les prises de décisions quant à l’organisation du travail au sein des cliniques et sont sous-représentés dans les réflexions sur l’organisation des soins en première ligne » (Côté, Frikha et Freeman, 2025, p.80). La colocation, souvent présente en GMF, est ressortie comme un levier important pour collaborer. Cependant, il est évident qu’elle ne soutient pas à elle seule l’établissement de pratiques collaboratives. Une revue de la portée au sujet des modèles de soins primaires impliquant des équipes en colocation met de l’avant plusieurs outils facilitant ces pratiques, notamment les rencontres d’équipes, l’utilisation d’un dossier médical électronique commun, la consultation, la planification, et la gestion conjointe des soins (Frikha et al., 2024). Il est ainsi essentiel que l’ergothérapeute rejoignant un GMF fasse preuve de proactivité dans la clarification des rôles et des responsabilités de chacun, en plus de faire preuve de leadership pour s’impliquer dans le développement et l’organisation des services en collaboration avec les autres personnes concernées.
Enfin, l’ergothérapie n’est pas la seule profession récemment intégrée en GMF. Ainsi, les facteurs d’influence présentés dans cette étude sont assurément partagés par d’autres professions. Une étude publiée sur la pratique des physiothérapeutes en première ligne rapporte d’ailleurs plusieurs similarités (Vader et al., 2022). Les résultats, divisés en barrières et facilitateurs dans cet article, soulèvent des barrières concernant principalement le manque de ressources (incluant l’espace, les équipements et les ressources humaines) alors que les facilitateurs se rapportent majoritairement aux aspects humains (interactions au sein de la clinique et relations établies avec l’équipe). Il est intéressant de constater que, comme pour les ergothérapeutes, la majorité des facteurs exerçant une influence sur la pratique se rapportent à l’organisation interne du GMF et aux personnes impliquées. Alors que les ergothérapeutes rapportent des pratiques variables et le besoin de s’unifier, l’article de Vader et al., 2022 soulève l’importance de réfléchir à la façon dont les thérapeutes en réadaptation peuvent s’adapter au modèle des soins en première ligne. Il propose notamment de revoir le modèle de prestation de soins traditionnel, souvent individuel et de s’ouvrir aux interventions de groupe. Ce point est tout à fait de mise pour l’avenir des ergothérapeutes en GMF.
Détenant une expertise en évaluation multidimensionnelle, l’ergothérapeute s’intégrant dans un GMF doit prendre le temps d’analyser son nouveau milieu pour considérer les éléments structurels, organisationnels et humains susceptibles de moduler sa pratique.
Forces et limites
Notre étude présente plusieurs forces. Il s’agit de la première étude qui sollicite le point de vue des ergothérapeutes œuvrant au sein d’un GMF (en contexte québécois) concernant leur pratique. Par ailleurs, plusieurs aspects contribuent à la rigueur scientifique du projet (Morse, 2015). La transcription des données et son soutien par des exemples de verbatim, la prise en compte de la subjectivité (positionnement épistémologique et réflexivité à l’aide d’un journal de bord), de même que le premier codage réalisé de façon indépendante par deux membres de l’équipe, et l’utilisation d’un modèle théorique pour structurer l’analyse favorisent la crédibilité. La fiabilité est augmentée par la révision subséquente des codes par plusieurs membres de l’équipe, les rencontres fréquentes pour discuter des analyses, la tenue d’un journal de bord pour prendre en compte de la subjectivité de l’étudiante-chercheuse et la description détaillée du processus de recherche.
Notre étude présente également des limites. Le petit échantillon est à considérer, bien que cela représente près de la moitié de la population totale au moment de l’étude. La transférabilité est un enjeu étant donné que les GMF présentés reflètent une diversité de milieux qui ne sont pas tous équivalents, mais la description de l’échantillon permettra de faire une comparaison plus critique, le cas échéant. Toute comparaison devra ainsi être réalisée avec prudence, considérant que la pratique de l’ergothérapie est en expansion en GMF. Cette recherche servira tout de même de base pour le développement futur des connaissances sur la pratique réelle des ergothérapeutes en GMF. Le fait que l’étudiante-chercheuse soit ergothérapeute clinicienne et que ce soit elle qui réalise et analyse les entrevues suggère un biais potentiel. Des mesures ont été mises en place pour minimiser ce biais (tenue d’un journal de bord et de discussions fréquentes avec l’équipe de recherche). De plus, l’équipe considère que ce double rôle a apporté une plus-value au projet (compréhension des termes utilisés par les ergothérapeutes lors des entrevues, connaissance des outils d’évaluation et d’intervention décrits dans la pratique, connaissance du milieu à l’étude).
Conclusion
Cette étude exploratoire a mis en lumière la contribution actuelle des ergothérapeutes en GMF et les éléments qui influencent leur pratique. Les actions pour développer et diffuser la pratique des ergothérapeutes en GMF (recherches, projets cliniques et publications de toutes formes) sont essentielles pour assurer leur présence ainsi qu’une pleine reconnaissance de leur champ d’expertise au sein des GMF.
Messages clés
L’ergothérapeute en GMF intervient auprès de clientèles de tous âges, tant pour des enjeux de santé physique que mentale. L’ergothérapeute aide les personnes à s’adapter aux défis occupationnels liés à leur condition de santé, tout en soutenant l’équipe interdisciplinaire dans l’optimisation des trajectoires de soins. Implanter une pratique ergothérapique en GMF nécessite une analyse approfondie du contexte politique, clinique et organisationnel, afin d’assurer une intégration cohérente et durable.
Footnotes
Funding
The authors disclosed receipt of the following financial support for the research, authorship, and/or publication of this article: This work was supported by the Chaire de recherche du Canada sur la mise en oeuvre de soins intégrés pour les personnes avec des besoins complexes, Fonds de recherche en santé du Québec - Bourse de formation au doctorat (grant number dossier no 285691).
